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En 2004, la Suisse aussi était en Afghanistan



La mission de promotion de la paix en Afghanistan s’est vite révélée impossible et la Suisse s’est retirée.

La mission de promotion de la paix en Afghanistan s’est vite révélée impossible et la Suisse s’est retirée.

(Keystone)

La publication par WikiLeaks de 90’000 documents sur la guerre menée en Afghanistan met en lumière l’existence de deux blessés suisses, à la fin septembre 2004, lors d’une explosion dans un bâtiment de l'ISAF. De quoi réveiller de vieilles plaies?

«29 septembre 2004, 16 heures, sud de Kunduz, action ennemie, deux explosions, bâtiment de l'ISAF touché, un Allemand blessé grièvement, deux Suisses légèrement touchés.» Ce style télégraphique, assorti de nombreux chiffres et sigles, plombe les plus de 90’000 documents sur la guerre en Afghanistan que le site WikiLeaks a rendu publics la semaine dernière.

L'incident concernant les deux soldats helvétiques y est ainsi mentionné. A l'époque, il passe presque inaperçu. Il est immédiatement confirmé à la presse par le Département de la défense dirigé à ce moment-là par Samuel Schmid, mais les deux victimes, atteintes de traumatisme auditif, sont soignées sur place et reprennent leur poste le lendemain.

Comme si de rien n'était, car personne ne réclame leur retour au pays pour autant, ni l'arrêt de la mission. L'incident a lieu en pleine session parlementaire, mais ne fait l'objet d'aucune intervention répertoriée.

Même l'écologiste zougois Josef Lang, pourtant déjà membre de la Commission de la politique de sécurité, opposant de la première heure à l'engagement de soldats suisses en Afghanistan, ne s'en souvient pas. Une vieille histoire, donc, qui montre à quel point la perception des événements a changé.

«En 2004, tous les regards sont tournés vers l'Irak», admet Josef Lang. L'Irak, c'est la sale guerre lancée par les Etats-Unis sans l'aval des Nations Unies, tandis que l'intervention en Afghanistan est liée à la lutte contre le terrorisme et porte le doux nom d'«Operation Enduring Freedom».

En 2007, c'est tout ou rien

Trente et un officiers suisses se succèdent en Afghanistan de mars 2003 à février 2008, à raison de deux à quatre personnes en même temps basées à Kaboul ou Kunduz. Au départ, il s'agit de missions de déminage. Mais le 21 juin 2003, le parlement approuve presque sans broncher la participation à l'International Security Assistance Force (ISAF), présentée comme une mission de promotion de la paix.

La publication des rapports par le site WikiLeaks montre à quel point la paix n'est qu'un mot en ce qui concerne l'histoire récente de l'Afghanistan. En 2004, le site répertorie déjà une moyenne de 165 incidents par jour, chiffre qui explose année après année.

Jusqu'en 2006, le Conseil fédéral songe plutôt à augmenter les moyens humains mis à la disposition de l'ISAF, comme le montre le rapport de la Commission extraparlementaire chargée des engagements de la Suisse en faveur de la promotion internationale de la paix (PSO).

«Avoir deux officiers en Afghanistan n'avait pas beaucoup de sens en terme de solidarité avec l'effort international et il a été question un temps d'envoyer sur place tout un détachement», confirme Josef Lang. Sauf que l'insécurité gagne du terrain. «Et en Suisse, le climat politique change», poursuit le conseiller national zougois qui se souvient d'un débat houleux sur la question.

Samuel Schmid rend donc les armes, évitant par la même occasion un nouveau clash avec son parti, l'UDC (droite conservatrice). Le 21 novembre 2007, il annonce que la Suisse se retire de l'Afghanistan. Le ministre évoque évidemment les problèmes de sécurité, mais aussi le fait que la mission de l'ISAF a évolué en quatre ans. L'opération de soutien au maintien de la paix est devenue une opération de lutte contre les insurgés.

Josef Lang admet que l'OTAN a réagi très négativement à cette décision et qu'il était clair qu'après cet épisode, les engagements de la Suisse à l'étranger allaient devenir plus difficiles. Ce qui est partiellement vrai. Il y a plus d'un an, la simple perspective qu'un Helvète, pourtant formé et engagé au sein de l'unité spéciale DRA-10, puisse être touché par un pirate somalien - ou vice versa - avait fait capoter la participation de la Suisse à l'opération Atalante.

Plus d'engagés qu'alors

Cette mission devait marquer à quelque part le retour de la Suisse dans une mission soutenue par l'OTAN. Une occasion pour recoller les pots cassés. Encore ratée. Ce qui ne signifie pas que la Suisse se replie entièrement sur son territoire.

Même si Ueli Maurer, nouveau chef du département, n'a sans doute guère envie de se mettre à dos l'UDC en multipliant ou en favorisant les engagements à l'étranger, les statistiques contredisent l'impression de repli. En 2004, il y avait 250 Suisses engagés dans 10 pays contre 271 dans 16 pays actuellement, selon le décompte du Département de la défense.

Magalie Goumaz, La Liberté/swissinfo.ch

Des erreurs aussi

Même si les 90'000 rapports mis en ligne par WikiLeaks impressionnent, ils ne sont pas exempts d’erreurs. Ainsi, une autre référence à la présence suisse en Afghanistan entre 2004 et 2009 n’est pas conforme à la réalité.

En date du 23 mai 2004, un rapport signale une attaque à la grenade contre les locaux de l’ONG suisse Madera, sans faire de blessés. Mais Madera est une organisation française.

Il s’agit de la Mission d’aide au développement des économies rurales en Afghanistan, créée en 1988 dans le prolongement des actions de solidarité avec la résistance afghane, lors de l’intervention soviétique.

En 2004, elle emploie 350 personnes, actives dans l’Est et l’Ouest du pays. C’est à l’Est que l’incident est répertorié, sans autre précision. Et Christian Blanchard, délégué général de Madera, n’en a aucun souvenir.

«En 2004, la situation était encore calme, explique-t-il. L’heure était à la reconstruction et nous étions confiants dans l’avenir». Christian Blanchard a bien quelques cas d’attaque en tête mais, pour lui, il est difficile de les interpréter. Banditisme? Règlement de comptes?

«Dès le moment où nos activités ne sont pas directement visées ou touchées, nous ne cherchons pas plus loin», dit-il.

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