Qui doit payer pour les étudiants étrangers?

Cours de macro-économie à l'université de Fribourg, qui compte près de 20% d'étudiants étrangers. Keystone

L’afflux croissant d’étudiants étrangers dans les universités permet d’importer de nombreux talents en Suisse. Mais le débat est vif dans les milieux politiques et académiques pour savoir qui doit payer la facture de leur formation.

Ce contenu a été publié le 07 avril 2013 - 11:00
swissinfo.ch

Grâce à des subventions octroyées par les autorités fédérales et cantonales, la Suisse se targue d’offrir les taxes d’études parmi les moins élevées du monde. Une situation qui permet aux jeunes Suisses d’accéder à l’enseignement supérieur indépendamment, ou presque, du revenu de leurs parents.

De plus en plus d’étudiants étrangers sont également attirés par ces taxes universitaires peu onéreuses mais aussi par le haut niveau des formations dispensées dans les universités suisses, qui figurent en bonne place dans les classements internationaux. La proportion d’étudiants étrangers inscrits dans les universités suisses ne cesse ainsi de progresser, puisqu’elle passée de 23% en 1990 à 38% en 2011.

Les universités suisses sont engagées dans une bataille internationale pour attirer le plus grand nombre de talents, dans le but de stimuler les performances domestiques en matière de sciences, de technologie et d’autres domaines liés à la recherche. Par ailleurs, les chefs d’entreprise suisses accueillent à bras ouverts les étrangers très diplômés pour combler le manque de main-d’œuvre qualifiée. 

Les taxes universitaires en Suisse

Les taxes imposées aux étrangers sont indiquées entre parenthèses si elles sont différentes de celles imposées aux Suisses (pour l’année académique 2012-2013)

Ecole polytechnique fédérale de Zurich: 1288 francs

Ecole polytechnique fédérale de Lausanne: 1266

Université de Bâle: 1400

Université de Berne: 1310

Université de Fribourg: 1310 (1610)

Université de Genève: 1000

Université de Lausanne: 1160 (1360)

Université de Lucerne: 1620 (2220)

Université de Neuchâtel: 1030 (1580)

Université de Saint-Gall: 2452 (4252)

Université de Zurich: 1538 (1738)

Université de la Suisse italienne: 4000 (8000)

Source : www.swissuniversity.ch

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Etudiants étrangers à la caisse?

Mais depuis plusieurs années, le débat fait rage pour savoir qui doit payer les coûts engendrés par l’afflux de ces étudiants étrangers. Attirer des étudiants, des chercheurs et du personnel enseignant «fait partie de l’ADN de notre école», relève Anders Hagström, de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). «Les étudiants suisses sont exposés à un environnement international sans même avoir à quitter Zurich», se félicite-t-il.

Pour certains politiciens, dont Peter Keller, député de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), il n’appartient pas au contribuable suisse de mettre la main au porte-monnaie. Le mois dernier, il a déposé une motion pour exiger que les étudiants des deux écoles polytechniques du pays – Zurich et Lausanne – s’acquittent de taxes semestrielles deux fois plus élevées que les étudiants suisses.

«Les universités suisses sont financées par le contribuable suisse dans le but premier de former des étudiants suisses», explique l’auteur de la motion. Et d’ajouter: «les étudiants étrangers sont les bienvenus. Ils devraient toutefois contribuer de façon plus proportionnelle à leurs frais de formation».

Proportion d’étudiants étrangers

Ratio d’étudiants étrangers dans les universités suisses (2011)

Ecole polytechnique fédérale de Zurich: 34,8%

Ecole polytechnique fédérale de Lausanne: 50,4%

Université de Bâle: 26,2%

Université de Berne: 13,5%

Université de Fribourg: 19,7%

Université de Genève: 38,1%

Université de Lausanne: 24,3%

Université de Lucerne: 14,3%

Université de Neuchâtel: 24,2%

Université de Saint-Gall: 36,6%

Université de Zurich: 17,7%

Université de la Suisse italienne: 65,5%

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Retour sur investissement  

L’initiative – et la colère des étudiants qui en a résulté – a contraint les écoles polytechniques de Zurich et Lausanne à repousser un projet qui visait à doubler les taxes d’études, sans distinction de nationalité. Avec un nombre d’inscrits en hausse de 50% depuis 2004, les revenus ainsi engrangés auraient été affectés au financement des besoins supplémentaires en matière d’enseignement.

L’Union des étudiants de Suisse (UNES) s’est dite «scandalisée» par l’initiative de Peter Keller, soulignant qu’elle allait se battre de toutes ses forces contre la discrimination «socio-économique» des étudiants. «Les étudiants étrangers apportent une qualité et une internationalisation accrue ainsi que des points de vue différents aux universités suisses, souligne Thomas Leibundgut, membre de l’exécutif de l’UNES. Beaucoup d’entre eux vont rester en Suisse après leurs études, contribuant au développement économique et aux progrès en matière d’innovation de ce pays. Le retour sur investissement est ainsi assuré.»

Dans sa contre-attaque, l’UNES a appelé le gouvernement fédéral et les cantons à investir massivement dans «l’unique ressource naturelle de la Suisse», à savoir l’éducation.

Trouver les fonds

Mais les fonds étatiques, même s’ils augmentent plus rapidement que l’inflation, ne sont pas suffisants pour faire face à l’accroissement du nombre d’étudiants. Plus de la moitié des universités suisses demandent déjà à leurs étudiants étrangers, qui sont par ailleurs souvent confrontés à un coût de la vie plus élevé en Suisse que dans leur pays d’origine, de s’affranchir de taxes plus élevées.

Les cantons se financent mutuellement lorsque des étudiants choisissent d’aller étudier ailleurs dans le pays. Il est revanche très difficile d’obtenir une contribution d’autres pays pour les frais de formation de leurs citoyens étudiant en Suisse. Une telle demande a ainsi été refusée par l’Allemagne.

Par conséquence, les autorités saint-galloises ont exigé de leur université qu’elle limite le nombre d’inscriptions en provenance de l’étranger afin de restreindre le fardeau financier pour le canton. Le Tessin a choisi une autre option, celle de reporter directement sur les étudiants étrangers le montant théorique des subsides qu’il aurait reçus de cette péréquation inter-cantonale.

Au Tessin, des taxes plus élevées

A l’université de la Suisse italienne de Lugano (USI), les étrangers représentent près de deux tiers du total des inscriptions. Ils sont taxés à hauteur de 8000 francs suisses par année académique. Les étudiants suisses, qui profitent des subventions cantonales, ne paient que la moitié de cette somme.

Les taxes pratiquées par l’USI sont bien plus élevées que la moyenne nationale, tant pour les Suisses que pour les étrangers. Le gouvernement tessinois a pris cette décision afin de répondre aux besoins de financement de l’université, explique Cristina Elia, porte-parole de l’USI. «En supposant que le monde académique ne connaisse pas de frontières, il est nécessaire de trouver des modèles durables pour faire face à nos dépenses. Notre modèle nécessite une contribution plus directe de la part des étudiants».

Trouver le juste équilibre entre s’assurer, d’une part, des revenus suffisants et, d’autre part, attirer les meilleurs talents du monde entier est ainsi devenu une bataille de tous les instants pour le système universitaire suisse.

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