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Une fédération nordique sur le modèle suisse?

Les drapeaux danois et suédois devant le pont d’Oresund, qui relie les deux pays.

(Keystone)

Le projet de création d’une entité fédérale en Europe du Nord a été présenté la semaine dernière par un historien, avec l’appui d’un organisme de coopération régionale. Mais l’idée, qui adopterait «le modèle suisse», fait débat et pose moult questions.

«Une utopie réaliste!» C’est ainsi que l’historien suédois Gunnar Wetterberg qualifie l’idée déjà ancienne d’une fédération nordique, qu’il vient de remettre au goût du jour non sans provoquer quelques remous dans le Nord de l’Europe.

Une utopie, parce que convaincre cinq Etats (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède), aussi proches soient-ils, de joindre leurs destinées au sein d’une nouvelle structure s’apparente à un doux rêve. Réaliste, parce que, selon l’historien, le terreau nordique existe déjà et le contexte n’est pas aussi défavorable qu’il n’y paraît. Au contraire, un tel projet ferait sens dans la course actuelle à la globalisation.

Susciter une réflexion

Ce débat, Gunnar Wetterberg l’a lancé l’an dernier dans une tribune publiée par un des principaux quotidiens suédois, Dagens Nyheter. Les réactions avaient été nombreuses et variées. Cela l’a incité à pousser son raisonnement plus loin, quitte à provoquer des haussements d’épaule moqueurs ici et là.

Pour lui, il s’agit avant tout de susciter une réflexion de fond. Il a trouvé un allié en la personne (morale) du Conseil nordique, un organisme de coopération peu connu hors de la région. Lequel, instauré en 1952 par les cinq Etats de la région, a incité leurs gouvernements à œuvrer à un rapprochement des citoyens nordiques en unifiant les législations et les pratiques dans de nombreux domaines concrets.

Ainsi le Conseil nordique, qui n’est pas désintéressé dans cette affaire, a proposé à l’historien de développer sa thèse dans un ouvrage. Et a fait coïncider sa publication avec la tenue, la semaine dernière en Islande, de la session annuelle du Conseil. Titré L’Etat fédéral Nord, il explique pourquoi le moment serait venu pour les pays de la région, mais aussi pour trois territoires autonomes (le Groenland et les îles Féroé, sous souveraineté danoise, et l’archipel des Åland, région finlandaise), de franchir une nouvelle étape dans leur intégration.

Question de poids

Ainsi fédérés, les pays de la région pèseraient d’un tout autre poids sur la scène internationale. Une telle entité fédérale – avec ses 25 millions d’habitants – se hisserait au 10ème rang de l’économie mondiale en termes de PIB et aurait sa place au G20. «Pour la première fois depuis six cent ans», note l’universitaire, aucune grande puissance n’est susceptible d’entraver cette marche.

Le projet est d’autant plus faisable, insiste-t-il, que les peuples de la région ont un niveau de vie et de protection sociale à peu près équivalent, des aspirations et des principes communs (transparence, parité, égalitarisme, etc.), même s’ils ne sont pas toujours bien respectés. Leur mentalité a été cimentée par la religion luthérienne. Ils se sentent souvent plus «nordiques» qu’«européens».

Quant à la langue, elle n’est pas un vrai problème pour les Danois, les Norvégiens et les Suédois, qui peuvent se comprendre avec un peu d’effort. Pour les Islandais et surtout les Finnois, c’est une autre paire de manches…

Dans un entretien publié dans la revue du Conseil nordique (Analys Norden), Gunnar Wetterberg explique en préambule que «le problème n’est pas d’esquisser ce à quoi ressemblerait un tel Etat fédéral: la Suisse est un modèle possible».

Avant d’avancer quelques grandes lignes: «La fédération ne jouirait que des prérogatives que ses membres lui confieraient expressément. La politique étrangère et de sécurité en feraient partie, les politiques économique et du marché du travail auraient besoin d’être coordonnées, celle en matière de recherche y gagnerait à l’être aussi».

Nombreuses interrogations

Mais le projet est loin de séduire tout le monde dans la région. Au Danemark, notamment, où l’on est très à cheval sur les questions de souveraineté, la seule idée de devoir abandonner un jour la Constitution du royaume fait sursauter. De plus, les cinq Etats se livrent une bataille permanente pour la suprématie régionale dans tous les domaines possibles. Se moquer de ses voisins est presque un sport national.

Sitôt le livre-plaidoyer de Gunnar Wetterberg publié, des réserves d’ordre plus pratique ont fusé ici et là. Quid des monarchies qui règnent dans trois des cinq pays ? S’il faut en garder une, laquelle ? Et quel drapeau pour cette union?

En outre, l’historien élude la question compliquée de la relation avec l’Union européenne, dont seuls trois pays nordiques sont membres (l’Islande est une candidate hésitante à l’adhésion et la Norvège n’en veut pas). L’hypothétique fédération nordique se doterait-elle de sa propre monnaie? Ou adopterait-elle l’euro, que seule la Finlande a fait sien jusqu’à présent?

Ces questions et d’autres restent en suspens. Il est vrai que d’ici l’éventuelle concrétisation de cette «utopie réaliste», que Gunnar Wetterberg imagine «d’ici 20 à 30 ans», il peut se passer bien des choses sur le continent.

Contexte

Limites. Pour tenter de désarmer les sceptiques, Gunnar Wetterberg a fixé certaines limites à l’Etat fédéral nordique qu’il appelle de ses vœux. Selon lui, «le plus gros des politiques fiscale et sociale resterait aux mains des pays, tant que l’on estimerait qu’on a plus à y gagner qu’avec un système commun». Ces points-là demeurent sensibles dans des pays qui se targuent, chacun, de disposer du meilleur système de protection sociale, financé par des impôts parmi les plus lourds d’Europe.

Sondage. Réalisé pour le Conseil nordique, un sondage affirme pourtant que si 42% des citoyens de la région sont favorables à une telle fédération, c’est en partie pour préserver le niveau de l’Etat providence (58% ont un point de vue négatif ou très négatif).

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Tentatives

Union de Kalmar. Une union scandinave a existé entre 1397 et 1523. Baptisée Union de Kalmar, du nom du port suédois où elle a été signée, elle rassemblait les royaumes du Danemark, de Norvège et de Suède, sous domination danoise.

Défense commune. Plus tard, différents projets ont été étudiés sans voir le jour. En particulier celui d’une défense nordique commune, qui capota pour cause de guerre froide.

OTAN. Suite à cet échec, le Danemark, l’Islande et la Norvège ont participé à la création de l’OTAN (1949), tandis que la Finlande et la Suède restaient neutres.

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