Navigation

Sauter la navigation

Fonctionnalités principales

Polémique en Suisse sur le front de la lutte antitabac

Tout le monde n'apprécie pas que les cigarettiers soient représentés à la journée de prévention, dont le thème est la jeunesse.

(Keystone)

Alors que les pays membres de l´OMS entament cette semaine à Genève des négociations sur une future convention-cadre pour la lutte antitabac, une polémique s´est engagée en Suisse autour d´une journée de prévention prévue en novembre à Lucerne.

A l'initiative de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), Lucerne doit accueillir le 8 novembre une réunion d'envergure nationale, dite d'incitation et d'impulsion, sur la question: «Toujours plus de jeunes fumeuses et fumeurs dans la cour d'école, que faire?»

Le public visé en priorité lors de cette journée est celui des enseignants. Mais y sont invités aussi les associations de parents d'élèves, les médecins scolaires, les représentants des assurances-maladie, les associations de prévention, bref tout ce que la Suisse compte de milieux engagés dans la lutte pour un environnement sain à l'école.

S'il y a polémique, c'est que le programme de ce rassemblement baptisé «Smoking Out» prévoit également de donner la parole à Edgar Oehler, président de la Communauté de l'industrie suisse de la cigarette. Sa contribution doit porter sur «l'auto-limitation de l'industrie du tabac pour la protection de la jeunesse».

D'où non seulement l'étonnement, mais la colère de plusieurs personnalités des milieux de la prévention, en particulier en Suisse romande et au Tessin. Des lettres ouvertes ont été adressées à la conseillère fédérale Ruth Dreifuss, dont dépend l'OFSP.

Leurs auteurs protestent contre cette invitation faite à quelqu'un qu'ils considèrent comme le «porte-parole d'une catégorie de professionnels qui ont honteusement menti à la population mondiale, camouflant leurs connaissances sur les conséquences du tabagisme».

Oui à un véritable débat contradictoire avec M. Oehler, disent-ils, mais pas question de lui accorder un temps de parole unilatérale. Le Dr Jean-Charles Rielle, médecin responsable du Centre genevois d'information pour la prévention du tabagisme, a dans la foulée proposé de repousser la réunion de Lucerne à une date ultérieure, le temps de mettre au clair et en toute sérénité les données du problème.

A l'Office fédéral de la santé publique, on répond qu'il est important que tous les milieux concernés, y compris celui des fabricants de cigarettes, puissent donner leur point de vue. Cela dit, on affirme que rien ne devrait changer dans le programme du 8 novembre. On ne semble pas non plus prendre trop au sérieux pour le moment les menaces de boycott de certains milieux de la prévention.

Les fabricants de tabac ne veulent pas entrer dans la polémique. Ce ne sont pas eux, disent-ils, qui ont demandé à figurer au programme de la réunion. Ses organisateurs les ont invités à y participer. Et ils ont répondu affirmativement pensant qu'ils ont, eux aussi, un rôle à jouer dans le domaine de la prévention et qu'ils sont prêts à le faire.

Dans une dizaine de jours, la Communauté de l'industrie suisse de la cigarette va d'ailleurs lancer une «action commerce et industrie» visant à empêcher la vente de tabac aux moins de seize ans. «Nous préparons à l'intention des points de vente de Suisse tout un matériel de signalisation, affichettes, autocollants et autres, nous dit son porte-parole. Notre message sera tout sauf provocateur.»

A court terme, et à moins de revirements de dernière heure, la journée de Lucerne verra probablement se durcir les fronts. Avec en tout cas un double risque: celui d'une scission au sein même des milieux de prévention du tabagisme et celui, plus grave, d'une rupture des relations de confiance entre des militants de terrain et l'Office fédéral de la santé publique qui se voit déjà, ici et là, soupçonné de céder au lobby cigarettier suisse.

Voilà une polémique supplémentaire dont se serait sans doute passé Thomas Zeltner, directeur de l'Office. Il est également l'homme-clé du rapport que l'OMS a publié en août dernier, accusant les grands de l'industrie du tabac d'avoir secrètement tenté de saper la campagne antitabac de cette organisation spécialisée des Nations unies.

L'OMS fait un pas de plus après les auditions publiques organisées la semaine dernière. Ses pays membres participent en effet à la première étape de la négociation d'une convention internationale destinée à enrayer efficacement la consommation mondiale de tabac. Un projet d'une quarantaine de pages est dans les mains des délégations nationales réunies à Genève depuis lundi. Mais plusieurs sessions seront nécessaires avant sa conclusion agendée pour 2003, si possible.

Bernard Weissbrodt

Neuer Inhalt

Horizontal Line


subscription form - French

newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite et recevez nos meilleurs articles dans votre boîte mail.

Rejoignez notre page Facebook en français!

×