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Après le non au Gripen La Suisse ne sait plus quelle armée elle veut



Le 18 mai, le peuple a dit non à l’achat du Gripen, mais pas à l’armée, ni même à l’aviation militaire.

Le 18 mai, le peuple a dit non à l’achat du Gripen, mais pas à l’armée, ni même à l’aviation militaire.

(AFP)

Le refus historique de l’achat des avions de combat Gripen par le peuple suisse le 18 mai pose la question du rôle de l’armée en général et des forces aériennes en particulier. La question n’est pas de savoir si l’on en veut, mais bien plutôt quel rôle elles doivent jouer.

«En soi, ce n’était pas un vote sur l’armée. Parce que nous ne l’aurions pas gagné, estime Jo Lang, ancien député vert et membre fondateur du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). C’était un vote contre les nouveaux avions de combat, et aussi un non à une hausse des dépenses militaires. J’y vois également un non à l’arrogance militaire, qui a rappelé aux gens les temps anciens où l’armée était encore une vache sacrée».

Dans l’autre camp, le brigadier Denis Froidevaux, président de la Société suisse des officiers (SSO) juge aussi que le vote du 18 mai n’était pas un vote contre l’armée. «Les pacifistes, les antimilitaristes représentent 30 à 35% de l’électorat, et là, ils font 53%. Donc, la différence ce ne sont pas des gens qui ont voté non à l’armée. Ils ont voté soit non à l’avion, soit non au ministre de la Défense Ueli Maurer, soit non à son parti, l’UDC [droite conservatrice], soit ils sont un peu déboussolés et ils ne savent plus très bien comment il faut orienter la politique de sécurité».

L’armée ne verra pas la couleur de l’argent des Gripen

Après le refus du Gripen par le peuple, l'armée devra réduire sa voilure et se contenter d'un budget annuel de 4,7 milliards de francs. Le Conseil fédéral (gouvernement) a décidé mercredi d'attribuer quelque 800 millions de francs qui ne seront pas dépensés entre 2014 et 2016 à des projets prioritaires dans d’autres départements.

Cette décision est un désaveu pour Ueli Maurer. Le ministre de la Défense espérait en effet maintenir le budget annuel de l'armée à 5 milliards de francs, malgré l'échec de l'achat de 22 avions de combat.

Pour le gouvernement, il n'est pas "possible, à court terme, d'engager pleinement les moyens initialement prévus". Quelque 800 millions de francs qui ne seront pas investis dans l'achat du jet suédois offriront la possibilité aux autres départements de "faire avancer d'autres projets prioritaires". Ueli Maurer a été prié de présenter le "profil de ses besoins" en même temps que le projet de réforme de l'armée, reporté à l'automne.

Sur les 900 millions prévus au total pour l'achat du Gripen pour la période 2014-2016 (pour un coût global de 3,1 milliards), seuls 100 millions seront réservés au Département de la Défense.

Le président du PDC (centre-droit) a critiqué cette décision, qualifiée de "concession faite à la gauche". "Le budget alloué à l'armée n'a jamais été aussi bas. De plus, pendant la campagne, les lacunes sécuritaires aériennes ont été pointées du doigt, aussi par la gauche", a-t-il poursuivi en rappelant le récent détournement d'avion à Genève.

"C'est une très bonne nouvelle", a réagi de son côté le Parti socialiste par la bouche de son porte-parole Gaël Bourgeois. "Tant que les missions de l'armée ne sont pas redéfinies, on ne sait pas de quel matériel elle aura besoin", a-t-il relevé. "A quoi servent 5 milliards de francs si on ne sait pas à quels buts les affecter?".

Source : ATS

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Armée en chantier

En Suisse, la politique de sécurité fait l’objet de rapports périodiques, qui doivent désormais sortir tous les quatre ans, au lieu de dix précédemment. Le prochain est attendu pour cet automne, mais à la SSO, on craint déjà qu’il ne soit «qu’un copier-coller de celui de 2010».

«On a de plus en plus de peine à démontrer le besoin de disposer d’une armée capable de remplir ces trois missions de base que sont combattre, protéger et aider, note Denis Froidevaux. Il n’y a pas de consensus politique au départ, une partie de l’électorat veut supprimer l’armée, une autre ne veut lui laisser que les missions d’aider et de protéger, et une autre encore veut qu’elle soit aussi en mesure de combattre.».

Les réformes de l’armée n’ont pourtant pas manqué ces dernières années, comme le rappelle Hans-Ulrich Ernst, qui fut secrétaire général du département militaire fédéral (aujourd’hui DDPS) de 1979 à 1996. Mais soit elles avaient été conçues avant la chute du Mur de Berlin, soit elles ont été «édulcorées par le parlement». Sans compter celles «qui n’ont été mises en œuvre que du bout des lèvres». Résultat: «les devoirs ne sont toujours pas faits et on n’a pas encore remédié aux faiblesses actuelles de l’armée suisse».

Pour Hans-Ulrich Ernst, la principale de ces faiblesses, c’est la taille de l’armée. «Pas le chiffre absolu, mais le fait que nous avons trop d’actifs et pas assez de réservistes. En fait, nous avons deux armées: les écoles de recrues, avec des apprentis soldats et les soldats formés. Sur 260 jours de service, un soldat en passe plus de la moitié à l’école de recrues. C’est un mauvais système, que la Suisse est la seule à avoir. La norme internationale, c’est huit semaines de formation de base».

Pour Jo Lang aussi, l’armée suisse est trop grosse, et même «maintenue artificiellement à cette taille pour des raisons idéologiques». «Le problème fondamental de l’armée, estime le pacifiste, c’est qu’elle ne peut pas légitimer sa taille par des raisons de politique de sécurité. Elle prévoit 20'000 hommes pour les tâches de défense, alors qu’elle en a 100'000. Et la seule raison d’en maintenir 100'000, c’est de garder la conscription obligatoire».

Pourquoi pas l’OTAN?

Une tradition à laquelle les Suisses semblent tenir, puisque le 22 septembre 2013, ils ont été près de trois sur quatre à refuser une initiative du GSsA visant à supprimer le service militaire obligatoire. Mais en attendant que la question revienne éventuellement sur le tapis, c’est celle des avions de combat qui ne va pas manquer de se reposer bientôt, avec la mise à la retraite annoncée des Tiger F-5.

Récemment, l’affaire du détournement d’un avion de ligne éthiopien sur Genève a fait prendre conscience aux Suisses que leurs forces aériennes déléguaient à certaines heures leurs tâches à leurs voisines françaises, italiennes et allemandes. Alors dans ce cas, pourquoi la petite Suisse ne se placerait-elle pas carrément sous le parapluie de l’OTAN?

«Oui, mais la Suisse a fait le choix de la neutralité, objecte Denis Froidevaux. Et on ne peut pas adhérer à une organisation comme l’OTAN sans l’abandonner. Expliquez-moi, politiquement, quelles seraient les chances d’une adhésion à l’OTAN devant le peuple… Zéro!»

Pour Hans-Ulrich Ernst, la question ne se pose de toute façon plus en termes d’adhésion. «Que nous soyons membres ou non, personne ne pourrait attaquer la Suisse - que ce soit par les airs ou par voie de terre - sans entrer en conflit avec l’OTAN. Dans ce domaine, nous sommes typiquement montés dans le train sans payer notre ticket», relève l’ancien secrétaire général du DDPS.

Aux heures de bureau

Christophe Keckeis, qui fut chef de l’armée de 2004 à 2007, a été passablement irrité de la couverture médiatique du détournement sur Genève. «Tout le monde a retenu que nos Forces aériennes n’ouvraient ‘qu’aux heures de bureau’. Mais on aurait pu relever le fait que nos accords avec les pays voisins ont merveilleusement fonctionné et que chacun a fait son job. Et ça n’a jamais été dit».

Pour «vendre» l’achat d’un nouvel avion de combat au peuple suisse, l’homme qui a fait toute sa carrière dans l’aviation est convaincu qu’il faudra se battre sur le terrain de l’information. Car trop de gens ignorent totalement à quoi servent les Forces aériennes suisses. «Chaque jour, notre territoire est survolé par à peu près 3500 avions civils. Et quand certains se permettent encore aujourd’hui de ne pas respecter les règles de l’air, il faut intervenir».

C’est le cas lorsqu’un avion ne répond pas, qu’il manque un plan de vol ou que survient une panne radio par exemple. A ce moment, les chasseurs suisses doivent soit identifier l’appareil, l’obliger à changer de cap ou l’obliger à atterrir. «En moyenne annuelle, on a pratiquement une intervention par jour», note Christophe Keckeis.

Une femme socialiste à la Défense?

Pour lui quoi qu’il en soit, le vote contre le Gripen s’explique aussi par une raison qui n’a rien à voir avec la politique de défense. Ayant participé à de nombreux meetings avant le 18 mai, l’ancien chef de l’armée y a senti une nette volonté de sanctionner l’UDC après le vote du 9 février, qui a vu la Suisse accepter de justesse son initiative contre l’immigration de masse. «Les gens avaient l’impression d’avoir été piégés par l’UDC et ils avaient une réelle envie de prendre une revanche».

Denis Froidevaux quant à lui se demande si un autre ministre qu’Ueli Maurer aurait fait mieux pour défendre le Gripen. «Je n’en suis pas sûr, admet le président des officiers suisses. Mais par contre, il me paraît clair que le DDPS devra un jour changer de parti. Il y a trop longtemps que la politique de défense est colorée 100% UDC [3 ministres sur 19 ans, ndlr]. Il y a là quelque chose qui doit nous interpeller, un réel problème… Que se passerait-il avec cette armée si elle était dans les mains d’une femme socialiste? Est-ce que ça serait salutaire, est-ce que ça serait suicidaire? Je n’ai pas la réponse».

A la recherche du plan B

La Suisse pourrait acheter à l'avenir jusqu'à 44 nouveaux avions de combat, propose Alex Kuprecht, sénateur UDC et président de la commission de la politique de sécurité. Le coût du remplacement de la flotte de F/A-18 et des Tiger est estimé entre 6 et 8 milliards de francs.

Avant le vote, le ministre de la Défense, Ueli Maurer, avait martelé qu'il n'y avait «pas de plan B». Les forces aériennes suisses disposent actuellement de 86 avions de combat - 32 F/A-18, qui seront engagés jusqu'en 2030 au moins et 54 F-5 Tiger. Mais la discussion pour le remplacement des F/A-18 devrait bientôt avoir lieu, a précisé Ueli Maurer. L'achat des 22 Gripen, qui a échoué dimanche, visait à remplacer les Tiger, qui seront bientôt retirés de la circulation.

Comme le remplacement des Tiger par des Gripen ne se fera pas, Alex Kuprecht estime que la Suisse ne remplacera pas les F/A-18 à l'unité près, mais qu'elle achètera plutôt 44 appareils, a déclaré le politicien alémanique sur les ondes de la radio alémanique SRF. 

Source: ATS

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(Collaboration: Andreas Keiser), swissinfo.ch


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