Matthias Zschokke sur un nuage!

Le Fémina étranger, une première pour écrivain suisse, comme pour un écrivain germanophone. Philippe Matsas

L'écrivain bernois a reçu lundi le prestigieux prix Fémina étranger pour son roman «Maurice à la poule», publié chez Zoé. Réactions à chaud de l'auteur et de son éditeur, première maison d'édition romande à être honorée d'une récompense de cette importance.

Ce contenu a été publié le 10 novembre 2009 - 10:05

Il est sur un nuage, Matthias Zschokke. Hier en tout cas il planait dans un univers cotonneux, un peu comme le héros si attachant de son roman «Maurice à la poule» (lire «Une trouée d'air frais dans une vie ronronnante») qui a reçu, le 9 novembre, le prestigieux Prix Femina étranger.

Joint par téléphone à l'Hôtel Crillon, à Paris, juste après l'attribution du prix, Matthias Zschokke lâche d'une voix émue: «Je suis dans un rêve». L'écrivain n'a rien à envier à son héros, lequel vit dans un monde frappé d'irréalité. Si Maurice goûte au vertige de l'existence, Zschokke, lui, apprécie le vertige de la récompense.

«Maurice, c'est moi», confie celui qui revendique l'excentricité tout en affirmant savoir néanmoins «garder les pieds sur terre». Non, le Femina ne lui monte pas à la tête, même s'il avoue, dans un rire, que dorénavant Berlin, où il vit, verra peut-être en lui un futur Prix Nobel.

«Mais n'écrivez pas cela dans votre article, insiste-t-il. Vous savez, j'exagère, mais c'est pour souligner l'importance de la France aux yeux d'une Allemagne qui a toujours le regard rivé sur les événements culturels parisiens».

Ironie mélancolique

Le Femina étranger est souvent allé à des Anglais ou à des Espagnols. «A des Allemands jamais, et encore moins à des Suisses alémaniques», précise l'écrivain bernois qui avoue que son écriture reste profondément marquée par son identité. «Les lecteurs allemands me trouvent plutôt pessimiste, sombre, alors qu'aux yeux des miens je suis l'enfant du pays qui considère la vie avec ironie».

Une ironie mélancolique, caractéristique de cette terre qui a «produit» Robert Walser auquel on compare souvent Zschokke. Le Bernois a de l'avenir. D'ailleurs Marlyse Pietri, directrice des Editions Zoé (Genève) qui publient «Maurice à la poule», affirme que l'écriture de Zschokke comporte une part d'universalité indéniable.

«Lorsqu'on lit Matthias, on apprend des choses sur soi, confie-t-elle. C'est quelqu'un qui porte l'humain dans son regard, avec tendresse. Ses personnages sont sans parti pris. On s'y retrouve, on se reconnaît dans leurs amours incertaines, dans leurs doutes, dans leur succès, dans leur échec».
Choix d'auteurs

Zoé, qui suit Zschokke depuis longtemps et qui a déjà publié bon nombre de ses ouvrages, est la première maison d'édition romande à recevoir un grand prix littéraire français. Une immense fierté pour Marylise Pietri qui glisse: «A ma connaissance, aucune maison québécoise ou belge n'a encore eu une distinction de cette envergure. Je savais qu'on y arriverait, j'y ai toujours cru. Cette récompense bouscule l'attitude défaitiste suisse qui consiste à penser que loin de Paris il est difficile de gagner».

En amont de cette réussite, un choix d'auteurs d'abord que Marlyse Pietri avoue ne jamais vouloir enfermés sous l'étiquette «écrivains du terroir». Un travail sur le terrain, ensuite, mené avec assiduité. «Zoé a 34 ans, note sa directrice, et cela fait 16 ans que je m'investis énormément en France. Je vais voir très régulièrement les libraires, je garde le contact avec les médias et j'ai pris un diffuseur efficace, Harmonia Mundi. J'ai à cœur de porter ailleurs nos auteurs. C'est aussi cela le bonheur d'un éditeur. Aujourd'hui je vis un conte de fée».

Ghania Adamo, swissinfo.ch

Infos pratiques

«Maurice à la poule» («Maurice mit Huhn») roman de Matthias Zschokke, traduit de l'allemand par Patricia Zurcher. Editions Zoé, Genève, 258 pages.

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Matthias Zschokke

Né à Berne en 1954.

Il passe son enfance et son adolescence près du lac de Bienne, là où Robert Walser a vécu.

Après une formation d'acteur à la Schauspielschule de Zurich, il joue pendant trois ans sur les scènes allemandes, à Bochum précisément.

En 1980, il s'établit à Berlin où il vit aujourd'hui et où il écrit ses pièces de théâtre et ses romans.

Il est également cinéaste, auteur de trois films, et mène de front son métier d'écrivain et de réalisateur.

A son actif plusieurs ouvrages. Comme pièces de théâtre, citons, entre autres, «L'Heure bleue ou la nuit des pirates», «La Commissaire chantante», «L'ami riche» et «L'Invitation», toutes créées à Genève et publiées cette année aux éditions Zoé.

Côté romans, signalons chez Zoé également : «Max», qui a obtenu le Prix Robert Walser, «Bonheur flottant» et «Maurice à la poule» lauréat du Prix Schiller, 2006 et du Prix Femina étranger, 2009.

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