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Le rapport accablant qui dévoile les «souillures d'une démocratie»

Les supplices utilisés par la CIA à la suite des attentats du 11 Septembre ont été détaillés dans un rapport du Sénat américain divulgué lundi. Keystone

Le rapport explosif sur les actes de torture de la CIA est un premier pas indispensable pour que l’Amérique retrouve sa crédibilité morale dans le monde, estime la presse helvétique de ce mardi. La Suisse n’est pas totalement étrangère à ces révélations: l’ex-sénateur tessinois Dick Marty avait été le premier à enquêter sur les prisons secrètes de la CIA.

Ce contenu a été publié le 10 décembre 2014 - 09:47
swissinfo.ch, avec les agences

Simulation de noyade, privation de sommeil, coups, confinement, réhydratation rectale, menaces: la CIA a eu recours dans les années 2000 à un large éventail d'actes de torture, notamment dans un site secret surnommé le «donjon».

Un rapport accablant contre l'agence américaine, publié mardi par la commission du Renseignement du Sénat, accuse la CIA d'avoir soumis ses détenus durant plusieurs années à des «techniques d'interrogatoires renforcées à répétition pendant des jours et des semaines». Les captifs ont été projetés contre des murs, dénudés, jetés dans des bains glacés, empêchés de dormir pendant parfois plus d'une semaine, frappés, menacés, humiliés.

Le rapport dresse aussi un bilan sans concession sur l'inefficacité de ces interrogatoires qui, à «aucun moment», n'ont permis de recueillir des renseignements relatifs à des menaces imminentes d'attentats. Dans un communiqué, le président Barack Obama a dénoncé des méthodes contraires aux valeurs des Etats-Unis, mais aussi pris soin de souligner que l'administration de son prédécesseur, George W. Bush, avait été confrontée à des choix «douloureux» durant «les années difficiles» qui ont suivi la chute des tours jumelles du World Trade Center.

Une «catharsis nécessaire»

La presse suisse revient largement ce mardi sur la publication de ce document «explosif». Le Temps y voit une «catharsis nécessaire pour que l’Amérique soit à nouveau à la hauteur de ses idéaux, le prix à payer pour qu’elle reconquière une autorité morale qu’elle a en partie perdue.» Pour Le Bund de Berne, la publication de ce rapport est «douloureuse, mais nécessaire». Car avec ces pratiques, «l’Amérique a massivement entaché sa crédibilité en tant que démocratie», relève le quotidien bernois.

Plusieurs journaux helvétiques évoquent également les possibles conséquences de ce rapport. «Ces révélations pourraient réalimenter la colère de la rue à l’égard des Etats-Unis au Moyen-Orient au ailleurs», avance par exemple le Sankt-Galler Tagblatt. Mais le quotidien saint-gallois, ambivalent, estime également que les Etats-Unis ont peut-être à y gagner au niveau de leur réputation: «La transparence est un moyen de regagner la crédibilité perdue dans la défense de la liberté».

Reste que pour Le Temps, tout n’a peut-être pas changé au pays de l’oncle Sam: «L’Amérique des Cheney, Bush ou Rumsfeld continue de croire que les techniques d’interrogatoire musclé demeurent nécessaires pour protéger les Etats-Unis du Mal. Elle ne semble même pas troublée par le fait que le groupe djihadiste de l’Etat islamique a utilisé une technique similaire, celle de la simulation de noyade, sur un journaliste américain, James Foley, en guise de représailles avant que celui-ci ne soit décapité.»

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Les critiques de Dick Marty

Et la Suisse, dans tout cela? Elle n’est certainement pas totalement étrangère au rapport d’enquête parlementaire divulgué lundi.  La mise en lumière des agissements de la CIA après les attentats du 11 Septembre est en effet à mettre au crédit de l’ancien sénateur tessinois Dick Marty, comme le rappelle le Bund. «Sur mandat du Conseil de l’Europe, il a enquêté seul contre la CIA. En 2006 et 2007 déjà, il a présenté des rapports sur des terroristes présumés enlevés et torturés dans des prisons secrètes américaines en Europe. Cela lui a valu de vives critiques de Washington. Mais c’était le début du retour de la transparence, dont la démocratie a besoin. La démocratie américaine également».

Interrogé dans Le Temps, Dick Marty salue la démarche du président Barack Obama mais dit regretter qu’il ait fallu plus de dix ans depuis le début des faits pour que l’Etat américain reconnaisse enfin ses erreurs. Il se montre très sévère à l’égard de certains pays européens qui ont conclu des accords avec leurs homologues américains en violation des législations nationales et sous le sceau du secret.

«Les Etats-Unis ont fait un choix scélérat: ils ont décidé de violer les droits de l’homme, mais ils l’ont assumé. En revanche, les Européens qui se gargarisent volontiers avec les droits de l’homme ont foulé aux pieds les principes qu’ils prétendent défendre. Cette hypocrisie me scandalise», déclare-t-il.

Obama en posture délicate

Les éditorialistes suisses soulignent quant à eux le rôle ambigu joué par Barack Obama. «Sur le fond, les supplices reconnus étaient non seulement inutiles mais surtout en contradiction radicale avec l’exemplarité dont se réclament les Etats-Unis. Ce conflit de conscience, Obama en est l’illustration. Alors même qu’il y a mis fin, le président démocrate n’a jamais été en rupture totale avec les pratiques de l’ère Bush. Il n’a jamais fait de la fermeture promise de l’infamante prison de Guantanamo (qui vient d’être enterrée au Congrès) une priorité absolue», avance ainsi La Liberté de Fribourg.

Barack Obama a longtemps traîné les pieds avant de soutenir la publication d’un rapport qui révèle, à l’image de Guantanamo et d’Abou Ghraib, les souillures d’une démocratie qui s’est dévoyée dans la manière d’appréhender la lutte contre le terrorisme, relève pour sa part Le Temps. «Il ne semble pas prêt à faire traduire en justice les responsables d’une torture institutionnalisée qui n’a en rien, selon le rapport du Sénat, permis d’obtenir des informations cruciales pour débusquer des ennemis de l’Amérique.»

Enfin, la Neue Luzerner Zeitung affirme que ce rapport ne dévoile «qu’un élément du puzzle de la réalité» et qu’il sera difficile de mener un «débat non idéologique sur la politique antiterroriste américaine», tant que Barack Obama, qui a accédé à la Maison-Blanche en 2008 sur un ressentiment anti-Bush, sera au pouvoir. 

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