Patrizia Pesenti: le Tessin n'est pas un cas particulier

Patrizia Pesenti, le jour de son élection au gouvernement tessinois en 1999. Keystone Archive

Licenciée en droit de l'Université de Zurich, après 14 ans d'activité en tant que juge des mineurs au Tessin, Patrizia Pesenti est devenue, en 1999, la deuxième femme élue au gouvernement cantonal. La jeune représentante socialiste a assumé la direction du Département des oeuvres sociales, en manifestant une sensibilité prononcée à l'égard des questions familiales et sanitaires.

Ce contenu a été publié le 16 mars 2001 - 13:52

Depuis toujours, deux légendes circulent à propos du Tessin: l'une qui nous voudrait fondamentalement généreux, sociables, créatifs, et qui nous voit comme la terrasse ensoleillée de Suisse. L'autre qui se plait à nous trouver faiblesses, paresse, manque de scrupules et intrigues.

En réalité, toute tentative de forcer le Tessin dans le moule d'une définition ou de l'autre l'éloigne de la Suisse et en fait un cas particulier. Or le Tessin n'est pas un «Sonderfal»l. Tout comme le reste de la Suisse, il est en train de se transformer et sa réalité est trop complexe, trop peu prévisible pour pouvoir porter un jugement univoque. Le Tessin ne veut pas être un «Sonderfal»l, de même que la Suisse, de fait, n'en est pas un.

L'histoire - à condition de la lire avec attention, sans se laisser dérouter par les légendes - nous dit qu'au Tessin tout comme en Suisse nous avons conquis un niveau de vie élevé. Non pas parce que nous sommes un cas particulier. Mais parce que nous avons travaillé dur. Et cela pour une concordance solide entre les différentes idéologies, les différents intérêts et les différentes régions linguistiques.

Nous avons obtenu ce que nous avons parce que nous avons en permanence prêté attention aux conditions de vie des citoyens. Nos prédécesseurs ont misé sur la hausse du niveau de vie de la population, non seulement en visant le progrès matériel à court terme mais également en œuvrant pour la scolarisation des citoyens, pour leur bien-être sanitaire. Depuis longtemps, la Suisse a compris que, pour un pays sans ressources naturelles, tabler sur les ressources humaines était une démarche gagnante.

La sensibilité particulière à l'égard du niveau d'instruction des citoyens est profondément enracinée dans notre histoire. Au cours des siècles, la Suisse a développé une véritable tradition pédagogique (il suffit de penser à Rousseau, Pestalozzi ou Piaget) et l'on peut en dire autant des conditions de santé de la population. C'est la Suisse qui a diffusé avec enthousiasme dans le monde entier la plus humanitaire des institutions sanitaires: la Croix-Rouge.

Il y a quelques années, l'historien Jean-François Bergier écrivait que la personne humaine a toujours été la dimension de la société suisse, constituée de communautés restreintes et solidaires, au sein desquelles chaque tête et chaque paire de bras avaient une fonction. Donc l'idée d'une nation fondée sur la volonté, une volonté qu'il était nécessaire d'instruire. C'est là qu'est la Suisse dans laquelle je n'éprouve aucune difficulté à me reconnaître, la Suisse comme emblème d'une grande tradition morale, humaniste et humanitaire.

Et le Tessin? Depuis toujours, le Tessin s'est reconnu dans cette tradition, parfois en avance sur son temps, d'autres fois soutenu par la Confédération. Avec la fragilité de celui qui a fait ses premiers pas dans des conditions de pauvreté et de dépendance. Mais également avec l'enthousiasme de celui qui veut arriver loin.

Patrizia Pesenti

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