La Suisse prête à rouvrir ses portes aux Libyens

L'Europe aimerait voir ce conflit réglé le plus vite possible. Keystone Archive

La Suisse est prête à supprimer «dans les meilleurs délais» les noms de «certaines catégories» de dignitaires libyens privés, depuis novembre 2009, de visa valable pour l’ensemble de l’espace Schengen. Elle refuse de parler de «capitulation» devant l’Union européenne, qui la pressait de lâcher du lest.

Ce contenu a été publié le 24 mars 2010 - 21:34

Micheline Calmy-Rey, la ministre suisse des Affaires étrangères, a expliqué mercredi soir cette décision à la nouvelle cheffe de la diplomatie européenne, la Britannique Catherine Ashton, avec qui elle a eu un «entretien très constructif». Dans une déclaration écrite, Cathy Ashton s’est de fait «réjouie» de l’engagement pris par Berne.

La Britannique peut être satisfaite, en effet. Ces dernières semaines, la Commission européenne et plusieurs Etats membres de l’UE ont en effet augmenté la pression sur la Suisse afin qu’elle fasse un «geste» susceptible de débloquer la situation, qui embarrasse de plus en plus les Européens.

Des intérêts économiques à défendre

Depuis févier, Tripoli interdit en effet l’accès de son territoire aux ressortissants de l’ensemble de la zone Schengen, ce qui pénalise des Etats tels que l’Italie et Malte, qui ont d’importants intérêts économiques à défendre en Libye.

Une situation qui menace la «cohérence » de l’espace Schengen: Rome et La Valette, qui accusent la Suisse d’avoir «abusé» du système, ont à leur tour menacé d’interpréter à leur guise les règles européennes en matière d’octroi des visas, afin de contourner l’obstacle helvétique.

Mercredi soir, Micheline Calmy-Rey a catégoriquement nié toute «capitulation» de la Suisse face à l’UE.

«On avance dans le cadre d’une médiation qui comporte des séquences, main dans la main avec les médiateurs» allemands et espagnols, a-t-elle insisté. «La Suisse a décidé de faire un geste fort, politique, pour montrer qu’elle est prête à négocier, à trouver des solutions. Notre but n’est pas de polémique, de chercher la confrontation.»

La cheffe du Département fédéral des Affaires étrangères n’a pas voulu en dire plus sur le plan suivi.

Des munitions pour libérer Max Göldi

Le communiqué de presse du gouvernement indique simplement qu’en contrepartie de son «geste», qui ne porte que sur la suppression de «certaines catégories de ressortissants libyens» de la liste (comprenez: pas question de retirer les quelque 150 noms à la fois NDLR), la Suisse «attend que la Libye lève également sa liste d’interdiction d’entrée des citoyens de l’espace Schengen en Libye».

Berne, donc, va conserver certaines munitions en vue d’atteindre son principal objectif: la libération de Max Göldi, toujours emprisonné à Tripoli.

«Pour ce faire, la Suisse est prête à continuer à négocier sur la base des propositions des deux médiateurs européens», relève le communiqué du Conseil fédéral (gouvernement).

L’affaire Hannibal Kadhafi

Un «memorandum of understanding» avait été rédigé le 18 février par l’Espagne. Il prévoit notamment le lancement d’une procédure d’arbitrage (que dirigerait l’Allemagne) destinée à faire toute la lumière sur l’arrestation d’Hannibal Kadhafi à Genève, le 15 juillet 2008, et des sanctions contre les auteurs de la fuite qui a permis au quotidien «La Tribune de Genève» de publier des photos prises à cette occasion, en septembre 2009.

Catherine Ashton s’est «réjouie» de l’engagement de la Suisse à trouver ainsi une issue diplomatique à son conflit avec la Libye.

«L’Union européenne s’attend à ce que les autorités libyennes réagissent de façon positive et lèvent leurs restrictions qu’elles ont imposées aux citoyens de l’UE», note sa déclaration. «Sur base de ces pas constructifs, nous espérons maintenant que les efforts de médiation en cours contribueront à résoudre les problèmes en suspens et à permettre à Max Göldi de quitter bientôt la Libye ».

Tanguy Verhoosel, Bruxelles, swissinfo.ch

Chronologie d'une crise

15 juillet 2008: Soupçonnés d’avoir maltraité leurs deux domestiques, Hannibal Kadhafi et sa femme Aline sont arrêtés à Genève. Ils sont inculpés le 17, après deux nuits en détention préventive. Le couple est remis en liberté contre une caution de 500’000 francs.

19 juillet 2008: Deux ressortissants suisses, Max Göldi et Rachid Hamdani, sont arrêtés en Libye. Tripoli leur reproche notamment des infractions aux lois sur l’immigration et le séjour.

26 juillet 2008: La Libye exige des excuses de la Suisse. Berne rejette ces exigences.

20 août 2009: En visite à Tripoli, le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz présente ses excuses au premier ministre libyen Al Baghdadi A. El-Mahmudi pour l’arrestation d’Hannibal Kadhafi et conclut un accord.

4 novembre 2009: Le Conseil fédéral suspend l’accord passé avec la Libye. Il entend également poursuivre jusqu’à nouvel ordre sa politique de visa restrictive vis-à-vis des ressortissants libyens.

9 novembre 2009: Berne estime que les deux Suisses ont été «kidnappés».

Décembre 2009-début février 2010: Plusieurs procès contre les deux Suisses.

15 février: Tripoli, mettant ses menaces à exécution, affirme que la Libye ne délivre plus de visas d’entrée aux Européens, à l’exception des Britanniques. L’Italie accuse la Suisse d’avoir pris les autres membres de l’espace Schengen en otages.

18 février: Médiation espagnole.

22 février: Max Göldi se rend aux autorités libyennes pour être incarcéré. Rachid Hamdani quitte le pays. Il arrive en Suisse le 23.

17 mars: L’Etat de Genève se dit d’accord de présenter des excuses à Hannibal Kadhafi et de le dédommager pour la publication en septembre 2009 de photos d’identité judiciaire dans La Tribune de Genève. La justice fixera le montant de l’indemnité.

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La liste

Etablie par Berne en novembre 2009 comprend entre 150 et 188 noms - selon les sources - de personnalités libyennes. Tripoli a réagi en février en ne délivrant plus aucun visa à des ressortissants de l'espace Schengen.

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