Mario Corti attaque les grandes banques

Mario Corti et Jacqualyn Fouse quittant le Tribunal de district de Bülach. Keystone

Le dernier patron de SairGroup a rejeté toute responsabilité dans le «grounding» du 2 octobre 2001 et a rendu les grandes banques suisses responsables de la débâcle.

Ce contenu a été publié le 28 février 2007 - 14:35

De son côté, l'ancienne cheffe des finances du groupe Jacqualyn Fouse a nié devant la cour avoir tardé à demander le sursis concordataire.

Rejetant les accusations de gestion déloyale et de gestion fautive, Mario Corti a reproché aux banques, surtout à UBS, d'avoir mené Swissair à l'immobilisation de sa flotte et au sursis concordataire en octobre 2001.

C'est l'opération «Phoenix» qui a étranglé le groupe, a expliqué ce dernier lors de sa troisième audition devant le Tribunal de district de Bülach.

Selon lui, cette variante concoctée «derrière son dos» par des tiers – à savoir les banques – et qui prévoyait la reprise des activités aériennes de Swissair par Crossair, a conduit au sursis concordataire et au «grounding».

«J'ai prévenu le Conseil fédéral de son incongruité», a ajouté celui qui a présidé et dirigé SAirGroup de mars à octobre 2001.

Retard réfuté

Accusé avec Jacqualyn Fouse – cheffe des finances de SAirGroup de juin à octobre 2001 – d'avoir tardé à demander le sursis concordataire, Mario Corti a estimé que ces reproches «ne reposent sur rien et sont infondés».

Le procureur s'interroge sur le dépôt, le 4 octobre, de la demande de sursis concordataire alors que la situation était déjà dramatique le 17 septembre. Ce jour-là, la Confédération avait refusé un crédit-relais de 1 milliard de francs.

SAirGroup n'était pas en incapacité de paiement le 17 septembre, s'est justifié Mario Corti au cours de son audition. Le groupe disposait de plus de 300 millions de francs de liquidités.

«Nous croyions qu'une solution constructive pouvait être trouvée», a renchéri Jacqualyn Fouse un peu plus tard. L'Américaine, qui dirige actuellement les finances du groupe pharmaceutique Alcon aux Etats-Unis, a affirmé avoir cru à un sauvetage du groupe jusqu'à l'annonce de la demande de sursis concordataire, à la veille du grounding.

Une stratégie «réaliste»

Le dernier patron de SAirGroup a répété qu'il avait élaboré une stratégie «réaliste» contrairement à l'opération Phoenix.

Le plan de Mario Corti prévoyait la cession des sociétés Nuance et Swissport ainsi que la recapitalisation de Flightlease. Pour son auteur, il aurait permis de sauver le groupe et le crédit-relais demandé à la Confédération aurait pu être remboursé à fin 2001.

Jusqu'à l'immobilisation de la flotte, l'assainissement de SAirGroup était possible. Mais à la veille du grounding, les besoins de liquidités ont augmenté de 250 millions en raison de la dissolution du «cash pool», un compte de SAirGroup, par l'UBS.

Qualifiée de «mesure d'étranglement» par Mario Corti, cette décision portait les besoins de liquidités à 750 millions.

La somme pouvait être réunie grâce à la vente des actions de Crossair, à un crédit-relais et à un crédit urgent de 250 millions chacun. «On m'avait assuré que les fonds nécessaires seraient transférés». Mais les banques ont tardé à les débloquer, a conclu Mario Corti.

A noter que l'UBS réfute les reproches formulés à son encontre par Mario Corti devant la justice zurichoise. Le porte-parole de la grande banque, Christoph Meier, affirme même que l'UBS n'est pas à l'origine du plan Phoenix.

Contacté par l'Agence télégraphique suisse (ATS), le Credit Suisse n'a quant à lui pas voulu s'exprimer.

swissinfo et les agences

En bref

Le procès, commencé le 16 janvier, se tient jusqu'au 9 mars devant le Tribunal de district de Bülach.

Les audiences se déroulent dans la halle communale de Bülach, qui peut contenir jusqu'à 1500 personnes.

L'audition des 19 prévenus devrait durer jusqu'au 5 février.

Les réquisitoires du Ministère public et les plaidoiries de la défense se dérouleront dès le 15 février.

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Le Projet Phoenix

Le projet «Phoenix» est le plan de sauvetage adopté durant le week-end du 29 et 30 septembre, soit peu avant le grounding, par le conseil d'administration de Sair group.

Elaboré sous la conduite des grandes banques suisses, il prévoyait que Crossair reprenne une partie des activités aériennes de Swissair, après le rachat par les banques UBS et Credit Suisse de la participation de 70% détenue par Swissair dans Crossair.

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