Covid-19: victoire d’étape pour l’OMS

Tedros Adhanom Ghebreyesus à l’ouverture de l’Assemblée mondiale de la Santé de 2018. © Keystone / Peter Klaunzer

Malgré le bras de fer entre Washington et Pékin, l’agence spécialisée des Nations Unies en santé publique a tenu son assemblée annuelle et adopté à l’unanimité de ses 194 membres une résolution permettant de renforcer la lutte contre le nouveau coronavirus. Un ballon d’oxygène pour un système multilatéral en crise. Analyse.

Frédéric Burnand, Genève

L’Assemblée mondiale de la santé a bien eu lieu. L’ONU, ses organes et ses agences ont repoussé la plupart des réunions prévues ce début d’année, faute de pouvoir voyager et se réunir physiquement en raison des mesures de confinement. Réduite à deux jours de visioconférence (au lieu d’une semaine en temps normal), l’OMS a sauvé les meubles, en dépit des nombreuses critiques sur sa gestion de la pandémie due à l’influence jugée exorbitante de la Chine, d’où s’est propagé le Sars-CoV-2.  

Comme un écho aux fortes paroles de Winston Churchill prononcées le 4 juin 1940, Tedros Adhanom Ghebreyesus a déclaré en conclusion de son discours de clôture: «Il y a une chose que nous ne ferons pas: nous n’abandonnerons jamais, jamais. Parce que c’est ce que vous, nos États membres, attendez. Et c’est ce dont le monde a besoin.» Cela, alors que le patron de l’OMS est personnellement attaqué par le président des États-Unis et certains de ses alliés pour sa gestion de la pandémie.  


Une résolution adoptée à l’unanimité

Ça n’a l’air de rien, mais réussir à aplanir les différends sur une résolution internationale dans le contexte actuel est une prouesse. Négocier un tel texte n’est jamais simple en temps normal. L’exercice nécessite la plupart du temps de nombreuses rencontres en coulisse, des navettes incessantes entre les délégations diplomatiques pour obtenir un consensus sur chaque mot, chaque virgule d’un texte qui doit tenir dans son ensemble. Alors, imaginez cette épreuve faite à distance, avec des mails et des visioconférences, depuis le mois de mars.    

Une victoire pour l’OMS et pour l’UE

C’est peut-être l’ampleur de la crise provoquée par la pandémie mondiale, comme la rivalité stratégique entre Washington et Pékin, qui a permis d’arracher un consensus. Quel État, même le plus puissant, aurait pu se permettre de refuser ce signal de mobilisation générale contre le nouveau coronavirus qui accable des milliards de personnes?

Pour expliquer son vote en faveur de la résolution, la mission des États-Unis auprès des organisations internationales basées à Genève précise: «Nous appuyons sans réserve l'appel lancé dans la résolution pour que tous les États membres fournissent à l'OMS des informations de santé publique opportunes, précises et suffisamment détaillées sur la pandémie de COVID-19, comme l'exige le Règlement sanitaire international (révisé en 2005).»

Depuis plusieurs semaines, la mission diplomatique transmet des communiqués sur le leadership des États-Unis dans la lutte contre le Covid-19. Un activisme qui s’est développé juste après les propos de Donald Trump annonçant la suspension des contributions américaine à l’OMS. C’est une réponse à la volonté chinoise de remporter ce même leadership.

Accusée de toutes les faiblesses, l’Union européenne (UE) a réussi à s’interposer dans le bras de fer sino-américain, si délétère pour le système multilatéral mis en place depuis 1945. C’est l’UE qui a porté et négocié la résolution, après un premier texte proposé par les États-Unis et l’Australie beaucoup trop dur à l’endroit de la Chine pour passer la rampe de l’Assemblée mondiale de la santé. Soutenue (co-sponsored) par un grand nombre d’États, mais pas par la Suisse, cette résolution est une première réalisation du rôle longtemps attendu que pourrait jouer Bruxelles dans les affaires du monde. Une troisième voie émerge peut-être pour sauver ce qui peut l’être des organisations internationales nées il y a 75 ans.


Un répit plus qu’une sortie de crise

Si les États-Unis ont signé la résolution de l’Assemblée générale de l’OMS, leur président n’en a pas moins envoyé, dans le même temps, une lettre comminatoire au directeur général de l’OMS pour qu’il apporte des «améliorations substantielles» à son action dans les 30 jours, faute de quoi Washington pourrait ne pas reprendre ses versements, voire quitter l’OMS. Dans le même temps, la Chine a annoncé le versement sur deux ans de 2 milliards de dollars pour les pays du Sud affectés par le nouveau coronavirus et la crise économique engendrée par les mesures de confinement.

Une fois de plus, la Chine profite du vide laissé par les États-Unis pour renforcer ses positions au sein des Nations Unies. Mais cette victoire n’est qu’apparente. Taiwan a renoncé à la dernière minute à sa demande d’intégrer comme observateur l’OMS, une demande qui sera traitée ultérieurement par les membres de l’OMS. Mais un grand nombre d’États ont déclaré soutenir une telle adhésion durant la conférence.


En outre, la résolution appelle à «un processus d'évaluation impartiale, indépendante et complète» sur la gestion mondiale de la pandémie. Cela, alors que la Chine et l’OMS sont accusées d’avoir réagi trop tardivement à l’apparition du Sras-CoV-2. Un reproche qui peut aussi être fait à beaucoup d’Etats en Europe et dans les Amériques. Quant à l’OMS, elle est sommée de gagner en indépendance et en efficacité par de nombreux Etats, ceux-là même qui définissent, mais verrouillent aussi son fonctionnement. 


La position suisse expliquée par l’OFSP

Porte-parole de l’Office fédéral de santé publique, Katrin Holenstein a répondu par écrit à swissinfo.ch: «La Suisse a participé activement aux négociations autour du projet de résolution libellé ‘Covid-19 response’ et nous acceptons le texte qui en découle.»

Le gouvernement suisse avance une série d’arguments «en ligne avec notre politique extérieure de santé». Pour Berne, cette résolution permet de:

• souligner le leadership de l'Organisation mondiale de la santé et le rôle fondamental du système des Nations unies dans la réponse globale à la pandémie COVID-19,

• souligner l'importance d'investir dans le renforcement des systèmes de santé et dans la préparation aux futures pandémies,

• reconnaître l’importance d’un renforcement du Règlement sanitaire international (RSI)

• soutenir une mobilisation coordonnée pour la distribution équitable des diagnostics, thérapies, matériaux médicaux et vaccins de qualité, sûrs, efficaces et abordables, nécessaires pour répondre à la pandémie COVID-19.

Sous la pression des États-Unis et de la Suisse notamment, l'assemblée a préservé les entreprises pharmaceutiques en se limitant à rappeler les exceptions possibles aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en termes de propriété intellectuelle, relève la RTS.

«Une déception pour ceux qui, comme l'ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreifuss et plusieurs dirigeants mondiaux actuels, demandaient un ‘vaccin pour le peuple’, gratuit et libre de tout brevet», estime Olivier Kohler, journaliste à la rubrique internationale de la RTS.

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