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Le sang congolais coule… cadeau !

Montreux, Grand Rue. Non loin de l’entrée du périmètre de sécurité, le ton monte. La police entoure un jeune Congolais en colère.

Le jeune s’explique face aux forces de l’ordre: s’il ne le fait pas ici, où pourra-t-il exprimer sa colère contre Joseph Kabila, l’actuel président de la République démocratique du Congo, lui, le Congolais de Suisse?

Un policier l’écoute attentivement, lui montre même de la compréhension, mais le prévient: d’autres actions pourraient l’amener au poste. Suivant attentivement la scène, un membre du PPRD, le parti au pouvoir au Congo est là, affichant une bonhomie de façade.

Papy Mongengou est un Congolais de Genève. Lui et d’autres compatriotes ont demandé une autorisation de manifester, qui leur a été refusée. Six d’entre eux sont venus quand même à Montreux. Choqués que la Suisse accueille Joseph Kabila. «Il y a des millions de victimes dans l’est du Congo. Notre sang part comme ça, cadeau!», dit le jeune manifestant. «Et l’ONU ne veut pas parler de génocide. On ne comprend pas le silence de la communauté internationale, ça nous révolte. Comme on ne peut pas agir, on ne pouvait que venir à Montreux faire savoir à ces gens qu’on n’est pas d’accord.»

Face à la passivité mondiale, Papy et ses amis en sont venus à ce constat: il n’y a que les Congolais qui peuvent changer les choses. A Genève, ils veulent donc monter un collectif politico-culturel du nom de «S.O.S. Congo». «Au Congo, si j’exprimais mon désaccord face au gouvernement en place, je serais peut-être déjà mort. Ils faut donc que la diaspora s’exprime», constate Papy.

Le fait que le prochain Sommet de la Francophonie aura lieu en 2012 à Kinshasa le choque. «La France, c’est le pays de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Au Congo, il y a eu des millions de morts, des femmes et des enfants se font violer tous les jours. Pourquoi la France et la Francophonie légitiment-elles tout cela en allant faire leur Sommet là-bas? On interprète cela comme une façon d’encourager le régime en place.»

Texte et photos: Bernard Léchot, Montreux, swissinfo.ch