Vendeuse d'armes, la Suisse lutte contre la violence armée

Villa Nicolas Romero au Mexique: la police arrête une bande de malfrats et saisit leur impressionnant arsenal. Reuters

Lancée par Berne et le PNUD, une conférence ministérielle se tient à Genève pour endiguer la violence armée (guerre et criminalité). Une réaction aux difficultés de l'ONU à limiter sérieusement le commerce des armes légères.

Ce contenu a été publié le 12 septembre 2008 - 07:31

Le facteur principal de la violence armée dans le monde n'est pas la guerre, mais la criminalité, grande ou petite. Plus des deux tiers des 740'000 personnes qui meurent chaque année suite à une agression armée sont tuées hors des zones de conflit.

C'est l'abrupt constat dressé par un rapport dirigé par le professeur Keith Krause, directeur du Programme sur les armes légères (Small arms survey) à l'Institut genevois des Hautes études internationales et du développement (IHEID).

«Le coût économique annuel de la violence armée hors conflits se monte à 95 milliards de dollars en productivité perdue à la suite de morts violentes. Ce chiffre pourrait même atteindre 163 milliards de dollars, soit 0,14 % du produit mondial brut annuel», précise le rapport.

Ce qui fait dire à l'ambassadeur Thomas Greminger, responsable de la Division sécurité humaine au ministère suisse des Affaires étrangères (DFAE), que «la violence armée constitue l'un des freins les plus importants au développement.»

Raison pour laquelle la Suisse et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), réunissent ce vendredi à Genève les représentants de 70 Etats (dont 17 ministres), de 15 organisations internationales et de 34 ONG.

Sensibiliser les Etats

Formellement, la conférence ministérielle entend tirer un premier bilan de la Déclaration de Genève, avalisée en 2006 par 42 Etats. Un texte doté d'un plan d'action adopté aujourd'hui par 94 pays, qui vise à réduire l'impact de la violence armée et à renforcer la sécurité humaine d'ici 2015.

Orchestré par le professeur Keith Krause, ce premier rapport collecte d'innombrables informations chiffrées et se veut un outil essentiel que se donnent la Suisse et le PNUD pour mesurer les éventuels progrès accomplis et établir les bases d'une prise de conscience gouvernementale. Un déclic que la conférence de Genève espère cristalliser.

«Avec cette conférence, nous espérons obtenir l'appui politique des Etats participants pour une résolution que nous allons présenter à la prochaine Assemblée générale de l'ONU cet automne. Mais il s'agit surtout de discuter des moyens de poursuivre et de développer le processus prometteur lancé par la Déclaration de Genève», assure l'ambassadeur suisse.

Relancer la lutte

Selon Thomas Greminger, l'objectif politique est de pousser l'ONU à reprendre pleinement cette initiative à son compte. Et ce dans le cadre des Objectifs du Millénaire, un plan onusien qui vise à réduire de moitié la pauvreté d'ici 2015, en agissant sur l'emploi, la santé et l'éducation.

Des domaines intimement liés, selon Keith Krause: «Nous avons constaté au Brésil que nombre de jeunes basculent dans la violence armée, faute d'avoir obtenu un diplôme scolaire. Il s'agit donc de mettre en place des programmes pour les garder au maximum dans le cursus scolaire.»

De son coté Thomas Greminger rappelle le contexte multilatéral de cette initiative suisse: «Nous avons lancé cette initiative en dehors de l'ONU, car nous étions déçus par le manque de progrès dans la mise en œuvre du Plan d'action de l'ONU contre le commerce illicite des armes légères.»

Un enlisement dû à des pays comme les Etats-Unis, la Russie ou la Chine, très gros producteurs d'armes légères. Pour surmonter ces résistances et mettre en œuvre la Déclaration de Genève, la Suisse et le PNUD militent en faveur d'une forte implication de la société civile.

L'un des 40 plus gros fabricants d'armes légères dans le monde, la Suisse, est devenue l'un des pays les plus transparents dans ce commerce de mort, selon le «small arms survey», le programme dirigé par Keith Kraus. Une évolution en partie due à la mobilisation de la société civile.

Programmes pilote

Sur le terrain, six pays ont déjà accepté de mener des programmes pilote, soit le Burundi, le Guatemala, la Jamaïque, le Kenya, la Papouasie-Nouvelle Guinée et le Timor oriental. Des programmes qui viennent de démarrer, selon Keith Kraus.

«Au Guatemala, détaille le professeur, le PNUD travaille avec les autorités nationales et locales pour endiguer l'expansion des gangs, un phénomènes très répandu fortement lié au trafic de drogue. Ce programme passe par une meilleure surveillance des frontières pour combattre ces trafics illicites.»

swissinfo, Frédéric Burnand à Genève

Le commerce
des armes légères

La Suisse est l'un des 40 plus gros exportateurs d'armes légères dans le monde. En 2004, elle en a exporté pour 14 millions de dollars. En 2005, pour 11,5 millions de dollars.

Le nombre estimé d'armes à feu en circulation en Suisse se situe entre 1,2 et 2 millions d'unités.

Les plus grands exportateurs d'armes légères et de petit calibre (ceux qui exportent annuellement pour plus de 100 millions de dollars) sont les Etats-Unis, l'Italie, l'Allemagne, la Belgique, l'Autriche, le Brésil, la Fédération de Russie et la Chine.

Les plus grands importateurs d'armes légères et de petit calibre (ceux qui importent annuellement pour plus de 100 millions de dollars) sont les Etats-Unis, l'Arabie Saoudite, le Canada, la France et l'Allemagne.

Au moins 51 pays produisent actuellement des armes légères, telles que des missiles antiaériens tirés de l'épaule, des armes antichar guidées et des mitrailleuses lourdes.

Le Baromètre 2008 de transparence du commerce des armes légères montre que les grands exportateurs d'armes légères les plus transparents sont les Etats-Unis, l'Italie, la Suisse, la France, la République Slovaque et le Royaume-Uni. Les moins transparents sont l'Iran et la Corée du Nord.

Source: Small arms survey 2008

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Le contrôle
des armes légères

L'Assemblée générale de l'ONU a adopté, le 8 décembre 2005, des dispositions obligatoires sur le marquage et le traçage des armes légères et de petit calibre. Ce nouvel instrument est l'aboutissement d'une initiative diplomatique de la Suisse.

Il met en place une série de normes minimales obligatoires concernant le marquage et l'enregistrement des armes légères et régit la coopération internationale entre Etats, avec l'ONU et avec Interpol.

Le succès de cette initiative est dû essentiellement à la coopération menée pendant plusieurs années avec des partenaires stratégiques, en particulier le programme genevois de recherche sur les armes légères (Small Arms Survey).

Source: DFAE

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