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La lutte contre le paludisme avance, mais lentement

Les femmes enceintes et les jeunes enfants sont particulièrement menacés par le paludisme.

Les collectes de fonds contre le paludisme ont la cote et permettent de lever des milliards. A l'occasion d'une première Journée mondiale, deux experts suisses expliquent à quel point on est toutefois encore loin du compte. Interview croisée.

L'éradication de la maladie parasitaire la plus répandue au monde, qui tue chaque année plus d'un million de personnes, presque exclusivement dans les pays pauvres, est encore un rêve lointain. Et l'argent seul n'y suffira pas.

C'est le constat que tirent Christian Lengeler, de l'Institut tropical suisse (STI) et Hans Rietveld, du géant pharmaceutique Novartis. Leurs deux institutions font partie du «Groupe suisse paludisme», avec notamment les entreprises Syngenta et Mepha et l'ONG «Medicines for Malaria Venture», qui lutte pour des médicaments abordables.

Les moyens de prévention existent. Les traitements aussi. Mais cela ne suffit pas: engagé dans un programme en Tanzanie, le STI doit constater que dans les zones rurales du pays, seuls un à deux habitants sur dix reçoivent dans les délais un traitement approprié.

swissinfo: Peut-on dire que les problèmes de la distribution et de l'accès aux médicaments sont parmi les plus importants à résoudre si l'on veut arriver à garder la maladie sous contrôle ?

Hans Rietveld: La distribution est effectivement un défi central. Dans la plupart des pays d'Afrique sub-saharienne, le paludisme est le principal problème de santé publique. Au vu des infrastructures existantes, apporter des médicaments efficaces à ceux qui en ont besoin tient souvent du casse-tête. Cela s'est amélioré dans les zones urbaines et même dans certaines zones rurales, mais il faut bien se rendre compte que pendant la saison des pluies, les routes peuvent devenir simplement inutilisables... pour ne mentionner que ce problème.

La bonne nouvelle malgré tout, c'est que depuis 2001, Novartis a réussi à fournir plus de 160 millions de traitements, vendus au prix coûtant, à ceux qui en avaient le plus besoin.

swissinfo: Le STI a entamé un programme pour améliorer cet accès aux médicaments. Comment peut-on améliorer la distribution ?

Christian Lengeler: Il y a de nombreux aspects à considérer. Jusqu'ici, nos expériences ont montré – et c'est intéressant – que les patients agissent généralement juste. Ils savent identifier la maladie et faire ce qui doit être fait. Mais c'est vraiment le système de santé qui n'est pas à la hauteur. Les gens n'ont pas accès au bon traitement, ou alors, ils ne reçoivent pas la bonne dose.

swissinfo: Que faire alors ?

C.L.: Il faut améliorer le management et la qualité des soins. Et paradoxalement, tout le monde sait comment le système devrait fonctionner.

swissinfo: Aujourd'hui encore, le paludisme tue plus d'un million de personnes par année, et ceci malgré les centaines de millions de dollars que l'on consacre chaque année à la lutte, contre à peine quelques dizaines dans les années 90...

H.R.: Il y a plus d'argent à disposition qu'il n'y en a jamais eu, et c'est très positif. Mais d'un autre côté, les pays n'ont pas les capacités nécessaires pour utiliser tout cet argent à bon escient.

La question est de savoir si on a le personnel nécessaire et si les infrastructures peuvent être améliorées. Dans ces domaines, on voit bien qu'il y a encore beaucoup à faire. Mais on enregistre aussi des succès dans la lutte contre le paludisme. Récemment, plusieurs pays ont annoncé une baisse de leurs taux de mortalité.

swissinfo: Quels pays ?

H.R.: Par exemple la Zambie, l'Ethiopie et le Rwanda. Les baisses de taux de mortalité vont de 33 à 66%. Et elles sont vraiment le fruit de meilleures méthodes de prévention et de l'utilisation de meilleurs médicaments.

C.L.: Pour revenir à la question des fonds: il est important de ne pas oublier que si nous pouvons nous permettre de dépenser aujourd'hui deux milliards de dollars par année, nous avons deux milliards de personnes exposées au risque du paludisme. Cela ne fait donc jamais qu'un dollar par personne et par année.

swissinfo: C'est suffisant pour un traitement au Coartem...

C.L.: Pour un traitement en effet. Ou pour le tiers d'une moustiquaire. Nous ne sommes donc pas encore dans la bonne dimension. Et cela prendra du temps, car les pays ne peuvent pas tout absorber d'un coup. Mais nous avons encore besoin de plus d'argent.

swissinfo: La Fondation Bill et Melinda Gates, qui est le plus gros donateur privé, appelle maintenant à concentrer les efforts sur l'éradication de la maladie. Mais d'autres voix disent que viser ce but enlèvera des moyens aux mesures visant à la contrôler...

H.R.: Je pense qu'il est bon de se fixer des buts ambitieux, surtout que nous avons réussi à éradiquer le paludisme d'Europe. Mais en Afrique, ce sera nettement plus compliqué...

C.L.: Je dirai même que c'est impossible avec les outils dont nous disposons actuellement. Il en faudra de meilleurs. Il nous faudra un vaccin, des moustiques génétiquement modifiés, de meilleurs insecticides et une bonne gamme de médicaments, parce que la résistance aux insecticides et aux médicaments sont une vraie menace pour les cinq ou dix ans à venir.

Alors, si on parle d'éradication dans 30 ou 40 ans, c'est probablement réalisable, mais dans les dix ans, c'est clairement impossible.

Interview swissinfo, Dale Bechtel
(Traductin et adaptation de l'anglais: Marc-André Miserez)

Faits

Le paludisme (du latin palus, paludis, marais), appelé aussi malaria (de l'italien mal'aria, mauvais air), est une parasitose due à un protozoaire transmis par la piqûre d'un moustique femelle, l'anophèle, qui cause des fièvres intermittentes.
C'est la maladie parasitaire la plus répandue dans le monde, touchant entre 300 et 660 millions de personnes, selon les estimations. Elle tue plus d'un million de personnes par an, la plupart en Afrique, où elle est la première cause de mortalité des enfants de moins de cinq ans.
Ce 25 avril 2008 a été déclaré première Journée mondiale contre le paludisme.

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PREVENTION ET TRAITEMENT

Les moustiquaires imprégnées d'insecticide et le sprayage des pièces à l'insecticide sont deux méthodes efficaces pour tenir les moustiques anophèles à l'écart.

On peut combattre le parasite avec différentes substances, soit en traitements curatifs soit en prophylaxie. Ces traitements sont plus ou moins efficaces suivant les régions et les taux de résistances contractés. Ils s'adressent en priorité aux femmes enceintes et aux jeunes enfants.

Les médicaments actuellement les plus efficaces sont produits à base d'artémisinine, une plante connue de la médecine traditionnelle chinoise et qui a largement prouvé son efficacité. Aucune résistance n'est pour l'instant répertoriée. Le Coartem, de Novartis est l'un de ces médicaments, recommandé par l'Organisation mondiale de la santé, mais qui reste encore hors de prix pour de nombreux pays en voie de développement.

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