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Pavel Borodine sera extradé en Suisse

Pavel Borodine veut quitter sa prison new-yorkaise.

(swissinfo.ch)

C'est un véritable coup de théâtre qui s'est déroulé lundi à New York. L'ancien intendant du Kremlin a accepté d'être extradé vers la Suisse pour être interrogé par la justice genevoise qui l'accuse d'avoir perçu 30 millions de dollars de commissions de deux sociétés tessinoises.

«Je ne m'oppose plus à mon extradition vers la Suisse.» Cette phrase de Pavel Borodine a résonné comme un coup de tonnerre dans la salle d'audience de Brooklyn. L'actuel secrétaire général de l'Union Russie-Belarus va donc être transféré en Suisse afin de s'expliquer devant le juge d'instruction genevois Daniel Devaud.

Ce dernier avait signé, le 10 janvier 2000, un mandat d'amener international afin d'inculper Pavel Borodine et de l'interroger sur ses comptes bancaires suisses. C'est sur la base de ce mandat que la police de New York l'avait intercepté le 17 janvier dernier.

«Notre client avait de nombreux arguments à faire valoir sur la requête genevoise. Mais face au refus des autorités américaines de le libérer provisoirement, M. Borodine a décidé de se rendre en Suisse rapidement. Bien entendu, il clame toujours son innocence. Il fait pleine confiance aux tribunaux suisses pour être totalement innocenté», explique Maître Vincent Solari, un de ses avocats genevois.

Blanchiment de 30 millions de dollars de pots-de-vin et participation à une organisation criminelle, voilà les deux inculpations pour lesquelles la justice genevoise veut poursuivre Pavel Borodine. Swissinfo s'est procuré une copie de la demande d'extradition envoyée le 24 janvier 2001 par la Suisse au Tribunal de New York qui devait décider du sort de l'ex-intendant du Kremlin.

Le juge Devaud semble avoir mis à jour les circuits russes de corruption utilisés par les sociétés tessinoises Mercata et Mabetex. Dans sa demande d'extradition, le magistrat détaille comment et à qui ces entreprises de construction ont versé plus de 62 millions de dollars de commissions pour obtenir de juteux contrats auprès de l'Administration présidentielle russe.

L'enquête pénale suisse aurait permis d'établir que Victor Stolpovskikh, un russe résidant au Tessin, a racheté en 1995 la société Mercata via laquelle il a obtenu des contrats pour la rénovation du Grand Palais du Kremlin et de la Chambre des comptes à Moscou. Au total une enveloppe de 492 millions de dollars. Cet argent va emprunter des chemins tortueux.

C'est la société Lightstar basée à l'île de Man et contrôlée par Victor Stolpovskikh qui est au centre du système. Grâce à ses connections en Russie, Lightstar aurait obtenu ces travaux au profit de Mercata. En échange, Mercata s'engageait à reverser à Lightstar une partie des sommes perçues pour le travail.

Le juge explique qu'entre mai 1996 et juin 1998, la Mercata verse au total 62,52 millions de dollars sur le compte que détenait Lightstar à la Midlandbank de l'île de Man. Ensuite, l'argent a été ventilé vers des entreprises lichtensteinoises, panaméennes ou des îles Vierges. Des sociétés dont les ayants droit économiques sont des proches de l'ancienne administration présidentielle russe.

Sur la liste des bénéficiaires de commissions dressée par le juge Devaud, Pavel Borodine et sa famille se taille la part du lion avec plus de 25 millions de dollars alors que 11 millions seraient tombés dans les poches de Victor Stolpovskikh.

La plupart de ces opérations transitaient par des banques helvétiques et notamment la banque de Camondo à Genève, la banque du Gothard et la banque Adamas à Lugano et l'UBS à Zurich. La United Overseas bank de Nassau et la banque Hofmann à Guernsey sont aussi concernées.

La demande d'extradition du juge Devaud mentionne aussi la remise en état de l'avion présidentiel russe. Le financement de cette rénovation s'est fait via des «promissory notes» (des billets à ordre) garantis par la banque moscovite Vneshtorgbank et escomptés par la banque Morgan Greenfell de Londres.

Mercata crée une nouvelle entité, la Mercata Seagas, qui, entre octobre 1995 et mars 1996, reçoit 37 millions de dollars. La rénovation de l'avion est assurée par l'entreprise Jet Aviation de Bâle qui touche 12,7 millions de dollars pour son travail. Le reste de l'argent aurait été réparti sur plusieurs comptes dans des paradis fiscaux.

Le dossier du juge Devaud semble parfait. Le problème c'est que la Chambre d'accusation de Genève a rendu, en date du 12 décembre 2000 et du 20 février 2001, deux ordonnances qui sonnent comme un désaveu pour le magistrat. Elle a «ordonné la libération immédiate» des blocages frappant les comptes bancaires de Mercata et ceux de son patron, Viktor Stolpovskikh.

La Chambre estime que «le dossier ne comporte pas d'éléments susceptibles de justifier les séquestres», qui portaient sur 60 millions de dollars. Elle estime que le juge n'a pas établi que des opérations délictueuses ont été réalisées en Russie. «L'enquête a porté sur l'établissement de flux financiers, mais n'a pas permis de déterminer que des actes de blanchiment ont été commis.»

La bataille entre le juge et les présumés corrompus s'annonce rude. Pour le Parquet genevois, le plus dur reste à faire.

Luigino Canal

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