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L’Europe débute une nouvelle «période critique»

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, inséparables en ces temps difficiles pour l'Union européenne.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, inséparables en ces temps difficiles pour l'Union européenne.

(AFP)

Bruxelles accueille jeudi et vendredi les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne (UE). Objectif de cette réunion: rechercher de nouveaux accords pour éviter l’écroulement de la zone euro. Regard croisé de deux spécialistes suisses.

Au cœur de cette réunion, on trouve un «nouveau traité» européen comprenant une «règle d’or». Celle-ci obligerait les 27 membres de l’UE – ou du moins ceux de la zone euro – à inscrire dans leurs constitutions des règles de frein à l’endettement. Et en cas de violation de ces règles, des sanctions sont également prévues.

Pour sa part, le Conseil européen plaidera pour des solutions à la crise telles que l’émission d’euro-obligations ou la constitution de nouveaux fonds pour de futurs plans de sauvetage. Ce débat intervient au moment même où l’agence de notation Standard & Poor’s menace 15 des 17 pays de la zone euro d’abaisser leur note. Un risque qui assombrit encore un peu le tableau.

René Schwok, professeur de l’Institut européen de l’Université de Genève, et Manfred Gaertner, professeur et expert en affaires européennes à l’Université de St-Gall, livrent leur analyse sur les risques immédiats auxquels l’UE est confrontée.

swissinfo.ch: L’Europe cherche à revenir à une orthodoxie financière et la France et l’Allemagne appellent à la mise en œuvre d’une nouvelle «règle d’or» constitutionnelle. En l’état actuel, est-il possible de conjuguer effondrements économiques et clauses légales?

René Schwok: Les propositions de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel ne sont pas nouvelles. Et leurs attentes sont bien en dessous de celles des observateurs.

Ils ne prévoient ainsi pas de discussion sur le renforcement du rôle de la Banque centrale européenne, sur la création d’euro-obligations – ou d’un instrument équivalent – ou encore sur l’attribution de nouveaux pouvoirs de contrôle à la Commission européenne.

La «règle d’or» est en réalité une copie des critères du Pacte de stabilité, mais avec des changements en matière de sanctions. Actuellement, les sanctions s’appliquent uniquement si une majorité qualifiée du Conseil européen les avalise. La proposition d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy demande qu’elles soient automatiques et que seule une majorité qualifiée du Conseil de l’Europe puisse les empêcher.

Ces propositions vont dans la bonne direction. Elles sont toutefois insuffisantes pour prévenir de futures attaques contre la zone euro.

swissinfo.ch: Le fossé s’élargit et l’on voit de plus en plus apparaître une «Europe à deux vitesses». On dit désormais que de «nouveaux traités» ne pourraient pas inclure tous les pays membres.

René Schwok: Angela Merkel et Nicolas Sarkozy veulent que tout nouvel accord s’intègre dans les traités existants, peut-être sous la forme d’un protocole que signeraient seulement les membres de la zone euro. C’est ce que l’on connaît sous le nom de coopération élargie, un mécanisme qui permet à certains Etats d’avancer sur des thèmes concrets sans obliger la totalité d’entre eux à participer. L’unique exigence est que les Etats qui ne sont pas d’accord les laissent avancer.

swissinfo.ch: Comment des pays comme la Grèce ou l’Espagne peuvent-ils à la fois satisfaire leurs engagements en matière budgétaire et assurer leur croissance et leur bien-être?

René Schwok: Les mesures qui sont discutées ne sont pas à court terme. Certes, elles augmentent les risques de récessions dans certains pays. Mais on a l’espoir qu’elles débouchent sur une reprise économique cohérente et durable à moyen terme. C’est le pari de l’axe franco-allemand.

swissinfo.ch: L’agence de notation Standard & Poor’s menace d’abaisser la note de 15 des 17 pays de la zone euro. Une gifle pour les économies «fragiles» et également pour les «sauveurs» comme la France ou l’Allemagne…

Manfred Gaertner: Standard & Poor’s a clairement montré son intérêt à augmenter la pression sur les politiciens de la zone euro. C’est un scandale en soi et montre, à qui en doutait encore, que les agences de notation ont leur propre agenda politique. C’est une gifle pour ceux qui ont défendu l’agence Moody’s en la comparant avec un simple et innocent thermomètre. Et c’est également un appel pour que les politiciens européens prennent des mesures contre les agences de notation.

swissinfo.ch: Si Standard & Poor’s met ses menaces à exécution, quelles seraient les conséquences économiques pour l’Europe?

Manfred Gaertner: Les statistiques montrent que chaque fois qu’un pays voit sa note baisser d’un échelon, le taux d’intérêt qu’il paye pour ses obligations augmente de 50 points de base.

L’Allemagne, par exemple, devrait payer 10'000 millions d’euros de plus chaque année pour le service de sa dette. Ceci s’ajoutant à un déficit qui est déjà de 80'000 millions d’euros, cela conduirait les agences de notation à abaisser encore la note de l’Allemagne.

Cette dynamique se répéterait dans la zone euro et conduirait à une spirale qui n’est d’aucune utilité en ce moment, car les gouvernements devraient réduire encore les dépenses dans un environnement de récession. Le tableau est effrayant.

swissinfo.ch: Les agences de notation se sont érigées en une sorte de dieux intouchables. Que faudrait-il faire pour rechercher des accords en vue d’un sauvetage de la zone euro?

Manfred Gaertner: Les agences de notation existent depuis plus d’un siècle et ont fait des fortunes avec leur travail. Mais auparavant, elles n’évaluaient que des entreprises privées.

Je crois qu’il n’est pas nécessaire qu’elles notent les obligations souveraines, a fortiori dans la situation actuelle. Reste que la capacité que ces entreprises, toutes privées, ont de pousser un Etat à la faillite, est franchement inquiétante.

Il existe un réseau formé par les intérêts de quelques-uns qui gagnent avec les hauts et les bas de la crise et qui mettent l’économique mondiale en danger.

swissinfo.ch: Est-ce que ce sommet de Bruxelles sera réellement le «rendez-vous crucial» dont parlent les politiciens?

René Schwok: Les premiers mois de 2012 seront remplis de «rendez-vous cruciaux»: si l’euro est en danger, si le Conseil européen officialise les modifications à son traité, durant la ratification par les parlements et avant de possibles référendums.

Sommet sous haute tension

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy se sont réunis lundi 5 décembre à Paris. Ils ont rédigé un documents qui vise à «renforcer l’architecture de l’UE et résoudre la crise de manière immédiate» et qu’ils présenteront lors d’un sommet sur la crise de la dette jeudi soir à Bruxelles.  

Parmi les sujets épineux qui seront sur la table à Bruxelles: le changement de traité voulu à tout prix par l'Allemagne, afin de graver dans le marbre une nouvelle discipline passant notamment par des «règles d'or» pour tous les pays sur l'équilibre budgétaire, des sanctions financières quasi-automatiques contre les Etats laxistes et un droit d'intrusion accru de l'UE sur les projets de budgets nationaux.

L'idée au final est de donner des gages à l'Allemagne et à la BCE pour que cette dernière - qui tient aussi dans la journée sa réunion mensuelle et pourrait baisser ses taux - accepte d'en faire plus dans la résolution de la crise de la dette. Son président a laissé entendre qu'il pourrait le faire au cas où «un pacte budgétaire» est bien adopté par la zone euro.

Autre sujet de friction: certains pays veulent accoucher de mesures à plus court terme, en renforçant les pare-feux financiers de la zone euro. Ils plaident pour accroître sous une forme ou une autre les moyens du mécanisme de secours de l'Union monétaire, y compris en lui permettant à terme d'avoir accès au guichet de la BCE. La France y est favorable, l'Allemagne refuse.

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Les experts

Manfred Gaertner. Titulaire d’une chaire à l’Institute of Economics de l’université de Saint-Gall, il a dirigé plus d’une centaine de recherches économiques durant ces vingt dernières années. La dette souveraine européenne et l’impact des entreprises représentant un risque pour l’économie globale sont deux des thèmes qui ont le plus attiré son attention dans un passé récent.

René Schwok. Membre du Centre d’excellence pour l’intégration européenne Jean Monnet et titulaire d’une chaire de l’institut européen de l’université de Genève, il est expert en politique et institutions européennes.

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(Traduction de l’espagnol: Olivier Pauchard), swissinfo.ch


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