Miss Kittin en studio

Miss Kittin dans sa loge, avant son mixe à Paléo. swissinfo.ch

Comment compose-t-on de la musique électronique, comment travaille-t-on en studio, bref comment se fait l’électro?

Ce contenu a été publié le 25 juillet 2003 - 08:39

Tout n’est qu’équilibre et bonne communication. Dj, chanteuse et productrice internationalement reconnue, Miss Kittin donne sa recette.

La Grenobloise installée à Berlin depuis quelques temps, mixe depuis dix ans et produit depuis 1996. Depuis Genève, où elle a passé quelques années, elle a développé une multitude de collaborations avec divers producteurs. Une pratique courante en musique électronique.

En 1998, le maxi «Champagne» composé avec The Hacker, son partenaire de toujours, avait récolté un joli succès dans le milieu techno. Il augurait du style électro emprunté aux années 80 qui avec ses paroles susurrées avec un détachement glacial ont fait la marque de fabrique de Miss Kittin.

Et 2001, fut l’année de tous les albums et de la consécration. Un album avec The Hacker, un autre avec le Zurichois Golden Boy, et celui qui l’a fait réellement connaître outre Atlantique, l’album composé à Genève avec la star de Chicago Felix da Housecat.

Un disque que Madonna connaît par coeur. Fan de l’Américaine, cette référence la fait sourire. Clin d’oeil du destin plutôt flatteur.

Mais jusqu’à présent, la dj s’est contentée de poser sa voix et ses textes sur les morceaux. «Une pièce rapportée», comme elle aime à se décrire.

Alors, dans ce contexte, comment arrive-t-on à trouver sa place en studio, dans un milieu de surcroît plutôt masculin et parfois macho?

L’image d’un morceau

C’est que les producteurs de techno sont souvent de grands solitaires, habitués à œuvrer seuls en maître des machines. C’est donc difficile pour eux de traiter celle qui vient chanter, comme son égal. Aussi célèbre soit-elle en tant que dj.

Elle ironise d’ailleurs: «Un studio, c’est comme une brosse à dent, ça ne se prête pas!» Et de son aveu, c’est plus efficace de laisser celui qui connaît son studio s’en occuper.

Son rôle à elle, sera essentiellement d’être l’image du morceau, dans le sens que le nom seul de Miss Kittin est porteur. «Et cette notoriété, bien qu’elle ne soit pas palpable, doit être évaluée à sa juste valeur. C’est le résultat de dix ans de travail».

Elle joue d’ailleurs sans complexes sur sa personnalité publique puisque ses textes sont écrits sur le mode de l’auto-fiction. Elle adore extraire un élément anodin de sa vie quotidienne, s’y projeter et le magnifier. Mais c’est rarement autobiographique.

Sinon, le morceau, dont elle amène parfois des ébauches, se construit forcément dans le dialogue. C’est pourquoi, tout dépend ensuite de l’équilibre qui se créera dans la collaboration.

«C’est une histoire d’harmonie, chacun doit savoir laisser l’autre s’exprimer. Il faut absolument éviter les rapports de force. C’est essentiel, sinon, on ne produit rien de bon.»

Préserver un espace de création

Les rapports humains entre les musiciens doivent donc être suffisamment clairs pour ne laisser place qu’à la musique. Elle avoue ne se sentir complètement elle-même qu’avec son vieux «pote» de Grenoble, The Hacker.

Elle cite d’ailleurs de tête un autre dj-producteur, le canadien Gonzales, pour illustrer son propos: «Ma vie, c’est 20% de musique et 80% à dealer avec le reste. Mais il faut que ces 20% soient purs car tout le reste repose sur eux.»

L’artiste doit en effet apprendre à protéger ces plages de création, qu’il soit en studio pour l’enregistrement de morceaux, derrière ses platines, lors de ses sets de dj ou quand elle écrit ses textes.

Miss Kittin a d’ailleurs ralenti le rythme des soirées lors desquelles elle mixe, qu’elle essaie de limiter à une par semaine. Ce qui lui laisse le temps de travailler sur son projet d’album solo.

Si elle a installé un studio dans son appartement de Kreuzberg à Berlin, elle finalise tout de même les morceaux avec deux autres producteurs, Toby Neumann et Thys Mynther. C’est le duo qui se cache derrière le groupe des Chicks on Speed.

Ce futur album, dont elle ne veut pas encore trop parler devrait sortir l’an prochain. Il réunira toutes ses influences: electro eighties, punk rock, pop ou dub. Et bien sûr ses textes à l’acide mélancolie.

swissinfo, Anne Rubin à Nyon

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