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Prise de température dans les stations de ski

Les remontées mécaniques du Titlis visent des sommets.

(Keystone Archive)

Le tourisme suisse doit se remettre radicalement en question pour faire face au réchauffement de la planète et à une compétition croissante.

A commencer par les 650 sociétés suisses de remontées mécaniques, principale force économique de la plupart des régions de montagnes.

Après avoir connu son apogée dans les années 1980, la popularité des sports d'hiver en Suisse a décliné au cours de la décennie suivante.

Un phénomène dû à la compétition sans pitié entre compagnies aériennes qui a rendu les destinations ensoleillées du sud plus abordables. Mais qui s'explique aussi par l'incapacité des Suisses à moderniser leurs infrastructures et méthodes de marketing ainsi que par l'incertitude liée aux conditions d'enneigement à cause du réchauffement climatique.

Les touristes sont pourtant en train de revenir en masse. Mais la concurrence internationale reste forte et les médias prennent un malin plaisir à annoncer la mort du ski chaque fois qu'un étude sur le réchauffement est publiée, esquintant du même coup l'image de cette industrie.

Si les stations suisses peuvent faire face à la plupart des scénarios de changement climatique, puisque beaucoup d'entre elles sont situées à des altitudes assez élevées pour avoir de la neige, la branche sait que ce n'est pas suffisant pour sa survie.

«Nous voulons étendre notre domaine skiable, cela montre bien que nous sommes persuadés qu'on pourra encore skier ici dans vingt ans», a indiqué Albert Wyler, directeur de Titlis Rotair, la compagnie de remontées mécaniques d'Engelberg, à swissinfo.

Le projet prévoit la construction de remontes-pentes en haute altitude afin de relier la région du Titlis à deux autres stations et ainsi créer un grand domaine skiable de 210 kilomètres de pistes, soit le triple de celui d'Engelberg.

Pas assez grand



«Ces trois stations ont le même problème: elles sont de taille moyenne, a expliqué Albert Wyler. En réunissant nos domaines skiables, nous devenons concurrentiels au niveau international.»

Titlis se situe aussi en tête de la course aux armements en Suisse, avec suffisamment de canons pour recouvrir de neige artificielle la moitié de ses pistes et donc offrir une bonne base aux skieurs, indépendamment des caprices de Mère Nature.

Les promoteurs de Suisse centrale font exactement ce qu'il faut, selon Thomas Bieger, spécialiste du touriste à l'Université de Saint-Gall.

«En définitive, la Suisse comptera une vingtaine de stations capables de répondre à la concurrence internationale et d'investir dans la neige artificielle, nécessaire à la lutte contre un éventuel changement climatique», a déclaré Thomas Bieger à swissinfo.

Terrains vierges



Le spécialiste est également favorable à l'exploitation de terrains vierges, dont l'enneigement est assuré en haute altitude, mais à condition que les stations compensent cette extension en démantelant les installations situées plus bas.

Il relève toutefois que des études ont montré que les remontées de haute altitude génèrent moins de recettes alors qu'elles coûtent plus cher à la construction et à l'entretien. De plus, il met en garde contre un risque accru de dégâts en cas de tempêtes, rendues plus fréquentes par le réchauffement climatique.

De son côté, Monika Jäggi est opposée aux pistes de haute altitude. Cette géographe a dressé l'inventaire des dommages infligés aux montagnes valaisannes par les pistes de ski. Elle affirme que, comme ces pentes sont dépourvues de végétation, elles ont tendance à s'éroder. Or les climatologues prédisent que la fonte du permafrost va augmenter les risques de glissement de terrain.

Souveraineté sur l'environnement



Mais Monika Jäggi est davantage préoccupée par les conséquences de la libéralisation du commerce sur la souveraineté de la Suisse.

Dans une étude mandatée par une organisation non gouvernementale suisse, la Déclaration de Berne, elle indique que l'Accord général sur le commerce des services (GATS), signé par la Suisse, nuit aux efforts de préservation des régions de montagne.

«Le GATS vise à abattre les barrières au commerce et les réglementations sur l'environnement sont considérées comme telles», a-t-elle expliqué à swissinfo.

La géographe ajoute que la Suisse n'a pas réussi à imposer de restrictions à l'accès des étrangers au marché, ce qui signifie que de gros investisseurs internationaux auront toute latitude pour développer des «méga-stations» en Suisse, sans aucun respect de l'environnement.

Le gouvernement a créé un dangereux précédent en 2006, selon Monika Jäggi, en faisant une exception à la loi fédérale sur l'acquisition d'immeubles par des étrangers et en permettant à l'Egyptien Samih Sawiris de réaliser son projet de vaste complexe touristique à Andermatt.

A l'avenir, ce genre de conflit sera arbitré par l'Organisation mondiale du commerce et non pas par le gouvernement helvétique, regrette-t-elle.

swissinfo, Dale Bechtel
(Traduction de l'anglais et adaptation: Isabelle Eichenberger)

Faits

La Suisse compte 650 sociétés de remontées mécaniques.
Avec 11'000 employés, elles constituent une force économique importante dans les régions de montagne.
Elles affichent un chiffre d'affaires combiné de 840 millions de francs par an, dont 25% sont réinvestis ans l'entretien ou la construction de nouvelles infrastructures.

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