Neuchâtel, le temps des frissons

Olivier Müller, le directeur, sur fond d'affiches du festival. Olivier Müller

Frissons de peur, mélange de réalité et d'artifices... Le 3e Neuchâtel Film Fantastic Festival propose six jours de cinéma pour public averti.

Ce contenu a été publié le 02 juillet 2003 - 08:37

Il s'est ouvert mardi soir avec la projection de «28 days later» de Danny Boyle.

Le «NIFFF» fut d'abord biennal. Puis il a fait le pas de l'annualité, et dans la foulée, est passé d'une durée de quatre à six jours. En matière de salles, son importance reste modeste (un multiplex offrant trois écrans et une contenance totale de 700 spectateurs), mais c'est bien une sorte d'institutionnalisation qui est en train de se produire.

«Il y a une meilleure assise dans notre façon de travailler. Une meilleure organisation, un public de plus en plus fidèle, notre notoriété augmente, et nous obtenons davantage les films que nous souhaitons avoir», constate Olivier Müller, le jeune patron du festival.

Le budget de la manifestation se divise en quatre parts plus ou moins égales: les entrées, les sponsors, les partenaires média et le soutien de la ville et du canton.

A ce propos, obtient-on aisément un soutien institutionnel lorsqu'on aborde un secteur mal perçu par la Culture avec un grand C? «La première fois qu'ils ont dit oui, je pense qu'ils avaient juste lu "festival international du film de Neuchâtel" et que le mot "fantastique" leur avait échappé!», ironise le directeur.

Hymne à l'artifice



Pour Olivier Müller, le «genre fantastique» n'existe pas. Mais l'esthétique du fantastique, sa relation avec l'artifice, remontent à l'aube du cinéma: aux Frères Lumière et à Georges Méliès.

L'un des fondateurs de ce registre sera d'ailleurs présent à Neuchâtel dès jeudi: l'Américain Ray Harryhausen, 83 ans, l'une des influences majeures des Spielberg ou autres Lucas. On lui doit notamment «Le 7e Voyage de Sinbad», «Jason et les Argonautes», «Le choc des Titans»... Ray Harryhausen auxquels les organisateurs consacrent une large rétrospective.

«L'idole de mon enfance!», s'exclame Olivier Müller. «C'est le plus important créateur d'effets spéciaux non numériques dans l'histoire du cinéma. Il les a poussés jusqu'à leurs limites». Au point, semble-t-il, de ne guère apprécier la perfection des effets informatiques actuels, des effets qui ont gagné en réalisme, mais pas nécessairement en magie.

L'utilité de la confrontation



Autre caractéristique du fantastique, dans l'acception souple qu'en a le 7e Art, et qui se confond donc parfois avec l'horreur: la violence. Or, on le sait, le cinéma comme la télévision sont actuellement au cœur d'un débat aigu sur l'influence qu'ils auraient quant à la banalisation de celle-ci.

«Je suis peut-être naïf en disant cela... mais j'ai la conviction que c'est en se confrontant aux choses qui arrivent à chacun - la violence, la mort, la perte de ses parents - qu'on découvre la réalité», constate Olivier Müller.

Lequel se souvient d'une anecdote: «A 7 ans, mon père m'a emmené voir «Barry Lyndon». A la fin du film, il y a une scène d'amputation. Cela m'a traumatisé, mais j'ai découvert qu'on pouvait perdre un membre: mon corps n'est pas une unité éternelle et indécomposable. Et je n'en ai pas retiré pour autant un goût pour le démembrement des petites créatures!»

Pour Olivier Müller, la confrontation est plus saine que la surprotection. «Ce n'est pas parce qu'on ne lit pas les journaux qu'on comprend mieux comment va le monde. Même chose pour le cinéma d'horreur». Oui. Quoique. Encore faudrait-il faire une distinction entre ce qui relève d'une analyse de la réalité et ce qui se rapporte au culte du fantasme morbide.

London calling!

Mardi soir, la plus grande salle du Cinéma Apollo était pleine pour assister à la première projection de la compétition: «28 Days Later» de Danny Boyle, à qui l'on doit «Trainspotting» ou «The Beach». Une avant-première helvétique.

Imaginez que vous sortez d'un long comas. A votre réveil, votre ville, Londres en l'occurrence, est une cité morte. Vide. Ou presque. Un terrible virus est passé par là. La population a fui, hormis un certain nombre de contaminés, sortes de zombies fous furieux. Le convalescent rencontrera néanmoins l'un ou l'autre de ses semblables, épargnés. Et vivra avec eux une sorte de road-movie post-apocalyptique.

Récit efficace, avec une vraie intrigue, et des interrogations lucides sur la notion de groupe, de survie, ou sur la fragilité de notre société. Avec une vraie dimension psychologique, aussi: les personnages ont une profondeur.

Pendant une large partie du film, Danny Boyle joue surtout des climats (extraordinaires visions de Londres désertée!), ne recourant à la violence que de façon brève et fulgurante. Mais voilà. Le cinéma de genre a ses règles. Et le bouquet final est une explosion trash, un déluge de brutalité et d'hémoglobine.

On se souvient alors de la séance d'amputation de Barry Lyndon, qui traumatisa tant Olivier Müller... Et on se dit que la théorie selon laquelle les excès cinématographiques relèvent d'une nécessaire confrontation à la violence, qui nous pousserait à mieux appréhender le monde, sonne comme un alibi assez peu convaincant.

Mieux vaudrait peut-être simplement admettre notre part d'ombre. Et accepter que c'est à cette sphère-là de notre être que certaines valeurs sûres du cinéma - la peur, le sang, le sexe - s'adressent.

swissinfo, Bernard Léchot à Neuchâtel

En bref

- Après 2000 et 2002, le Neuchâtel International Fantastic Film Festival vit cette année sa troisième édition.

- Du 1er au 6 juillet, le NIFFF projette une quarantaine de films en provenance de 10 pays.

- Il propose une compétition de longs-métrages internationaux et une autre de courts-métrages suisses. Les lauréats seront couronnés par des «Narcisse» signés H.R. Giger, le célèbre artiste suisse alémanique, le père du monstre d'«Alien».

- A côté de la rétrospective consacrée à l'Américain Ray Harryhausen, le public peut découvrir cette année une section intitulée «Nouveau cinéma d'Asie», avec des films en provenance du Japon, de Hong-kong, de Corée du Sud et d'Inde.

- A noter également, plusieurs «passerelles» avec la ville: une vaste exposition consacrée au Neuchâtelois d'adoption John Howe (Théâtre du Passage), des soirées «horror lounge» (Case à Chocs) et deux projections intitulées «Flesh for Fantasy», à mettre en relation avec l'exposition «X» que propose actuellement le Musée ethnographique de Neuchâtel.

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