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Réfugiés palestiniens Le timing (im)parfait du rapport de l'UNRWA

Pierre Kraehenbuel et Ignazio Cassis

Pierre Krähenbühl (à gauche) et Ignazio Cassis visitent un centre de formation de l’UNRWA à Amman lors d’une visite de 3 jours du chef de la diplomatie suisse en Jordanie en mai 2018.

(© Ti-press)

Depuis la révélation d’un rapport interne très critique, l’agence de l’ONU en charge des réfugiés palestiniens (UNRWA) et son chef, le Suisse Pierre Krähenbühl, sont sur la sellette. Politologue basé à Genève, Daniel Warner interroge le calendrier de ces révélations et donne son point de vue. 

C’est en décembre dernier que le rapport du département éthique de l'agence a été envoyé au Secrétaire général des Nations unies. Son existence a été rendue publique la semaine dernière, suite aux révélations de la presse. Ce document décrit comme «crédibles et corroborés» de graves abus éthiques commis par de hauts dirigeants de l’agence, dont son Commissaire général, le Suisse Pierre Krähenbühl.

Parmi les accusations figurent celles «d'agissements à caractère sexuel inappropriés, népotisme, représailles, discriminations et autres abus d'autorité, (commis) à des fins personnelles, pour réprimer des divergences d'opinion légitimes».

(1)

L'affaire UNRWA

19h30, 30.07.2019 (RTS)

Bien que le rapport traite uniquement du fonctionnement interne de l'organisation, il est rigoureusement impossible, dans cette affaire, de séparer le politique de l'éthique. Pourquoi, dès lors, pose-t-on maintenant des questions éthiques au sein de l'UNRWA Lien externe?

Daniel Warner est un politologue helvético-américain, ancien adjoint au directeur du Graduate Institute (Institut des hautes études internationales et du développement), à Genève.

(Courtesy)

Alors que les tensions sont vives entre les autorités palestiniennes et Israël dans le cadre du plan de paix de l’administration Trump, le rapport douche les espoirs d’améliorer la vie de millions de Palestiniens déplacés. Ils dépendent de l'UNRWA pour des services sociaux tels que les écoles et les hôpitaux. Des générations de Palestiniens se retrouvent bloqués dans des camps, l’UNRWA faisant tout pour alléger leurs souffrances.

Le rapport fait-il partie d'une stratégie plus vaste? En critiquant publiquement l'UNRWA, les puissances qui espèrent forcer les Palestiniens à signer un accord veulent-elle enterrer toute promesse de droit au retour? Lorsque les États-Unis ont décidé de cesser de financer l’UNRWA en 2018, un porte-parole de l’Autorité palestinienne a laissé entendre que les États-Unis utilisaient l’aide humanitaire pour faire chanter et faire pression sur les dirigeants palestiniens pour qu’ils se soumettent à un plan fumeux qualifié d’«accord du siècle».

«Une partie du problème»

Comme on pouvait s'y attendre, les réactions au rapport ont été immédiates. Le ministère suisse des Affaires étrangères (DFAE) a annoncé la suspension temporaire de ses versements à l’UNRWALien externe. L’année dernière, le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, avait publiquement critiqué le rôle de l'UNRWA après une visite en Jordanie. Il avait déclaré qu'il serait impossible de faire la paix entre Israël et l'Autorité palestinienne car «tant que les Palestiniens vivront dans des camps de réfugiés, ils voudront retourner dans leur pays d'origine».

«Pendant longtemps, l'UNRWA était la solution à ce problème, mais aujourd'hui, il fait partie du problème, estimait le chef de la diplomatie. L’Agence fournit les munitions pour continuer le conflit. En soutenant l'UNRWA, nous maintenons le conflit en vie. C’est une logique perverse.»

Après la révélation du rapport, les critiques pleuvent, à l’instar du Jewish News Syndicate: «Bien qu’il ne soit normalement pas agréable de jubiler devant les malheurs des autres, la schadenfreude suscitée par la nouvelle d’un comportement inapproprié se déroulant derrière les murs de cette organisation particulièrement vile était justifiée.»

Une journaliste israélienne, Ruthie Blum, a tenté de poser un autre clou dans le cercueil de l'agence: «Rien de moins que de fermer l'UNRWA ne sera satisfaisant, car son existence même est une arnaque criminelle... En attendant, réconfortons-nous avec cette humiliation publique bien méritée.»

Les États-Unis ont mis fin à tout financement de l'UNRWA en 2018, avant le scandale actuel, décrivant l'organisation comme «irrémédiablement viciée».

Sur la corde raide

La séparation entre humanitaire et politique n’est pas aussi nette que ce que beaucoup pensent. Des organisations telles que l'UNRWA ne font que très peu de différence entre aider ceux qui en ont besoin et prendre parti dans un conflit. Face aux accusations, l'UNRWA a répondu qu'il «fait probablement partie des agences les plus scrutées compte tenu de la nature du conflit et de l'environnement complexe et politisé dans lequel il évolue».

Tout abus grave au sein de l'UNRWA doit être examiné et sanctionné. Cela va sans dire. Et compte tenu du caractère sensible de leurs activités, des organisations telles que l'UNRWA devraient être particulièrement vigilantes quant à leurs actions. Mais le moment des révélations actuelles arrive certainement à un moment opportun pour ceux qui veulent faire pression sur les Palestiniens pour obtenir un accord de paix. Et qu'en est-il de tous les réfugiés qui dépendent de l'UNRWA pour des services de base? Sont-ils encore une fois oubliés, comme ils le sont depuis 70 ans?

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de swissinfo.ch.


Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand, swissinfo.ch

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