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Jérusalem, l’histoire sans fin

Calme et propreté: à Ramat Shlomo, on ne circule pas le jour du Shabat.

(Keystone)

L’extension des quartiers juifs dans la partie arabe de Jérusalem se poursuit. Pour les uns, elle n’hypothéquerait pas les chances d’un éventuel accord de paix, alors que d’autres dénoncent l’isolement de quartiers arabes entiers. Deux regards suisses sur une question jamais réglée.

Le mois dernier, l’éternelle question du partage du sol dans la «ville trois fois sainte» a causé un nouveau regain de tension entre Palestiniens et Israéliens. On a même vu l’allié américain hausser le ton contre l’Etat hébreu. En cause cette fois: l’annonce de la délivrance du permis de construire pour 1600 nouveaux logements dans le quartier juif orthodoxe de Ramat Shlomo.

A trois kilomètres à vol d’oiseau au nord de l’Esplanade des Mosquées (ou du Mont du Temple, selon le point de vue religieux), Ramat Shlomo (les hauteurs de Salomon) est une colline qui domine une route de ceinture de Jérusalem passant exactement sur la «ligne verte», ancienne frontière entre Israël et la Jordanie avant la guerre des Six Jours et la «réunification» de la ville en 1967.

Pour Alfred Donath, président de la Commission contre l'antisémitisme du Congrès juif européen, ces nouvelles constructions «qui ne démarreront que dans deux ou trois ans», «n’hypothèquent en rien les chances d’un futur plan de paix».

«Tout le quartier de Ramat Shlomo, et deux ou trois autres qui sont Talpiot et Gilo [au sud de la ville], sont prévus par l’Initiative de Genève comme devant faire partie d’Israël après la conclusion d’un accord de paix, et échangés contre d’autres territoires», explique l’ancien président de la Fédération suisse des communautés israélites

Compensations équitables

Pascal de Crousaz, docteur en histoire de l’Institut des hautes études internationales de Genève, confirme: «Autant l’Initiative de Genève que le plan Clinton, et même la lettre du président Bush à Ariel Sharon au milieu des années 2000 prévoient que les quartiers juifs actuels aillent aux Juifs et les quartiers palestiniens aux Palestiniens».

«Cependant, poursuit le spécialiste du Proche-Orient, il devrait y avoir des compensations territoriales. Si Israël annexe quelques pour-cent de territoire de Cisjordanie, il doit compenser en donnant aux Palestiniens des territoires ailleurs. Et cette compensation devrait être équitable. En surface, comme en qualité. C'est-à-dire, pas des dunes près de Gaza échangées contre des terres fertiles autour de Jérusalem.»

Le problème - les deux interlocuteurs en sont très conscients -, c’est que la coalition au pouvoir en Israël, ou, du côté palestinien, le Hamas, ne reconnaissent pas l’Initiative de Genève. Ni d’ailleurs le plan Clinton, ni aucun des scénarios proposés depuis plus d’un demi-siècle pour le statut de Jérusalem, pomme de discorde centrale (avec la question du retour des réfugiés) du conflit israélo-palestinien.

Fait accompli

Alors en attendant qu’une solution se dessine, Israël construit. Et pas n’importe où. Comme le fait remarquer Pascal de Crousaz, «toutes les collines israéliennes à l’ouest de la ville sont essentiellement vides, transformées souvent en nouvelles forêts et en parcs naturels. Le fait d’aller au-delà de la frontière d’avant la guerre des Six Jours, n’est pas du tout un hasard».

Une tactique du fait accompli, qui obéit à des impératifs politiques très clairs: dans la mosaïque qui compose la démocratie israélienne, les coalitions gouvernementales sont toujours fragiles et ne peuvent pas se passer des forces nationalistes. Or pour celles-ci, Jérusalem est - quasiment de droit divin - la capitale du peuple juif et ne saurait être partagée.

«Si le gouvernement a l’intention de faire une concession quelque part au processus de paix, il se croit obligé en même temps de donner des gages aux ultranationalistes. Et il est clair qu’en ce moment, un premier ministre qui parlerait de rendre aux Palestiniens des quartiers de Jérusalem ferait immédiatement chuter sa coalition», résume Pascal de Crousaz. Et à ce stade, Netanyahu ne semble pas disposé à envisager une coalition alternative avec l’opposition, plus ouverte à des concessions pour la paix.

Logique d’encerclement

A regarder de plus près l’inextricable enchevêtrement que représente la carte du grand Jérusalem, on voit que l’implantation et le développement des quartiers juifs a pour conséquence d’isoler petit à petit les Palestiniens de leur arrière pays.

Ainsi, Ramat Shlomo, s’il s’étend à l’est, coupera un continuum de quartiers arabes qui va jusqu’à Ramallah. Et au sud, le quartier palestinien de Sur Baher est déjà isolé de Bethlehem par le quartier juif de Har Homa. «Là, c’est mission accomplie. Il n’y a pas l’ombre d’un doute sur la finalité de Har Homa», commente Pascal de Crousaz.

Ville divisée

«Dans les cœurs, dans les esprits, dans la pratique du quotidien, Jérusalem est déjà une ville divisée», note l’historien, qui s’y rend souvent. Il veut toutefois rester optimiste sur les chances de parvenir à un accord sur des frontières «un peu moins alambiquées et torturées».

«Même si cela peut nous navrer, l’équilibre serait un peu plus stable si on arrivait, dans un premier temps en tout cas, à séparer Israéliens et Palestiniens. Que chacun puisse vivre libre, dans la dignité et la sécurité sur sa terre. Mais pour le moment, on est loin de la bonne volonté, de la bonne foi et de la disposition à prendre des risques politiques qui permettrait d’arriver à cela», soupire Pascal de Crousaz.

Pour Alfred Donath, «l'idéal serait que les deux pays arrivent à une paix telle que les uns puissent vivre à côté des autres ou avec les autres, au milieu des autres, sans que cela provoque quoi que ce soit».

Mais lui aussi sait que l’on est encore très loin de cette ville sans frontières…

Marc-André Miserez, swissinfo.ch

La question qui fâche

Depuis la création de l’Etat d’Israël, le statut de Jérusalem n’a jamais été réglé.

Mai 1948. Un jour après la proclamation de son indépendance, Israël est attaqué par ses voisins arabes. Le conflit aboutit à la coupure de Jérusalem en deux. La partie est, avec la Vieille Ville et les lieux saints passent sous contrôle jordanien.

Juin 1967. Au terme de la guerre des Six Jours, les Israéliens prennent possession de la Vieille Ville. Ils étendent les limites de la municipalité de Jérusalem aux territoires occupés. La majorité de la communauté internationale continue de considérer cette occupation comme illégale.

Septembre 1993. Accords d’Oslo, Israéliens et Palestiniens se reconnaissent mutuellement. Naissance de l’Autorité palestinienne. La question du partage de Jérusalem n’est pas abordée, mais reportée à une étape ultérieure, qui n’a pas encore été atteinte.

Juillet 2000. Sommet de Camp David II. Propose un contrôle palestinien (mais pas de souveraineté) sur une large partie de Jérusalem-Est, notamment sur les lieux saints. Yasser Arafat refuse. Déclenchement de la seconde Intifada.

Janvier 2001. Sommet de Taba. Jérusalem serait déclarée «ville ouverte», avec souveraineté palestinienne sur les quartiers arabes et israélienne sur les quartiers juifs. Les négociations butent sur la zone attenant l’Esplanade des Mosquées/Mont du Temple. Nouveau refus d’Arafat.

Avril 2003. La Feuille de route adoptée par les Nations Unies, l’Union européenne, les Etats-Unis et la Russie renvoie (comme Oslo 10 ans plus tôt) la question de Jérusalem à une étape ultérieure..

Décembre 2003. Initiative de Genève, plan alternatif non officiel proposé par d’anciens négociateurs de Taba. Partage de la souveraineté sur Jérusalem, capitale de deux Etats. Est israélien tout ce qui est juif, est palestinien tout ce qui est arabe, musulman ou chrétien.

Octobre 2007. Le vice-premier ministre israélien Haïm Ramon propose un plan de partage de Jérusalem capitale de deux Etats, avec souveraineté israélienne sur les quartiers juifs et souveraineté palestinienne sur les quartiers arabes.


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