Moins de policiers = plus de criminalité?

La police s'inquiète du nombre croissant de délits avec violence. Keystone

La Fédération suisse des fonctionnaires de police avertit: les mesures d’économies sont en partie responsables de la hausse de la criminalité.

Ce contenu a été publié le 13 juillet 2005 - 10:56

L’Office fédéral de la statistique nuance. Selon ses chiffres, le nombre d’agents est resté pratiquement stable ces cinq dernières années.

La prise de position des fonctionnaires de police intervient après la publication, la semaine dernière, des statistiques de l’Office fédéral de la police (Fedpol.ch) qui révèlent une augmentation du nombre des délits avec violence.

En 2004, la police a recensé 213 homicides intentionnels, faisant 244 victimes. Cela représente une hausse de près de 14%. Quant aux cas de violence et de menace contre les autorités, ils ont progressé de plus de 20%. La Fédération des fonctionnaires de police parle de «pic angoissant».

L'Office fédéral de la police (Fedpol.ch) observe également une nette augmentation des infractions violentes. Il souligne que cette hausse reflète une tendance constante depuis dix ans - les dénonciations pour ce type de délit ont triplé depuis 1994. Reste que l’année 2004 a été particulièrement mauvaise.

«Le nombre de cas d’infractions avec violence a été trop élevé l’an dernier pour que l’on puisse attribuer cette progression uniquement à une évolution naturelle», commente Fedpol.ch dans son communiqué de presse.

Nouvelle législation

Henriette Haas du Service d'analyse et de prévention de l’Office fédéral de la police évoque aussi le récent changement de la législation pour expliquer cette augmentation.

Depuis avril 2004, les lésions corporelles simples, les voies de fait, les menaces, la contrainte sexuelle et le viol dans l'enceinte familiale et domestique sont en effet poursuivis d'office.

«Avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, les victimes qui avaient dénoncé le délit à la police pouvaient ensuite retirer leur plainte si elles le souhaitaient, explique Henriette Haas. L’enquête était alors abandonnée. Aujourd’hui, les inspecteurs vont la poursuivre d’office.»

Coupes budgétaires

Mardi, la Fédération suisse des fonctionnaires de police (FSFP) a tiré la sonnette d’alarme. Son secrétaire général Jean-Pierre Monti a déclaré à swissinfo que les coupes budgétaires exerçaient une «pression insoutenable» sur les policiers.

La FSFP tient les mesures d'économies sévères prises par de nombreux cantons pour responsables de l'augmentation des délits violents. Elle estime qu’il manque actuellement 1600 agents de police en Suisse et demande aux autorités de prendre des mesures.

Contacté mercredi par swissinfo, le responsable de la section justice et criminalité à l’Office fédéral de la statistique, Daniel Fink, précise qu’il y a actuellement 16'000 policiers environ en Suisse – sans compter les douaniers et la police militaire.

Et, selon lui, ce chiffre est resté pratiquement stable depuis 2000 et ne devrait pas changer beaucoup ces prochaines années.

Une question politique

Pour sa part, l’Office fédéral de la police ne souhaite pas évoquer ce possible lien entre restrictions budgétaires et hausse de la criminalité.

«Il s’agit d’une question politique, précise Henriette Haas. Notre rôle est de collecter des données, pas de les commenter.»

Il y a trois mois, la direction de la police zurichoise avait déjà fait ce lien. Elle avait dénoncé le projet de suppression de quelque 200 postes sur les 1700 que compte actuellement la police cantonale et avait averti que cela pourrait engendrer une augmentation de la criminalité.

swissinfo, Ramsey Zarifeh
(Traduction et adaptation de l’anglais: Alexandra Richard)

Faits

Statistiques 2004 de la criminalité en Suisse:
Homicides intentionnels: 213 cas, +14%
Viols: 573 cas, +4,8%
Violence et menace contre les autorités: +20,5%.
Abus de confiance: -57,9%
Vol de véhicules: -12,1%
Saisies de cocaïne: pic historique à 361kg

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