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Proche de l'asphyxie, Lugano cherche à s'agrandir

Entre le lac et la montagne, Lugano est à l'étroit.

(Keystone)

A moins de voir bientôt bétonner ses derniers mètres carrés disponibles, Lugano mise sur une fusion avec les communes avoisinantes. Certaines sont tentées par les avantages financiers. D'autres, comme les «communes dorées», renâclent devant l'«impérialisme» de la ville. Mais l'histoire est aussi politique, comme toute chose au Tessin.

Faute de pouvoir prendre ses aises à Lugano, sise entre lac et montagne, l'UBS a déménagé à Manno. C'est un signe: il devient impératif pour la ville tessinoise de trouver une solution à la pénurie de terrains constructibles et d'espaces verts qui commence à devenir inquiétante.

Histoire de se recréer un «poumon vert», Lugano a donc entamé des tractations autour d'un projet de fusion d'ici à 2004 avec Gandria, Pregassona, Pazzallo, Pambio-Noranco, Cureggia, Davesco-Soragno, Val Colla, Bogno, Certara ou Cimadera. Ces dix communes, qui regroupent quelque 12 000 habitants et sont en difficulté, se montrent plutôt empressées.

Selon une enquête de l'ats, le maire-adjoint, Erasmo Pelli, estime que la fusion coûterait dans les 10 millions de francs. Pas de problème pour Lugano, qui escompte un bénéfice de 30 millions de francs pour la seule année 2001.

La difficulté est plutôt d'ordre géographique. Car certaines des communes prêtes au mariage sont situées plus haut dans la vallée, jusqu'à 15 kilomètres de distance. Et puis, entre les deux, il y a les municipalités riches, telles que Viganello, Paradiso, Breganzona ou Massagno. Et elles ont les moyens de préserver leur autonomie.

En fait, la «fusionnite» touche tout le canton, mais elle recouvre un double phénomène: d'une part les villages et, de l'autre, les agglomérations. D'abord, il y a le processus inéluctable des fusions de petites communes rurales, propre à toute la Suisse du reste, où le mouvement s'accélère. Il est temps: car, le nombre de communes n'a diminué que de 10% environ en cent cinquante ans alors qu'il va jusqu'à 80% dans certains pays d'Europe.

Face aux difficultés financières et de recrutement, celles-ci cherchent à retrouver une certaine capacité administrative afin d'être en état de fonctionner.

Résultat: une trentaine de projets de fusion sont en discussion, impliquant près de cent communes. Cela s'explique par le très fort impact de la crise des années nonante sur le Tessin. Selon notre confrère Libero D'Agostino, «seules 45 communes - sur 239 - jouissent aujourd'hui d'une autonomie financière».

Le mouvement a commencé en septembre dernier, avec la fusion de six communes du val Capriasca, contestée puisque les habitants de Sala ont été jusqu'à saisir, en vain, le Tribunal fédéral.

D'autre part, la situation de Lugano relève d'un autre phénomène propre, lui, aux agglomérations. On le retrouve par exemple à Fribourg, qui cherche à s'associer avec sa «ceinture dorée».

Selon Nils Soguel, professeur à l'Institut de hautes études en administration publique, «les communes-centres cherchent en toute logique à faire participer les municipalités de la périphérie à leur fonctionnement. Les résidents de ces dernières bénéficiant des prestations qu'elles offrent dans les domaines sportif, culturel ou même social, elles cherchent à lutter contre les effets de débordement de ces prestations et à récupérer une participation financière».

L'argent est donc, là encore, le nerf de la guerre. S'il est plutôt aisé de régler les problèmes d'aménagement du territoire, il en va tout autrement lorsqu'il est question d'harmoniser les régimes fiscaux.

C'est du reste la raison pour laquelle les deux autres projets de fusion d'agglomération, Chiasso et Locarno, ont du mal à progresser, en raison du peu d'attrait de ces municipalités moins prospères que Lugano pour leurs voisines.

Au Tessin, l'affaire se complique encore par des traditions politiques propres, selon un spécialiste de l'Administration cantonale: «la discussion divise le canton depuis cent ans et elle est très significative des relations particulières entre le canton (305 000 habitants), ses communes et Lugano, dont la puissance est disproportionnée. Le poids économique et politique de la troisième place financière suisse continue de s'accroître, alors que tout le reste du canton est en difficulté.» Ce n'est pas un hasard si le maire de Lugano est traditionnellement surnommé «le sixième conseiller d'Etat».

Mais il y a encore ces rivalités intercommunales qui bloquent la discussion entre municipalités démocrate-chrétiennes et libérales-radicales. Et là, on quitte le terrain des préoccupations, techniques, financières ou liées à l'aménagement du territoire. Après tout, on est au Tessin, où la vie est marquée par des relations claniques avant tout.

Isabelle Eichenberger

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