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Droits humains Le pavé Timochenko dans la mare de l’Euro 2012

A la veille du championnat européen de football, la Suisse a rejoint d'autres pays européens pour exhorter l’Ukraine à poursuivre la réforme de son système judiciaire. La détention de l'opposante Ioulia Timochenko jette une ombre sur l’Euro 2012.

Si le ministre de la Défense et des Sports Ueli Maurer s'est annoncé pour  

assister au match d'ouverture entre la Grèce et la Pologne, la présence officielle de la Confédération s'arrête là pour cet Euro 2012 co-organisé par l'Ukraine et la Pologne. Mais la Suisse ne rejoint pas officiellement le boycott décrété par certains gouvernements européens. Un boycott  en signe de protestation contre l’emprisonnement de Ioulia Timochenko, deux fois Premier ministre la décennie passée.

«La participation aux autres matches de l’Euro 2012 en Pologne ou en Ukraine n'a jamais été envisagée», déclare à swissinfo.ch Sonja Margelist, porte-parole du ministre suisse.

Ioulia Timochenko a été emprisonnée pour 7 ans en octobre dernier, suite à sa condamnation pour abus de pouvoir lors de la signature d'un accord gazier avec la Russie jugé préjudiciable à l'Ukraine.  Une condamnation qu’elle qualifie de vengeance du président Viktor Ianoukovytch contre elle et son ancienne équipe gouvernementale. Depuis, sa santé s'est détériorée. Et elle assure avoir été battue durant son incarcération. Une affaire où la Suisse a offert sa médiation entre l'Ukraine et l'Union européenne (UE) et sa disponibilité à accueillir l’opposante pour un traitement médical.

Pressions européennes

De son côté, l'UE a exprimé son inquiétude sur le sort de Ioulia Timochenko. Mais Bruxelles a omis de statuer sur un boycott commun.  Le Parlement européen a néanmoins adopté fin mai une résolution appelant à la «libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers condamnés pour des motifs politiques, y compris les dirigeants de l'opposition.»

Pour sa part, la Commission européenne a affirmé le 22 mai que «la justice politiquement motivée est un problème systémique en Ukraine, et il requiert une solution systémique sous forme d'une vaste réforme judiciaire.»

En mars, l'UE a achevé la phase technique d’un accord d'association pour une intégration politique et économique plus grande avec l'Ukraine. Et ce pour que Kiev intègre des principes tels que la primauté du droit. Pour Bruxelles, l’Ukraine devrait donc déjà «vivre dans l’esprit » de ce futur accord.

De son côté, le président ukrainien a reconnu que le cas Timochenko pourrait entraver l'intégration de l'Ukraine dans l'UE. Viktor Ianoukovytch a ajouté que des avocats étrangers sont en train de réaliser un audit juridique de l'affaire dont les résultats seront présentés prochainement.

Réformes judiciaires

En 1999, la Suisse a ouvert à Kiev un bureau de l’agence suisse pour le développement et la coopération (DDC). Son programme 2011-2014 pour l'Ukraine est doté d’un budget de 16.9 millions de francs. Il se concentre sur la gouvernance locale, les services publics, la santé des femmes et des enfants, et la réforme  du système judiciaire.

La DDC assure que les normes européennes telles que le principe de l'indépendance judiciaire ont été repris dans le concept du pouvoir judiciaire ukrainien. Progressivement réduit, ce projet de 14 ans sera transmis cette année à l'UE et aux États-Unis.

L'agence gouvernementale suisse dit aussi que des progrès ont été accomplis dans le domaine de la prévention de la délinquance juvénile, des conditions de détention pour les détenus vulnérables comme les femmes ayant des enfants et des mineurs délinquants.

De son coté, la Commission européenne a qualifié le nouveau Code de procédure pénale ukrainien adopté le 14 mai dernier de «pas en avant», tout en rappelant que des réformes doivent également être apportées au Code pénal lui-même.

Porte-parole du ministère suisse des affaires étrangère (dont dépend la DDC), Carole Wälti précise: «Le nouveau Code de procédure pénale apporte des améliorations importantes pour les personnes détenues. Toutefois, cela ne changera pas la situation pour les personnes qui ont déjà été condamnées. Afin d'améliorer la situation de ces personnes, le Code pénal doit aussi être adapté. Un projet rejeté l'automne dernier par le Parlement ukrainien.»

Hospitalisation problématique

Ce mardi, les médecins allemands autorisés à surveiller le traitement de l'ancienne chef du gouvernement ont déclaré que la santé de Ioulia Timochenko s'est améliorée mais reste fragile.

Ces praticiens ont estimé que Timochenko, qui a 51 ans et souffre d'une hernie discale, ne se rétablirait probablement pas complètement, vu les conditions actuelles de sa détention. Ils ont exhorté les autorités ukrainiennes à autoriser son transfert à Kiev ou à son domicile pour y être soignée.

Rejetant les accusations de maltraitance à l’encontre de la prisonnière, les autorités ukrainiennes se refusent pour l’heure à la libérer, tout en qualifiant les appels au boycott de «méthode de la guerre froide».

Depuis son emprisonnement, ils maintiennent la pression sur elle avec des accusations de fraude fiscale et une enquête pour son éventuelle implication dans un meurtre commandité  il y a 16 ans.

Un boycott contesté par l’opposition

Sa fille Eugenia Timochenko a dit qu'elle comprenait le boycott politique. «Mais je pense que les événements sportifs devraient continuer ... Ma mère, quand elle était au gouvernement, a lutté pour que l’Ukraine accueille ce championnat», a-t-elle déclaré à la BBC.

Les dirigeants de l'opposition ukrainienne ont également exhorté les dirigeants européens à venir assister au championnat.

«Le meilleur scénario serait que les dirigeants européens participent à la compétition, mais sans rencontrer le président Ianoukovitch», a déclaré Arseni Iatseniouk, le leader du Front  pour le changement.

Suisse - Ukraine

Les relations entre la Suisse et l’Ukraine sont anciennes et remontent à l’époque des tsars, lorsque le territoire de l’actuelle Ukraine constituait une région d’émigration pour les Suisses.

Une colonie nommée Zürichtal a été fondée il y a 200 ans sur la presqu’île de Crimée.

 s'estune colonie qui existe encore de nos jours.

Après la dissolution de l’Union soviétique, la Suisse a reconnu l’Ukraine en 1991 et ouvert immédiatement une ambassade à Kiev.

Selon le ministère suisse des affaires étrangères (DFAE), la coopération politique, économique et culturelle entre les deux pays est excellente, au niveau tant bilatéral que multilatéral : entre 1992 et 2009, ils ont signé pas moins de 18 accords.

L'Ukraine est membre du groupe de vote suisse de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

La Suisse soutient les efforts de réforme du gouvernement ukrainien et s’engage à raison de plus de CHF 10 millions par année, dans une série de projets : bonne gouvernance, santé, gestion durable des ressources, etc.

Bien que les échanges économiques soient à la hausse, ils restent encore modestes : en 2009, les exportations suisses atteignaient CHF 364 millions et les importations CHF 61 millions.

Le potentiel économique est donc encore loin d’être exploité.

Source : DFAE

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Traduction de l'anglais: Frédéric Burnand, swissinfo.ch


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