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Les leçons à tirer de l’affaire Göldi

C'est une Micheline Calmy-Rey soulagée et heureuse qui s'est exprimée devant le Club de la presse diplomatique.

(Keystone)

Les autorités suisses ont exprimé leur satisfaction suite au retour de l’otage Max Göldi. Mais passée cette satisfaction, reste maintenant l’heure des questions. Cette crise avec la Libye sera entièrement examinée.

La ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey déclaré que l'«incertitude a plané jusqu'au bout» à Tripoli quant au retour de Max Göldi en Suisse. Elle a par ailleurs a exclu que la Libye ait reçu une compensation d'1,5 million d'euros pour régler la crise.

«Il était clair que nous ne partions pas de Libye sans Max Göldi», a-t-elle assuré. Pourtant, le délégation suisse a été «jusqu'à la dernière minute» dans l'incertitude en attendant le visa libérateur pour l'otage suisse. Même après avoir été reçue sous la tente du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, avec lequel elle n'a pu aborder directement la crise, Micheline Calmy a eu des doutes.

Elle a toutefois estimé que la présence dimanche à Tripoli du ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos, du chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi ainsi que de plusieurs diplomates de haut rang allemands et européens ont contribué à une issue positive en mettant la pression sur le colonel Kadhafi.

Auditions jusqu'en automne

Les regards se tournent maintenant vers le gouvernement: la libération de Max Göldi est certes une pierre angulaire très importante, mais il s'agit de faire la lumière sur la gestion de l'affaire par les autorités fédérales, a rappelé le sénateur Peter Briner au nom de la sous-commission de gestion de la Chambre des cantons.

Celle-ci exige la totalité de la documentation pertinente du gouvernement dans cette affaire, ce qui fonctionne d'ailleurs très bien, a précisé Peter Briner. D'autre part, des auditions de membres de l'administration et de la diplomatie impliqués dans l'affaire ont lieu jusqu'en automne.

Du côté de la commission de politique extérieure de la Chambre basse, sa présidente Christa Markwalder déclare qu'il s'agira de discuter de l'avenir des relations bilatérales avec la Libye. Tout comme les autorités genevoises, la Bernoise affirme que les 1,5 million d'euros payés selon Tripoli par la Suisse ne sont qu'une rumeur.

Les partis réclament aussi des éclaircissements, mais personne jusqu'ici ne demande de démission au gouvernement. La voie diplomatique choisie par la Suisse a échoué, estime cependant l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), qui en impute la responsabilité à la socialiste Micheline Calmy-Rey et au libéral-radical (PLR / droite) Hans-Rudolf Merz.

Questions ouvertes

Les Verts et le Parti bourgeois démocratique (PBD / droite) vont dans le même sens: ils demandent une analyse du voyage en Libye de Hans-Rudolf Merz. Le président du PBD Hans Grunder critique les «actions en solitaire» des membres du gouvernement et les Verts veulent un examen du rôle joué par le ministère des Affaires étrangères (DFAE) ainsi que par ABB, l'employeur de Max Göldi.

Pour le PLR, Micheline Calmy-Rey et son ministère sont les premiers concernés: «Le DFAE a-t-il informé Hans-Rudolf Merz de toutes les actions et options de la Suisse lorsqu'il s'est envolé pour la Libye?», demande le secrétaire général du parti Stefan
Brupbacher.

De plus, après le retour du président de la Confédération, le DFAE a critiqué justement le contrat avec la Libye que la ministre des Affaires étrangères avait elle-même préparé et qu'elle a finalement signé, retient le secrétaire.

Genève visée aussi

Le Parti démocrate-chrétien (PDC / centre droit) se fait moins accusateur: «Beaucoup de pays ont eu des problèmes avec la Libye», relativise le secrétaire général Tim Frey. Aussi, pour le PDC, les événements survenus à Genève sont essentiels: "Comment la photo d'Hannibal Kadhafi est-elle parvenue à la presse?», demande-t-il. Le PBD, les Verts et le PLR réitèrent d'ailleurs leurs exigences sur un examen de l'arrestation de ce dernier et de son épouse.

La suspension des relations diplomatiques avec Tripoli n'est pour l'heure pas d'actualité chez les partis: «La Suisse n'a jamais été un pays qui claque la porte», explique Tim Frey.

Au contraire, la patience semble de mise: il faut voir comment évoluent les relations après la signature de l'accord, souligne le PLR. La balle est dans le camp libyen, estime l'UDC: pour cette raison, il est difficile de prévoir ce que réserve l'avenir.

Réaction en Europe aussi

L'Union européenne, l'Allemagne et l'Espagne ont salué lundi la sortie de Libye de l'ancien otage suisse Max Göldi. Berlin a espéré que cette libération permette une «détente» des relations entre la Suisse et la Libye.

«Nous nous réjouissons avec nos amis suisses de ce que Max Göldi ait enfin été libéré de prison, après des mois d'incertitude, et qu'il ait pu regagner la Suisse», a déclaré le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle.

Selon lui, il «allait de soi» que Berlin participe aux efforts de médiation dans cette affaire, au côté de l'Espagne. Guido Westerwelle estime qu'il faut désormais regarder «vers l'avant». «Nous espérons qu'avec la sortie de Max Göldi de Libye nous aboutirons à une détente dans les relations entre les deux pays», affirme-t-il.

Négociations «difficiles»

Son homologue espagnol Miguel Angel Moratinos, dont le pays assure la présidence de l'Union européenne, n'a de son côté pas caché la complexité des négociations. «Ca a été difficile», a-t-il affirmé, rappelant que les négociations avaient été discrètes, «intensives et efficaces».

Saluant la «bonne nouvelle» de la libération, la Haute représentante de l'UE pour la politique extérieure Catherine Ashton a de son côté rendu hommage à l'engagement de Madrid. «Je remercie Miguel Angel Moratinos qui est allé en Libye, s'assurant que Max Göldi puisse rentrer à la maison», a-t-elle dit en marge d'une réunion des ministres des affaires étrangères de l'UE à Luxembourg.

swissinfo.ch et les agences

23 mois de crise

15 juillet 2008: Soupçonnés d’avoir maltraité leurs deux domestiques, Hannibal Kadhafi et sa femme Aline sont arrêtés à Genève. Ils sont inculpés le 17, après deux nuits en détention préventive. Le couple est remis en liberté contre une caution de 500’000 francs.

19 juillet 2008: Deux ressortissants suisses, Max Göldi et Rachid Hamdani, sont arrêtés en Libye. Tripoli leur reproche notamment des infractions aux lois sur l’immigration et le séjour.

26 juillet 2008: La Libye exige des excuses de la Suisse. Berne rejette ces exigences.

20 août 2009: En visite à Tripoli, le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz présente ses excuses au premier ministre libyen Al Baghdadi A. El-Mahmudi pour l’arrestation d’Hannibal Kadhafi et conclut un accord.

4 novembre 2009: Le Conseil fédéral suspend l’accord passé avec la Libye. Il entend également poursuivre jusqu’à nouvel ordre sa politique de visa restrictive vis-à-vis des ressortissants libyens.

9 novembre 2009: Berne estime que les deux Suisses ont été «kidnappés».

Décembre 2009-début février 2010: Plusieurs procès contre les deux Suisses.

15 février 2010: Tripoli, mettant ses menaces à exécution, affirme que la Libye ne délivre plus de visas d’entrée aux Européens, à l’exception des Britanniques. L’Italie accuse la Suisse d’avoir pris les autres membres de l’espace Schengen en otages.

22 février 2010: Max Göldi se rend aux autorités libyennes pour être incarcéré. Rachid Hamdani quitte le pays. Il arrive en Suisse le 23.

25 mars 2010: la Suisse supprime (ou réduit drastiquement) sa «liste noire» de ressortissants libyens.

28 mars 2010: La Libye et l'Union européenne annoncent la levée des restrictions à l'octroi de visas des deux parties.

10 juin 2010: Max Göldi sort de prison.

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Réaction d’ABB

Pour le groupe ABB, l'employeur de Max Göldi, son retour est un «jour de joie».

Des collaborateurs d'ABB se trouvaient à l'aéroport pour accueillir Max Göldi. Lorsque Thomas Schmidt, le porte-parole de la société sise à Zurich, a vu M. Göldi à l'aéroport, ce fut un moment très émotionnel, a-t-il expliqué.

Le groupe technologique a travaillé très dur pendant deux ans avec la famille et le DFAE dans l'optique de cette journée. L'entreprise a été active à différents niveaux, mais elle n'a pas voulu donner de détails à ce sujet.

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Max Göldi très ému

L’ancien otage a tenu conférence de presse lundi après-midi à Berne.

Il s'est dit fatigué mais heureux d'être de retour en Suisse. «Pendant 23 mois, ma famille et moi avons vécu dans une grande peur».

«J'ai été pris dans une affaire qui m'est étrangère. Aujourd'hui encore je n'ai pas conscience d'avoir commis une faute», a-t-il ajouté.

Moritz Göldi, frère aîné de l'ex-otage, a déclaré que le retour de Max est «comme une naissance: c'est une grande joie mais on ne sait pas ce qui viendra. Nous ne savons pas ce qui nous attend».

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