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Plébiscite du modèle suisse «Les Suisses refusent le plus haut salaire minimum du monde»



Un salaire minimum de 22 francs de l'heure? Plus de trois Suisses sur quatre n'en ont pas voulu.

Un salaire minimum de 22 francs de l'heure? Plus de trois Suisses sur quatre n'en ont pas voulu.

(Keystone)

Une confirmation claire et nette du modèle helvétique à succès: c’est ainsi que la presse internationale et suisse commente le non massif au salaire minimum dans les urnes (76,3%). Reste que l’initiative a produit ses effets positifs avant même d’être rejetée, soulignent de nombreux quotidiens.

Si la presse internationale commente de manière plutôt factuelle le résultat de la votation de dimanche, se contentant souvent d’une reprise de dépêches d’agences, le titre est presque systématiquement le même dans tous les médias de la planète: «Les Suisses refusent le salaire minimum le plus élevé du monde», résume ainsi le Wall Street Journal. «Les électeurs suisses rejettent à une large majorité un salaire minimum de 24,65 USD de l’heure», renchérit le New York Times, qui ne manque pas de rappeler que ce montant est plus de deux fois supérieur aux 10,10 USD voulus par Barack Obama.

Rue89 relativise toutefois ce chiffre, estimant qu’«à bien y regarder, les 22 francs suisses de l’heure ne sont pas si élevés que cela». Le site d’information souligne que si le salaire minimum rejeté en Suisse est 2,3 fois plus élevé que le SMIC français, le salaire médian suisse, qui se monte à plus de 6000 francs, l’est également. «Ce chiffre ne veut rien dire en soi. Dans les montagnes, vous êtes le roi du monde, mais à Genève, vous ne pouvez pas vous loger correctement avec cette somme», relève Rue89.

«La mesure aurait eu un effet limité, puisque seulement 9% des travailleurs en Suisse gagnent actuellement moins de 22 francs de l’heure», observe pour sa part le quotidien portugais Journal Publico.

Menace pour la compétitivité

«Une grande partie de la population craignait qu’un tel salaire ne favorise une hausse du chômage, presque inexistant en Suisse (3,2% en avril)», avance lemonde.fr en guise d’explication. Principale agence de presse espagnole dans le monde, EFE souligne que «traditionnellement, les Suisses sont très réticents à soutenir des changements ou des mesures qui peuvent supposer une limite à la liberté entrepreneuriale ou menacer la compétitivité du pays».

L’échec du salaire minimum dans les urnes n’est pas dû uniquement à son montant, mais également à sa rigidité, car il ne permet pas une distinction entre les branches de l’économie et les régions, écrit pour sa part la Frankfurter Allgemeine Zeitung. En Allemagne toujours, pays qui introduira l’an prochain un salaire minimum de 8,50 euros de l’heure (environ 11 CHF), Die Welt décrit la proposition de la gauche et des syndicats de «populiste» et estime que «la Suisse a pris la bonne décision».

Pour la Stampa, de Turin, le «non» à une rémunération mensuelle de 4000 francs apparaît comme une «sensation». Mais pour ceux qui connaissent bien la Suisse, ce rejet ne représente rien d’exceptionnel. En matière d’emploi, les Suisses se sont toujours montrés extrêmement libéraux, comme le note Il Sole 24 Ore: le salaire minimum légal «aurait modifié le système actuellement en vigueur en Suisse, avec un Etat qui n’intervient pas et des négociations entre entreprises et syndicats sur le terrain. Le résultat du scrutin de dimanche ne fait que confirmer ce système.»

En Russie, le quotidien pro-gouvernemental KP consacre un commentaire au refus des Suisses d’introduire un salaire minimum légal. «Cela semblait pourtant clair: qui ne voudrait pas avoir le salaire minimum le plus élevé du monde? Les Suisses, eux, n’en veulent pas, car ils sont imprévisibles. Souvenons-nous de la votation du 9 février contre l’immigration dite de masse. Tous les sondages et les pronostics avaient montré que les citoyens voteraient contre. Mais le résultat a été différent, tout comme hier, lors de la votation sur le salaire minimum.» Le portail d’information Russia Today, financé par le Kremlin, cite quant à lui un expert de l’IMD de Lausanne. «La croisade contre l’inégalité des salaires est nouvelle et résulte aussi d’excès à la tête de certaines entreprises suisses», y explique Arturo Bris.

Plébiscite du modèle suisse

En Suisse, la majorité des commentateurs argumentent qu’un salaire minimum de 4000 francs par mois appliqué dans tous les secteurs et dans toutes les régions du pays ne correspond pas au modèle économique helvétique à succès. «L’un des points forts du système suisse, le partenariat social, qui règle depuis 1937 le marché du travail, a été plébiscité», écrit le Corriere del Ticino. «Pour deux tiers des Suisses, l’équité salariale est une responsabilité qui doit rester aux mains des travailleurs et des employeurs, avec la médiation appropriée des syndicats», lui fait écho le Giornale del Popolo.

«Fondamentalement, les gens ne veulent pas que l’Etat fixe les salaires. Et certainement pas de manière uniforme dans tout le pays», affirme la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). Les citoyens sont conscients que dans le tissu des PME en Suisse, «celui qui verse le salaire est souvent un petit patron» et pas «un multimillionnaire», qui en outre «prend des risques et crée des emplois», avance Le Nouvelliste. Le quotidien valaisan, tout comme la majorité des gazettes du pays, affirme que l’initiative sur le salaire minimum n’a même pas séduit les principaux concernés, soit les 10% des salariés qui gagnent moins de 4000 francs par mois.

La déferlante du «non» ne doit pourtant pas être «surinterprétée», relativise la Tribune de Genève. L’initiative a déjà fait bouger les lignes dans plusieurs secteurs, amenant par exemple les grands distributeurs Lidl et Aldi à revoir à la hausse leurs salaires. Durant la campagne, les 4000 francs par mois sont devenus une sorte de seuil officieux et des salaires minimums ont été introduits dans de nombreuses conventions collectives de travail (CCT), souligne également la NZZ, qui parle d’une tactique syndicale dans le contexte du lancement de l’initiative.

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Une «provocation» des syndicats

Un impact positif rappelé par de nombreux autres quotidiens, dont L’Express et L’Impartial, pour qui «les Suisses se savent privilégiés et ils n’ont pas envie de jouer avec le feu». Le socle salarial proposé, le plus élevé au monde, «apparaissait comme une provocation dans un contexte de crise économique globale», poursuivent les deux quotidiens neuchâtelois.

De son côté, L'Agefi doute que l'Union syndicale suisse (USS) ait vraiment voulu voir le texte approuvé par l’opinion publique. Si c’était le cas, «les initiants se seraient au moins gardés de formuler un plancher horaire de 22 francs, soit 4000 francs par mois» et «contentés du principe d’un minimum légal».

Au contraire, la Basler Zeitung estime que le revers dans les urnes annonce une autre claque pour les syndicats: «Après le vote de dimanche, les salaires minimums devraient également disparaître des conventions collectives de travail». 

swissinfo.ch et les agences


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