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Présidentielle 2007, arrêt sur image

(Keystone)

L'élection est consommée, Nicolas Sarkozy est élu. Retour sur un événement et les mois qui l'ont précédé avec le jeune politologue suisse Antoine Chollet.

Après la spirale médiatique de ces dernières semaines, le moment est venu de faire le point au-delà des passions partisanes.

Un café place du Châtelet. Antoine Chollet arrive du Pavillon suisse de la Cité internationale universitaire de Paris, où il est domicilié. Il prépare actuellement une thèse à l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Paris, sur le thème du «temps et la démocratie».

Même si la politique suisse est son principal terrain de jeu, il a évidemment suivi de très près la présidentielle française.

swissinfo: Ce qui a frappé au cours de la campagne, c'est la multiplicité des thèmes débattus et surtout la façon successive de les aborder.

Antoine Chollet: C'est une habitude française. La campagne est très réactive, et suit les petites phrases des uns et des autres. De ce point de vue-là, Sarkozy a toujours été extrêmement bon, car il a réussi à imposer un agenda.

La campagne n'est pas satisfaisante à tous les points de vue (notamment parce que la question européenne a été largement laissée de côté, ce qui est inquiétant), mais sinon, elle a été d'assez bonne qualité et surtout, on a découvert qu'il y avait une vraie alternative, pas seulement des positions rhétoriques.

swissinfo: Une vraie alternative, avec toutefois des zones de confusion. François Bayrou qui sème le trouble au centre, des gens de gauche qui se rallient à la droite...

A.C.: J'interprète ça comme un décalage à droite. Depuis 5 ans, Sarkozy pilonne un certain nombre de thèmes et a réussi à décaler l'ensemble du spectre politique français et l'électorat vers la droite. La droite de Sarkozy s'assume en tant que telle, et est plus à droite que celle de la plupart des présidents de la Ve République. Mais il est vrai que Bayrou a perturbé le jeu... Bayrou qui, sur certains sujets, était plus à gauche que tout le monde!

swissinfo: Quand Sarkozy annonce un gouvernement très ouvert, avec des gens du centre voire au-delà, vous y croyez?

A.C.: Non. Il a eu un résultat clair, il a annoncé en plus un gouvernement de 15 ministres, il ne va pas pouvoir intégrer des gens du centre et de la gauche. D'ailleurs, quelles personnalités de gauche seraient d'accord de gouverner avec Sarkozy?

swissinfo: Tous les candidats ont cherché à «rassurer»...

A.C.: Ce qui m'étonne le plus, c'est l'extrême personnalisation de cette élection. On a un certain malaise, en tant que Suisse, en voyant les gens brandir des photos, hurler le nom ou le prénom du candidat ou de la candidate... Il y a une identification qui n'existe pas en Suisse. Tout d'ailleurs, dans le système suisse, est fait pour que cela n'existe pas, ce qui est une bonne chose de mon point de vue.

Ici, il y a une figure un peu messianique du politicien, et des attentes énormes. Un président ne peut pas tout faire, tout régler. Il y a des problèmes structurels profonds, ce n'est pas Sarkozy, ni Royal, ni n'importe qui d'autre qui peut tout transformer du jour au lendemain.

swissinfo: Il y a eu une énorme couverture médiatique de cette élection en Suisse: un tel événement peut-il influencer le rapport à la politique des Suisses?

A.C.: Je crois plutôt que les Suisses romands vivent la politique par procuration à travers la France. On aime voir les Français débattre – ils parlent mieux, c'est plus animé – mais en même temps, les Suisses sont très contents d'avoir leur sphère politique à eux, qui leur paraît plus efficace, plus pragmatique, plus consensuelle. Bref, on aime bien les voir... mais on n'aimerait pas avoir ça chez nous!

swissinfo: Dimanche soir, des échauffourées ont eu lieu dans plusieurs villes de France. La nuit précédente, des bureaux de vote ont subi des déprédations. Une partie de la population française ne comprend-elle plus ce qu'est la démocratie?

A.C.: Je ne crois pas. A la Bastille par exemple, c'était vraiment très marginal. Il n'y a pas eu de grande manifestation anti-Sarkozy comme il y avait eu des grands rassemblements anti-Le Pen dans l'entre-deux tours en 2002. Et plusieurs responsables d'extrême-gauche ont condamné ces gestes, en disant que c'est la pire des choses qui pouvait être faite.

swissinfo: On a tout de même l'impression que beaucoup de gens de gauche n'ont pas envie de laisser sa chance à Sarkozy. Bizarre, du point de vue du jeu démocratique, non?

A.C.: Selon moi, il y a deux aspects complémentaires de la démocratie. La démocratie centrale – le jeu électoral et la captation du pouvoir – et la démocratie périphérique, soit la revendication autour du pouvoir et le contrôle de celui-ci par certains groupes, que ce soit les syndicats, les associations etc.

Cette démocratie périphérique est toujours très puissante en France, parce que, à la différence de la Suisse, il y a peu de moments où la population peut s'exprimer à travers le vote. D'où le recours aux grèves, aux manifestations. Cette vie démocratique là va être puissante au cours de ces prochaines années, parce que si Nicolas Sarkozy met en place son programme, il va y avoir de vraies frictions.

Mais on ne peut pas dire: 'Les Français ont voté pour Sarkozy, donc pendant cinq ans il fait ce qu'il veut'. Non. Le contrôle populaire doit intervenir au quotidien.

Interview swissinfo, Bernard Léchot à Paris

Faits

Les chiffres de l'élection:
Nicolas Sarkozy: 53, 06 %
Ségolène Royal: 46,94 %
Abstention: 16,3 %

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Antoine Chollet

Antoine Chollet est né au Locle, dans le canton de Neuchâtel. Il vit actuellement entre La Sagne et Paris, où il prépare un doctorat.

Il est titulaire d'une licence en sciences politiques de l'Université de Lausanne et d'un master en histoire et théorie du politique de l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Paris.

Il a été très actif dans l'organisation de la Conférence suisse des Parlements des jeunes en 2001.

En 2006, il publie un essai, «La Suisse, nation fêlée», aux Presses du Belvédère.

Postulat de base: Les nations européennes se construisent fondamentalement autour de quatre éléments: un État centralisé, un territoire, une histoire et un peuple. Dans leur plénitude, ces quatre éléments manquent à la Suisse. Celle-ci a tenté de combler cette «fêlure nationale» en édifiant des mythes politiques rassembleurs, parmi lesquels la neutralité armée, le consensus, le fédéralisme ou la démocratie.

Il travaille actuellement à Paris à une thèse en théorie politique à l'IEP sur les rapports entre le temps et la démocratie.

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