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A Genève, le nucléaire iranien au centre de pourparlers

Pour la troisième fois en trois ans, Téhéran entame à Genève des pourparlers sur son programme nucléaire.

(Reuters)

L’Iran est durant deux jours à Genève pour des pourparlers sur son programme nucléaire. Les discussions s’annoncent tendues. Le point avec Mohammad-Reza Djalili, politologue spécialisé dans le Moyen-Orient et l’Asie centrale.

Pour la troisième fois en trois ans, Téhéran entame à Genève des pourparlers sur son programme nucléaire. L’Iran, et son chef négociateur Saeed Jalili ont rencontré lundi les «5+1» (Cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies: Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni + Allemagne).

Alors que l’Iran est soupçonné par la communauté internationale de développer l’arme atomique, sous couvert d’ un programme nucléaire civil, les discussions s’annoncent tendues. Une tension renforcée dimanche par Téhéran, qui a annoncé contrôler la totalité du cycle de production de combustible nucléaire. Dans ce climat, la reprise des négociations entre l’Iran et les «six» laisse les experts perplexes. Et peu de résultats sont attendus à l’issue de cette rencontre de deux jours, comme le souligne Mohammad-Reza Djalili.

swissinfo.ch: Pouvez-vous nous expliquer le cadre dans lequel s’inscrit cette rencontre?

Mohammad-Reza Djalili: Les Iraniens viennent à Genève pour montrer qu’ils n’abandonnent pas la voie diplomatique. Mais fondamentalement, leur position n’a pas changé. Les dernières déclarations du président Mahmoud Ahmadinejad et d’autres responsables iraniens montrent que l’Iran reste tout à fait fidèle à ses anciens objectifs et que sur le plan nucléaire, le pays ne veut rien céder.

Cela présage des discussions assez sombres, puisque jusqu’à maintenant, il n’y a aucune souplesse du côté iranien. Evidemment, une surprise est possible, mais je suis très sceptique vis-à-vis d’un changement soudain de la position iranienne.

swissinfo.ch: Que peut-on attendre de ces discussions?

M. D.: A mon avis, il ne se passera pas grand chose. Il y a déjà eu une rencontre à Genève, il y a un peu plus d’un an. Des promesses ont été faites, mais elles n’ont pas été tenues. Aujourd’hui, l’Iran est dans une position un peu plus fragile pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il y a un certain consensus entre les «5 + 1», et les sanctions ont des effets très négatifs sur l’économie iranienne. Enfin, l’Iran a rencontré des problèmes techniques dans son programme d’enrichissement.

Est-ce que ces trois facteurs vont influer sur la position iranienne? C’est difficile à dire, mais je pense que ces facteurs restent secondaires. Le problème fondamental pour l’Iran c’est que céder sur la question du nucléaire et trouver un compromis est un signe de faiblesse pour le gouvernement. Je ne vois aucun élément indiquant qu’il accepterait cette situation.

swissinfo.ch: Quel est le rôle de la Suisse dans la question du nucléaire iranien?

M. D.: La Suisse, mais aussi Genève, et surtout l’ONU à Genève, sont évidemment prêts à créer les conditions pour qu’il y ait des négociations et qu’on trouve une solution à la question du nucléaire. C’est un rôle important, mais c’est le minimum qu’ils puissent faire, sans même être sûrs que ces négociations aboutiront à quelque chose.

Néanmoins, je pense que les négociations sont préférables à une confrontation. Même si, du côté iranien, celles-ci ont un but de temporisation. Cette volonté de gagner du temps semble aussi convenir à l’administration américaine qui a beaucoup de problèmes à l’heure actuelle. On ne voit donc pas pourquoi il faudrait éviter une réunion, quitte à en faire une autre dans six mois ou dans un an. C’est une tendance qui existe depuis huit ans: on joue sur le temps.

swissinfo.ch: Que pensez-vous du fait que certaines puissances présentes à Genève, possèdent leur propre arme nucléaire tout en se battant pour que d’autres pays, comme l’Iran, n’en aient pas?

M. D.: Pour éviter d’augmenter les risques liés à l’arme nucléaire, on part du présupposé que si seules quelques puissances y ont accès, cela peut éviter son utilisation. Il semble que cette logique se vérifie depuis la signature du traité de non-prolifération; il n’y a eu aucune utilisation de l’arme nucléaire. Mais s’il y a un pays au Moyen-Orient qui se dote de l’arme nucléaire et que les autres pays sont obligés de faire la même chose, on entre dans un processus d’escalade incontrôlable et qui peut avoir des conséquences très négatives pour la communauté internationale.

De plus, l’Iran soutient qu’il cherche à se doter d’une capacité nucléaire civile. Il refuse de reconnaitre que son programme pourrait avoir une dimension militaire. Si on reste dans le domaine du nucléaire civil, tous les Etats ont le droit de le faire. Mais ils doivent en même temps accepter un contrôle très minutieux de l’Agence de Vienne, ce qui ne semble pas tout à fait le cas du programme iranien. Ceci a créé un certain nombre de doutes dans la communauté internationale sur les visées réelles de ce programme.

Mais il est certain que le traité de non-prolifération est un traité qui a été signé dans des conditions tout à fait particulières et qui, en fait, est inégalitaire. Pourtant, c’est le seul traité que nous possédons en ce moment pour essayer de limiter la prolifération. Si un pays comme l’Iran, qui a signé ce traité, ne le respecte pas, ce sera catastrophique pour le système de contrôle du nucléaire, car les conditions internationales actuelles ne permettent pas la renégociation d’un nouveau traité.

swissinfo.ch: Quel est le conseil que vous donneriez aux différents participants des pourparlers de lundi?

M. D.: De véritablement entrer dans un cadre de négociations. Pour le moment, nous ne sommes pas dans des négociations; nous sommes au niveau des discussions. Pour qu’il y ait véritablement des négociations, il faut que des cadres soient fixés et que certains facteurs soient reconnus par les deux parties. Nous ne sommes pas encore arrivés à cette étape absolument nécessaire.

Chronologie nucléaire iranien

2005

8.08: Quelques jours après la prise de fonction du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, l'Iran reprend des activités nucléaires dans son usine de conversion d'uranium d'Ispahan, suspendues depuis 2004.

2006

10.01: L'Iran lève les scellés de plusieurs centres de recherche nucléaire.

5.02: L'Iran cesse d’appliquer le protocole additionnel du Traité de non prolifération.

11.04: L'Iran annonce avoir procédé à son premier enrichissement d'uranium (3,5%), puis 4,8% en mai.

31.07: Le Conseil de sécurité de l'ONU vote la résolution 1696 enjoignant l'Iran de cesser ses opérations d'enrichissement sous peine de sanctions.

23.12: Sanctions économiques de l'ONU (renforcées en mars 2007 puis en mars 2008).

2007

9.04: L'Iran annonce être passé à l'enrichissement industriel.

2008

26.07: Ahmadinejad déclare que l'Iran possède 5000 à 6000 centrifugeuses.

2009

9.04: L'Iran inaugure à Ispahan la première usine de fabrication de combustible nucléaire et annonce avoir installé 7000 centrifugeuses à Natanz.

5.06: L'Iran a accumulé 1339 kilos d'uranium faiblement enrichi UF6, estime l'AIEA (environ 2065 kilos actuellement).

25-28.09: La révélation d'un site secret d'enrichissement à Fordoo près de Qom provoque un tollé.

21.10: L'AIEA propose à Téhéran qu'il livre une grande partie de son uranium faiblement enrichi à la Russie, chargée de l'enrichir avant d'être transformé en France en combustible pour le réacteur de recherche de Téhéran. Offre rejetée le 18 novembre.

2010

9.02: L'Iran commence à enrichir de l'uranium à 20% à Natanz.

18.02: L'AIEA s'inquiète d'informations selon lesquelles Téhéran pourrait être en train de fabriquer l'arme atomique.

6.05: L'Iran invite à dîner à New York les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU.

17.05: L'Iran, la Turquie et le Brésil adoptent une proposition d'échange sur le territoire turc de combustible nucléaire iranien contre de l'uranium enrichi à 20%. L'Iran dit cependant qu'il continuera à enrichir l'uranium à 20%.

05.12: Téhéran annonce contrôler la totalité du cycle de production de combustible nucléaire.

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Mohammad-Reza Djalili

Mohammad-Reza Djalili est né en 1940 à Téhéran, il possède la double nationalité iranienne et suisse. Un pays, où il a vécu durant de nombreuses années.

Politologue spécialisé dans le Moyen Orient et l’Asie centrale, il est professeur honoraire à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève.

Il n’a aucun lien avec Saeed Jalili, le négociateur envoyé par l’Iran à Genève.

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