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Tourisme Quand les lits froids échauffent les esprits

A Cumbel, le seuil de 20% maximum de résidences secondaire est dépassé.

(swissinfo.ch)

Depuis que les Suisses ont accepté l'initiative populaire contre la construction de résidences secondaires, certaines communes touristiques sont prises d’assaut par les demandes de permis de construire avant l’application de la nouvelle loi. Par exemple Cumbel, dans les Grisons.

Abstraction faite de quelques vieilles maisons, Cumbel, dans le Val Lumnezia, n’a pas de quoi faire une carte postale. Dans cette petite commune de montagne, on n’a construit pratiquement que des résidences secondaires au cours des dernières années, au centre ou en bordure de village, mais aussi au milieu des verts pâturages. Ces logements ne sont occupés que trois ou quatre semaines par an, leurs volets restant fermés le reste du temps, et leurs lits vides, ou froids, comme dit le jargon.

C’est le cas en ce mercredi pluvieux de septembre. A part les ouvriers qui s’affairent sur des chantiers, le village n’est traversé que par le trafic de transit et il n’y a pas un piéton à l’horizon. Au centre, le restaurant Larisch est fermé pour la journée, comme du reste la maison communale.

Seule la cafétéria du home pour personnes âgées Da  Casa Val Lumnezia offre un peu d’animation. La plupart des pensionnaires viennent de la vallée et certains reçoivent la visite de leurs enfants ou petits-enfants. Les retraités ne s'intéressent plus à la politique du village, lance une aide-soignante. Elle-même ne veut pas non plus se prononcer sur ce dont on cause au village: la construction de nouvelles résidences secondaires.

«Je trouve honteux que, dans le Val Lumnezia, il y ait plus d’appartements pour les vacanciers que pour nous, les habitants, dit sa collègue Ursula Solèr, qui habite dans le village voisin. Les jeunes ne trouvent pas de logement dans la vallée.»

Si elle habitait à Cumbel, elle aussi aurait ajouté son paraphe à l'initiative signée par 45 habitants du village, soit exactement le quart des citoyens. Le texte demande que la commune publie une interdiction de construire de nouvelles résidences secondaires.

«Stopper les permis de construire»

Après l'approbation par le peuple suisse, le 11 mars dernier, de l'initiative fédérale «Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires», de nombreuses communes de montagne ont été submergées par des demandes d’autorisation de construire. La plupart des requérants espèrent obtenir une autorisation juste avant que ce soit interdit par une loi fédérale.

Dans le canton des Grisons, une poignée de communes ont réagi à l’avalanche de demandes en décrétant une zone de planification. Cet instrument a pour effet de stopper pour un temps la construction de résidences secondaires dans ces zones. Et c’est exactement ce qu’exigent les 45 signataires de l’initiative de Cumbel.

Katharina Belser est l'une d’entre eux. Ce n’est pas la première fois qu’elle utilise son droit de cité pour empêcher la construction de résidences secondaires. Avant la votation fédérale, elle avait déjà exigé que la commune établisse un plan de zone, mais sans succès.

Pour empêcher que la volonté du peuple suisse soit bafouée dans sa commune par de nouvelles autorisations de construire, elle a participé à la collecte de signatures.

«Certains en profitent»

«Nous avons fait du porte à porte. Nous avons mis cinq jours pour récolter 45 signatures, c’était plus que suffisant. Même des gens du secteur de la construction ont signé. Certains ne voulaient ou n’osaient pas le faire, mais nous n'avons trouvé personne qui trouve que l’augmentation des résidences secondaires est une bonne chose.»

Corinne Arpagaus a également signé le texte. «Cette rage de construire est dommageable. De nouvelles maisons surgissent partout, qui n’ajoutent rien à l'image du village puisque leurs volets sont presque toujours clos.»

Certaines entreprises ont tiré profit de ces constructions, mais souvent pendant peu de temps, car on a souvent choisi des sociétés extérieures, argumente la jeune paysanne bio de Cumbel. La plupart des autres villageois n’en ont retiré aucun avantage, mais seulement des inconvénients. «Beaucoup de propriétaires de logements de vacances ne viennent que pour quelques jours et ils apportent avec eux presque toutes leurs provisions.»

Nouvelles demandes

Cette commune de 245 âmes, dont le taux de résidences secondaires atteint déjà plus de 60%, a reçu 25 nouvelles demandes de permis de construire depuis le 11 mars. Elles ont été déposées par le bureau alpine architektur+bau GmbH, propriété de la menuiserie Arpagaus SA à Cumbel. Son propriétaire, Otmar Arpagaus (sans lien de parenté avec Corinne Arpagaus), figure parmi les 5 membres du Conseil municipal et est responsable des constructions.

Otmar Arpagaus n’a pas souhaité répondre à swissinfo.ch, mais il a indiqué par courriel que, «dans un conseil communal, il va de soi qu'un membre concerné d'une quelconque manière par un dossier ne participe pas au processus de décision».

Le président de la commune et agriculteur, Pius Bundi, explique qu’il ne peut «pas faire grand-chose» de l'initiative déposée par ses concitoyens, laissant entendre qu’elle finirait dans un tiroir. «Oui, les recours seront rejetés» et les permis accordés par la commune, s’ils sont conformes à la réglementation en vigueur sur les constructions.

Initiative fédérale

Le 11 mars 2012, le peuple suisse a approuvé avec une courte majorité l'initiative «Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires».

Le texte exige que la proportion de résidences secondaires ne dépasse pas 20% au maximum par commune. Pour celles dans lesquelles ce seuil est déjà dépassé, cela signifie une interdiction de construire de nouvelles résidences secondaires. Mais il ne s’agit pas de démolir celles qui existent.

Depuis lors, le débat fait rage autour de la date d’entrée en vigueur de l'initiative. En août, le Conseil fédéral a décidé que des permis de construire peuvent encore être accordés jusqu'à la fin l'année. Les initiants, eux, exigent une application immédiate. Dans les communes, des centaines de signatures ont été récoltées pour protester contre l’augmentation des demandes et des dizaines de recours déposés contre les autorisations. Les querelles juridiques ne peuvent être tranchées que par le Tribunal fédéral, ce qui prendra au moins un an.

La quantité de demandes de permis dans des régions touristiques a fortement augmenté au cours des dernières semaines. Plusieurs communes du canton des Grisons ont défini des plans de zones permettant pratiquement de stopper de nouvelles constructions de logements de vacances.

Fin de l'infobox


(Adaptation de l'allemand: Isabelle Eichenberger), swissinfo.ch


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