Que deviennent les poissons d'eau douce dans la mer?

Ce contenu a été publié le 16 juillet 2003 - 13:32

Chaleur écrasante. Les bleus du ciel et de la mer se rejoignent, s’entremêlent. De la côte camarguaise, où va commencer mon périple, mon regard balaie la Méditerranée… Où sont les truites et autres sandres, qui, comme moi, ont mis le cap au sud?

Dorades, rougets, rascasses s’affichent sur les étals des poissonniers de Port Saint-Louis, à l’embouchure du Grand Rhône. Et les autres, alors? Ceux qui sont venus de loin, qui ont descendu le fleuve pour venir à la rencontre de la mer, que sont-ils devenus? Envolés? Impitoyablement assassinés par le sel? Ou ont-ils simplement rebroussé chemin?

La réponse, je vais la trouver quelques kilomètres plus au nord, à la station biologique de la Tour du Valat, à côté de l’Etang du Vaccarès. Ici travaille le Genevois Alain Crivelli, docteur en biologie, spécialisé dans les poissons d’eau douce et les oiseaux piscivores.

Pas de chance, il est absent ce jour-là. Mais le téléphone conviendra. «La plupart des poissons ne vont pas jusqu’au delta, ils restent en eau douce. Il n’y a que les espèces migratrices comme les aloses, les truites de mer, les anguilles, qui vont en mer», dit-il.

Selon le débit du Rhône, la salinité remonte plus ou moins loin en amont, parfois jusqu’à 30 kilomètres de la côte. C’est ce qu’on appelle le ‘coin salé’. Dès que le poisson sent qu’il y a trop de sel, il fait demi-tour. «Mais on peut trouver des sandres ou des chevesnes jusqu’à 10 km de la mer», précise le scientifique.

Des poissons suisses, si je puis dire, auraient-ils donc pu m’accompagner jusqu’à la Méditerranée ou presque? Dans l’absolu, oui. Dans la réalité, non: «Le plus gros problème, c’est les barrages: il y en a plus de quarante entre Genève et Arles. La fragmentation du Rhône par les barrages est un réel problème pour les poissons, un obstacle plus important que la pollution» constate Alain Crivelli.

Quoi qu’il en soit, je vais pouvoir me faire ce soir un filet de sandre acheté au marché, non? Pas vraiment. «Même à Arles, il y a très peu de poisson d’eau douce, car les gens préfèrent le poisson de mer. Il y a une tradition culinaire importante. Un pêcheur qui ramassera beaucoup de sandres aura bien de la peine à les vendre.»

Comme quoi la gastronomie est avant tout affaire de culture. Il est vrai qu’on imagine mal un Helvète se préparer une fondue à base de fromage de Hollande. Même si celui-ci a suivi le cours du Rhin.

swissinfo, Bernard Léchot à Port Saint-Louis.

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