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Revue de presse C’est l’Histoire qui jugera la portée de l’accord avec l’Iran

En Iran, les citoyens sont satisfaits de cet accord qui devrait mettre un terme aux sanctions économiques qui étranglent le pays.

En Iran, les citoyens sont satisfaits de cet accord qui devrait mettre un terme aux sanctions économiques qui étranglent le pays.

(Keystone)

La presse suisse de mercredi reconnaît l’importance de l’accord trouvé avec l’Iran dans le dossier nucléaire. Quant à savoir si c’est une bonne chose, les avis sont partagés. Pour beaucoup de commentateurs, seule l’Histoire permettra de juger.

Après presque deux ans de négociations, l’Iran et les grandes puissances sont parvenues à un accord mardi à Vienne. Téhéran renonce à l’arme nucléaire et accepte une surveillance internationale. En contrepartie, l’Iran est autorisé à développer le nucléaire civil et pourra échapper aux sanctions économiques et financières.

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L’Iran gagnant

La presse suisse revient largement sur cet accord qualifié d’historique. Tous les commentateurs sont d’accord sur un point: l’Iran sort grand gagnant de ces négociations. Le Matin résume bien la situation dans un dessin où l’on voit trois mollahs souriants faire sauter un bouchon de champagne dans une fumée en forme de champignon atomique. 

«Il faut le laisser aux négociateurs iraniens: ils ont obtenu le maximum dans ce deal sur le nucléaire», juge la Basler Zeitung. «Dans cet accord, Khamenei a atteint tout ce qui compte politiquement pour lui: il obtient une sortie de l’isolement et n’a pas dû accepter de conditions qui lui aurait fait perdre la face», ajoute la Neue Zürcher Zeitung. 

Il y a un autre point sur lequel les commentateurs sont unanimes; cet accord peut marquer le grand retour de l’Iran sur la scène internationale.

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«Un seul Etat revient, et tout est repeuplé. Bien sûr, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Les résistances restent nombreuses, les embûches multiples. Mais l’accord conclu à Vienne entre l’Iran et les grandes puissances a la vertu de changer l’Iran et de changer les grandes puissances elles-mêmes. Rien de moins, puisqu’il s’agit de chambouler les soubassements mêmes sur lesquels s’appuie une bonne partie du monde», écrit Le Temps.

L’Express ajoute: «Qui eut cru, avant l’ère Obama, que cette théocratie honnie, privée de relations diplomatiques avec le gendarme du monde depuis 35 ans, pourrait un jour être perçue comme un facteur majeur de stabilisation du Proche Orient?»

Cette vision est partagée en Suisse alémanique, par exemple avec la Basler Zeitung qui note: «Avec cet accord, l’Iran a réintégré la communauté internationale après un long bannissement. Pour Téhéran, ce n’est pas seulement un ticket d’entrée dans le club des puissants. L’accord avec les grandes puissances renforce et fixe la position régionale de la République islamique.»

Bien ou mal? 

En revanche, les avis divergent fortement quant à la portée de l’accord. 

Pour les plus optimistes, c’est une bonne chose. «Le pragmatisme des deux côtés a engendré un accord qui rend le monde plus sûr. C’est réellement l’un des rares grands moments de la diplomatie», estime par exemple Der Bund. «Promu ‘partenaire’ de raison, l’Iran pourrait faciliter le règlement des conflits en Irak, en Syrie ou au Yémen dans lesquels il ne cesse de placer ses pions», juge de son côté La Liberté. 

Mais plusieurs commentateurs ont un avis bien plus pessimistes. La Basler Zeitung rappelle que «l’Iran est tristement réputé pour financer, armer et soutenir militairement les terroristes. Malgré cela, Obama fait comme si le régime iranien était le plus pacifique du monde. Avec l’accord de Vienne, il reconnaît l’industrie nucléaire iranienne que Washington a combattue pendant de nombreuses années». Pour le quotidien bâlois «à n’en pas douter, l’Iran aura l’arme nucléaire d’ici dix à quinze ans». 

Ce scepticisme est notamment partagé par la Neue Zürcher Zeitung qui écrit: «Avec l’accord de Vienne, l’Occident obtient quelques années de tranquillité dans l’épineux dossier iranien. Mais l’Iran n’a pas enterré ses ambitions nucléaires. Et que quotidien zurichois d’avertir que «l’accord avec Téhéran n’est en aucun cas une garantie que le caractère anti-occidental du régime des mollahs et ses ambitions nucléaires seront modifiées à long terme.» 

Le côté beaucoup plus fréquentable de la théocratie iranienne suscite aussi quelques doutes à l’Express. «Ce qui a réellement mis le régime des mollahs autour de la table, c’est la pression de la rue. La société iranienne, fatiguée de voir son économie, sa culture, son éducation étouffées par des décennies de sanctions internationales, a plusieurs fois réussi à déstabiliser ses dignitaires archaïques et autoritaires. A-t-elle gagné hier? Dans un contexte où le premier robinet qui pourra s’ouvrir à la levée des sanctions est celui du pétrole, rien n’est moins sûr», estime que quotidien neuchâtelois. 

A l’Histoire de juger 

Les avis sont également partagés sur l’action du président américain dans ce dossier. Pour La Liberté, «critiqué en raison du recul du leadership américain dans le monde, Barack Obama sauve son bilan en politique étrangère en cette fin de mandat». Beaucoup plus sévère, la Basler Zeitung juge que ce dernier «joue avec le feu». 

Entre ces deux positions diamétralement opposées, Le Temps coupe un peu la poire en deux. «Si l’administration de Barack Obama apparaît exemplaire, dans ce coup de force engagé contre les engrenages hérités du passé, elle n’en reste pas moins complice du cataclysme actuel. En plaçant toutes la mise sur l’accord à conclure avec l’Iran, elle a laissé pourrir la situation en Syrie, s’est trop longtemps accommodée d’un allié saoudien borné et convulsif, a refusé de prendre pleinement ses responsabilité en Irak», note le grand quotidien romand.

Seule chose sûre, l’avenir se chargera de dire qui a raison. «Si de petits calculs l’ont emporté aux dépens d’une stabilité du monde déjà bien fragilisée, le verdict sera sans appel. Il ne serait plus question ‘d’accord historique’ mais ‘d’erreur historique’», lit-on dans le commentaire commun de 24 heures et de la Tribune de Genève. Et les deux quotidien de conclure, philosophes: «En fin de compte, il n’y a que l’Histoire qui pourra dire si le monde a sacrifié, ce 14 juillet, ses intérêts géopolitiques sur l’autel de ses intérêts économiques.»

swissinfo.ch


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