Les Américains expriment leur ras-le-bol

A l'issue des élections, le président Barack Obama a déclaré être disposé à collaborer avec un Parlement à majorité républicaine. Reuters


Ce contenu a été publié le 06 novembre 2014 - 00:00

La presse suisse de jeudi revient largement sur les élections américaines de mi-mandat, qui ont vu une large défaite du Parti démocrate. Mais pour bon nombre de commentateurs, le vrai perdant, c’est une classe politique américaine qui peine de plus en plus à convaincre. 

Les élections de mi-mandat (midterm) ont pris un petit air de Bérézina pour le Parti démocrate du président Barack Obama. Selon les résultats, les démocrates ont perdu la majorité qu’ils détenaient au Sénat depuis 2008 ainsi qu’une dizaine de sièges dans un Congrès déjà aux mains des républicains depuis 2010.

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Avec les deux Chambres contrôlées par ses adversaires, la fin de mandat s’annonce compliquée pour Barack Obama. Le président sera forcé à la cohabitation pour les deux années qui lui restent à gouverner. «Le président, qui ne peut plus se permettre d’avoir de grandes ambitions de réforme pour ses deux dernières années de mandat, doit commencer à préparer le terrain pour le (ou la) candidat(e) de son parti pour la Maison-Blanche en 2016», note à ce propos le quotidien vaudois 24 heures

La fin d’un mythe 

Pour beaucoup de commentateurs de la presse suisse, Barack Obama lui-même porte une grande responsabilité dans cette défaite. Le Corriere del Ticino résume d’ailleurs assez bien l’opinion générale en parlant du «crépuscule du mythe Obama». Et le Giornale del popolo d’insister: «avec un verdict qui ne laisse pas de place au doute, l’Amérique a mis un terme au rêve lancé en 2008 avec l’heureux slogan ‘Yes we can’». 

«Au pays des superhéros, Barack Obama n’est finalement qu’un homme parmi les autres. Un homme aux faiblesses toujours plus criantes depuis la fin de son état de grâce au milieu du premier mandat déjà. Il paye cash son manque de leadership et les promesses non tenues en termes de réformes de société et de politique internationale. Ces derniers mois encore, il n’a pas répondu aux attentes d’un pays qui se sent attaqué de toutes partes (l’Etat islamique, le virus Ebola et les mineurs clandestins)», relève pour sa part le quotidien fribourgeois La Liberté

La Neue Zürcher Zeitung met également l’accent sur le rôle du président Obama. «Les causes [de la défaite] sont diverses, mais ont un dénominateur commun: Obama. Ses adversaires ont su transformer ces élections en un référendum sur un président mal-aimé», note le grand quotidien zurichois. 

«Barack Obama a eu ses errements. Mais s’il paie au prix fort sa politique, c’est parce qu’il a transformé la manière de concevoir le rôle des Etats-Unis dans le monde. Il est sans doute parfois trop délibératif, mais il refuse la mécanique simpliste de l’usage systématique de la force défendu par le sénateur républicain John McCain. Sanctionner Barack Obama qui, il est vrai, ne sait pas partager son projet avec les Américains à l’image d’un Bill Clinton, et confier les rênes du pays à un Parti républicain déchiré et sans programme, c’est une façon d’éviter la complexité du monde et de se rassurer à bon compte», analyse le quotidien romand Le Temps

Pas seulement Obama 

Dans beaucoup de commentaires, on trouve cependant l’idée que la politique et le manque d’aura de Barack Obama n’expliquent pas tout. Le résultat de ces élections serait aussi l’expression d’un énorme ras-le-bol des Américains vis-à-vis de leur classe politique. 

«L’origine de ce revirement est à rechercher en particulier dans les blocages parlementaires stériles qui ont opposé démocrates et républicains au Congrès. Ces manœuvres politiciennes peu glorieuses, sur le plafond de la dette par exemple, ont donné une piètre image de la classe politique. Mais ce sont surtout les démocrates, au pouvoir, qui en ont fait les frais», analyse le quotidien neuchâtelois L’Express

«Mais Barack Obama et les démocrates ne sont pas les seuls perdants de ce vote sanction. Les sondages à la sortie des urnes montrent que rarement les Américains ont été aussi frustrés et désillusionnés par l’ensemble de leur classe politique. Ils sont las d’un bras de fer de six ans entre une Maison-Blanche sans concession et des conservateurs obsédés par la volonté de bloquer le président honnis», note la Tribune de Genève. 

Pour 24 heures, «la claque électorale reçue par Barack Obama et le large succès des républicains aux élections des midterms, mardi soir, ne doivent pas faire oublier une chose: les Américains en ont assez de la paralysie à Washington». Un avis d’ailleurs partagé par la Neue Zürcher Zeitung qui écrit: «Le verdict des urnes est clair: les Américains ne sont pas d’accord avec la politique à Washington». 

Des lendemains difficiles 

Les commentateurs ne sont pas très optimistes sur la politique américaine des prochains mois. Beaucoup considèrent que les démocrates sont à terre, mais au profit d’un adversaire qui se contente de faire de l’opposition, pour ne pas dire de l’obstruction. Dans leur article commun, le Tages-Anzeiger et le Bund estiment d’ailleurs que cette victoire républicaine est avant tout la «victoire des saboteurs». 

Sans aller aussi loin, plusieurs quotidiens mettent l’accent sur l’absence de programme des vainqueurs. «Les républicains ont déferlé au Sénat sans programme politique. Mais avec une seule idée en tête: mettre à genoux le président», note La Liberté. «Cette année, la victoire républicaine est loin de constituer un triomphe porté par une révolution interne et encore moins une promesse pour 2016», ajoute la Tribune de Genève

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Pour L’Express, ce manque de vision des vainqueurs des élections n’est pas propre aux Etats-Unis. «Privés pour l’heure d’un leader charismatique, les républicains souffrent de plus d’une affection très commune dans les courants similaires, aux Etats-Unis comme ailleurs: leur capacité d’opposition n’est pas accompagnée d’une véritable force de proposition», estime le journal. 

Dans de telles conditions, difficile donc d’aller de l’avant avant les élections présidentielles de 2016. «La prise de pouvoir des républicains au sénat ne met pas un terme à la paralysie à Washington mais la place seulement à un nouveau niveau. Si les propositions de loi controversées des républicains étaient jusqu’à présent bloquées au sénat, elles seront à l’avenir stoppées au plus tard sur le bureau du président avec son droit de veto», prédit la Neue Zürcher Zeitung.

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