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La fin heureuse d’une «triste farce»

Max Göldi avec sa mère, à son arrivée à l'aéroport de Zurich.

(AFP)

La presse suisse de ce lundi se réjouit du retour au pays de Max Göldi, retenu depuis presque deux ans à Tripoli. Elle est par contre nettement moins enthousiaste sur la manière dont les autorités ont géré cette crise et sur les concessions faites à Mouammar Kadhafi.

«Leçon de réalisme» pour Le Temps, «Le prix de la raison d’Etat» pour 24heures et La Tribune de Genève, «Honneur et humiliation» pour la Neue Luzerner Zeitung, et surtout «Enfin libre !» en une de la Berner Zeitung.

Au-delà des titres, les journaux suisses n’appréhendent pas forcément la libération de Max Göldi et l’accord signé par Micheline Calmy-Rey à Tripoli de la même manière selon qu’ils sont francophones ou germanophones.

Côté alémanique, on semble plus sensible à l’aspect humain et à la fin du cauchemar vécu depuis bientôt deux ans par l’otage suisse et sa famille. Mais personne ne tresse pour autant des couronnes aux autorités pour leur gestion de cette crise. Côté romand, on appuie davantage sur la critique, qui se fait même carrément féroce.

«Humiliations terribles»

Ainsi pour La Liberté, la Suisse a bu «le calice jusqu’à la lie. Et plus encore. La diplomatie suisse a été mise sous tutelle. A Tripoli, c’est sous l’œil des Européens que Calmy-Rey a abdiqué». Et «malgré elle, la Confédération sera aussi redevable à Silvio Berlusconi pour avoir amadoué Kadhafi», ajoute le quotidien fribourgeois.

24heures et La Tribune de Genève expriment «la joie, bien sûr de voir Max Göldi rentrer en Suisse», mais les deux journaux lémaniques estiment que «Micheline Calmy-Rey aura courbé le front jusqu’à terre. Pour le régime libyen, la victoire est totale. La Suisse aura consenti à des humiliations terribles. Celle d’un petit pays qui achète la paix d’un tyran plus puissant que lui».

Pour Le Temps, «cette pénible épreuve aura rappelé à la Suisse qu’il n’est pas sage d’ignorer les rapports de force, quand ceux-ci sont favorables à des puissants aussi féroces qu’imprévisibles».

«Et finalement, en traitant Hannibal comme n’importe quel gredin, la Suisse ne peut même pas prétendra avoir donné une leçon préventive aux méchants qui brutalisent les humbles sans jamais devoir rendre de comptes à personne», déplore le quotidien.

Le Matin, lui dit ironiquement «Merci» à Genève, «qui s’est lavé les mains de cette affaire, et pour qui même la souffrance de deux innocents n’a aucune importance». Le quotidien publie une lettre de Rachid Hamdani, qui a passé un an et demi enfermé avec Max Göldi dans l’ambassade suisse de Tripoli et qui exprime sa «colère envers les autorités genevoises, qui sont à l’origine de cette crise et qui ne nous ont même pas envoyé un mot d’apaisement pendant toute la période de notre détention».

Le cirque sous la tente

Pour le Tages Anzeiger de Zurich et le Bund de Berne, toute cette affaire est «une sale histoire». «Le cauchemar se termine comme une triste farce. Micheline Calmy-Rey s’assied sous la tente avec le kidnappeur Kadhafi et son ami Berlusconi et se force de faire bonne mine au milieu de ce jeu diabolique, où l’on fête la fin d’un chantage», écrit l’éditorialiste des deux quotidiens.

La Berner Zeitung parle quant à elle des «courbettes» de Micheline Calmy-Rey à Tripoli, «qui semblent indispensables pour amadouer le fils du désert». Et qui l’étaient en l’occurrence «pour mettre enfin un terme à un bras de fer de deux ans».

Le retour de Max Göldi n’aura pas été une simple formalité, rappelle la Basler Zeitung. Pour y arriver, il aura fallu que «toute une brochette de politiciens européens de haut rang vienne participer au grand cirque sous la tente» de Kadhafi, ce «despote impénitent».

A contre-pied du ton généralement adopté par ses confrères, la Neue Zürcher Zeitung salue le travail des autorités dans cette affaire. Selon elle, le gouvernement a su, au moins depuis la fin de l’automne dernier, se monter uni et «la diplomatie a suivi de manière conséquente une stratégie qui a porté ses fruits».

Selon le quotidien zurichois, le moment crucial aura été «l’européisation forcée» de la crise en novembre 2009. Dès ce moment, «la sortie du cul-de-sac passait par Berlin, Bruxelles et Madrid».

Leçons à tirer

Reste que le retour de Max Göldi ne met pas le point final à cette affaire, comme le soulignent pratiquement tous les journaux. «La Suisse se laissera juger par une instance internationale, et surtout, elle versera 1,5 million d’euros à Hannibal Kadhafi, si ce n’est pas déjà fait», rappelle Le Matin.

Pour le Corriere del Ticino, désormais, la Suisse «ne peut plus agir dans le concert des nations comme si elle jouissait d’une espèce d’immunité de droit divin». «Si nous voulons réussir à défendre nos intérêts, nous ne pouvons plus ignorer l’importance incontournable de nos rapports avec l’Union européenne», écrit le quotidien italophone.

Sur le plan intérieur aussi, le pays devra tirer les conséquences de cette affaire, mais comme l’avertissent le Tages Anzeiger et le Bund, «il ne servira à rien de nous entredéchirer», ce qui amuserait trop Kadhafi, «qui a déjà réussi à se payer la tête de dirigeants plus puissants que les nôtres».

Et ce jeu, il pourra continuer à le jouer tant que les Etats et les entreprises continueront de courtiser son pays, si riche en pétrole et si demandeur en infrastructures. «C’est là que se trouvent les leçons à tirer de cette crise» écrivent les deux quotidiens.

Marc-André Miserez, swissinfo.ch
(collaboration, Jean-Michel Berthoud)

23 mois de crise

15 juillet 2008: Soupçonnés d’avoir maltraité leurs deux domestiques, Hannibal Kadhafi et sa femme Aline sont arrêtés à Genève. Ils sont inculpés le 17, après deux nuits en détention préventive. Le couple est remis en liberté contre une caution de 500’000 francs.

19 juillet 2008: Deux ressortissants suisses, Max Göldi et Rachid Hamdani, sont arrêtés en Libye. Tripoli leur reproche notamment des infractions aux lois sur l’immigration et le séjour.

26 juillet 2008: La Libye exige des excuses de la Suisse. Berne rejette ces exigences.

20 août 2009: En visite à Tripoli, le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz présente ses excuses au premier ministre libyen Al Baghdadi A. El-Mahmudi pour l’arrestation d’Hannibal Kadhafi et conclut un accord.

4 novembre 2009: Le Conseil fédéral suspend l’accord passé avec la Libye. Il entend également poursuivre jusqu’à nouvel ordre sa politique de visa restrictive vis-à-vis des ressortissants libyens.

9 novembre 2009: Berne estime que les deux Suisses ont été «kidnappés».

Décembre 2009-début février 2010: Plusieurs procès contre les deux Suisses.

15 février 2010: Tripoli, mettant ses menaces à exécution, affirme que la Libye ne délivre plus de visas d’entrée aux Européens, à l’exception des Britanniques. L’Italie accuse la Suisse d’avoir pris les autres membres de l’espace Schengen en otages.

22 février 2010: Max Göldi se rend aux autorités libyennes pour être incarcéré. Rachid Hamdani quitte le pays. Il arrive en Suisse le 23.

25 mars 2010: la Suisse supprime (ou réduit drastiquement) sa «liste noire» de ressortissants libyens.

28 mars 2010: La Libye et l'Union européenne annoncent la levée des restrictions à l'octroi de visas des deux parties.

10 juin 2010: Max Göldi sort de prison.

14 juin 2010: Max Göldi est de retour en Suisse. Vers 1h20 du matin, il atterrit à l’aéroport de Zurich, en compagnie de Micheline Calmy-Rey, ministre suisse des Affaires étrangères, venue la veille signer un accord à Tripoli.

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