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Neuchâtel tente de 'normaliser' le bizutage

Un «salon de coiffure» a été installé dans la cour du lycée.

(Keystone)

Chaque année, le Lycée Denis-de-Rougement vit une rentrée scolaire particulière puisque les nouveaux élèves se font tondre le crâne par leurs aînés.

Cette année, la direction de l’école a décidé de transformer cette tradition unique en Suisse de bizutage en «rite de passage» festif.

Les Neuchâtelois ont l’habitude de voir des collégiens au crâne rasé le jour de la rentrée.

C’est-à-dire que les élèves qui entrent première année au Lycée Denis-de-Rougemont doivent se soumettre, bon gré mal gré, à l’épreuve initiatique du bizutage qui consiste à se faire raser le crâne par leurs aînés.

«Cette ‘tradition’ remonte à la création du Lycée en 1873, qui s’appelait alors Lycée cantonal et était réservé aux garçons de la bourgeoisie. Comme Neuchâtel était encore sous domination prussienne, le bizutage capillaire serait donc une pratique prussienne», explique Philippe Robert, directeur du Lycée.

Mais certains parents n'ont jamais apprécié cette pratique et ils l'ont fait savoir à la direction année après année.

L’école devait réagir

Et justement, pour la rentrée 2004 de lundi, la direction de l’école a décidé de désamorcer l’affaire, sur proposition d’un groupe d’élèves.

Un «salon de coiffure» a été installé dans la cour du lycée. Les nouveaux qui ont accepté de se soumettre à ce rite ont pris leur place dans la queue pour se faire tondre le crâne. Le tout en présence de la presse et en musique.

Cette pratique ayant toujours été interdite et sévèrement punie par l’école, elle est sortie des murs et les «tondeurs» s’embusquaient dans les rues avoisinantes. Mais on n’a jamais recensé de blessure grave, à part, peut-être, de l’amour-propre…

En faire une fête

En fait, le bizutage amuse plus qu'il n'inquiète, mais la direction du lycée a tout de même décidé de la contrôler.

«Notre but était de transformer cette coupe de cheveux ‘sauvage’ et traumatisante pour certains en une sorte de fête, un rite de passage pour essayer d’inverser la vapeur», explique Philippe Robert.

«Un très grand nombre de lycéens, des deux-tiers aux trois quarts, ont adhéré à notre démarche», se réjouit le directeur. Et puis, les filles étaient pour la première fois de la fête, dédramatisant l’affaire d’une certaine manière en la transformant en concours de coiffures rigolotes.

L’encadrement des ethnologues

Récupération? Certains n’ont pas manqué de critiquer cette démarche, mais l’idée vient d’un groupe d’élève pris en faute et punis l’année dernière. Sur leur proposition, l’école a joué le jeu et créé un groupe de réflexion auquel a participé l’Institut d’ethnologie de l’Université de Neuchâtel.

«Nous avons été contactés par l’école qui a décidé en quelque sorte de jouer avec ce rite», explique Ellen Hertz, directrice de l’institut. Et d’ajouter: «Le bizutage n’existe pas en Suisse romande. Généralement il est pratiqué plutôt dans des corps d’élite ou des grandes écoles ou sociétés d’étudiants. J’appellerais ça des rites d’institution.»

Se référant au sociologue français Pierre Bourdieu, l’ethnologue voit cette pratique comme un besoin de «marquer l’inclusion et, surtout, l’exclusion» d’un groupe par rapport au commun des mortels.

Philippe Robert a-t-il été bizuté en son temps? «Moi-même j’y ai échappé, mais c’était encore l’époque post-hippie et pacifiste. La tradition a repris de l’importance ensuite dès les années 80.»

«J’ai l’impression que ce sont surtout les parents qui le vivent mal et les jeunes ne se rendent pas compte ce que cela peut véhiculer chez l’adulte. Pour eux, c’est une tradition sympa et rien d’autre», ajoute Philippe Robert.

Un rite de passage

«Le bizutage est un rite de passage», écrit Laurence Ossipow, ethnologue qui a consacré un travail à la question. «C’est une étape particulière qui permet aux étudiants de marquer fortement le passage de l'enfance à l'adolescence.»

Tant que la violence est canalisée autour d'un rasage de cheveux et ne porte pas atteinte à l’intégrité corporelle, il n’y donc a pas de quoi s’affoler.

Mais la discussion pourrait rebondir. Trois étudiants en ethnologie ont filmé l’événement de lundi et vont réaliser trois courts montages, avec chaque fois une conclusion différente et opposée: positive, négative, ou autre.

«Ils vont montrer qu’il est très difficile de saisir le sens de ce rituel aujourd’hui et permettront d’organiser des discussions sur le sujet avec les élèves», ajoute Ellen Hertz. L’idée étant de leur faire sentir qu’ils font partie légitimement de l’école.

swissinfo, Isabelle Eichenberger

En bref

- Depuis sa création en 1873, le Lycée Denis-de-Rougemont de Neuchâtel connaît le bizutage des nouveaux élèves par les anciens.

- Cette pratique n’a jamais fait de blessé mais elle a toujours été condamnée par l’école qui a décidé cette année de la transformer en fête en une sorte de «rituel de passage» de l’enfance à l’adolescence.

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