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Rencontre au sommet franco-suisse Macron-Berset: pas de traitement de faveur à attendre

Emmanuel Macron et Alain Berset avaient déjà eu l'occasion de se rencontrer en octobre 2017 à l'occasion du Salon du livre de Francfort, où la francophonie était à l'honneur. 

(PETER KLAUNZER / Keystone)

Alain Berset se rend ce mercredi à Paris pour rencontrer son homologue français Emmanuel Macron. Malgré sa bienveillance à l’égard de la Suisse, il ne faut pas attendre du président français la moindre concession dans le dossier européen, estime Gilbert Casasus, politologue et professeur en Etudes européennes à l’Université de Fribourg.

swissinfo.ch: Dans quel contexte se déroule cette deuxième rencontre au sommet franco-suisse – Doris Leuthard s’était rendue à l’Elysée en juillet 2017 - depuis l’élection d’Emmanuel Macron?

Gilbert Casasus: Après l’ère Sarkozy (2007-2012), qui a été exécrable pour les relations franco-suisses, on a assisté à un réchauffement très important de la relation bilatérale durant le quinquennat de François Hollande (2012-2017). L’apogée de cette amitié retrouvée a été le voyage officiel de François Hollande en Suisse en avril 2015. Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron poursuit sur cette lancée positive, avec des échanges officiels très fréquents et constructifs entre les deux pays.

«S'il y a un domaine dans lequel Emmanuel Macron ne cèdera pas, c'est l'Europe!»

Fin de la citation

En début d’année, à l’occasion du Forum économique mondial de Davos, Emmanuel Macron a pourtant passablement énervé le gouvernement suisse en l’accusant de faire du pique-assiette («cherry picking») dans ses négociations avec l’Union européenne (UE). Est-il vraiment l’helvétophile que certains voulaient voir lors de son élection?

Pour Emmanuel Macron, être pro-européen ne signifie pas être anti-suisse. Son message sur le «cherry picking» doit être entendu comme suit: ‘L’Europe est une priorité pour nous. Si vous voulez une bonne relation bilatérale, vous devez accepter notre position pro-européenne’. C’est ce qu’il va probablement encore une fois répéter à Alain Berset mardi. 

Emmanuel Macron vit une rentrée politique extrêmement difficile: il doit faire face à la démission de plusieurs de ses ministres et sa cote de popularité est au plus bas. Les élections européennes de 2019 seront un rendez-vous crucial pour lui et son jeune parti, «La République en Marche». S’il y a un domaine dans lequel il ne cédera pas, c’est l’Europe.

L’UE - et donc son plus ardent défenseur, Emmanuel Macron - ne fera pas de cadeau à la Suisse au moment même où elle adopte une position extrêmement dure et inflexible à l’égard de la Grande-Bretagne, estime le politologue Gilbert Casasus.

(swissinfo.ch)

Le gros enjeu du moment pour la Suisse, c’est la signature d’un accord-cadre institutionnel avec l’UE. Quelle est la position d’Emmanuel Macron à ce sujet?

La position française correspond en tous points à celle défendue par la Commission européenne. Emmanuel Macron veut conclure un accord solide avec la Suisse. Il n’y a pas de dérogation ou d’exception à attendre de la France.

+ Pour en savoir plus sur le fameux accord cadre institutionnel

Emmanuel Macron est aujourd’hui isolé au sein l’UE. Face à la montée en puissance des eurosceptiques, n’a-t-il tout de même pas intérêt à éviter toute crise avec un Etat tiers aussi important que la Suisse et donc à trouver une solution qui soit la plus pragmatique possible?

Précisément, alors qu’il est déjà pris sous le feu croisé des Salvini (Italie) et autre Orban (Hongrie) à l’intérieur même de l’UE, Emmanuel Macron n’a aucun intérêt à céder à des pressions externes s’il entend maintenir son cap européen. Le gouvernement suisse - et en particulier son ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis - fait une grave erreur en imaginant que la Confédération aura droit à un traitement de faveur ou à un accord au rabais.

L’UE - et donc son plus ardent défenseur, Emmanuel Macron - ne fera pas de cadeau à la Suisse au moment même où elle adopte une position extrêmement dure et inflexible à l’égard de la Grande-Bretagne. Rappelons que le négociateur en chef de l’UE en charge du Brexit n’est autre que le Français Michel Barnier, qui bénéficie du soutien total d’Emmanuel Macron.

«Le gouvernement suisse fait une grave erreur en imaginant qu'il aura droit à un traitement de faveur ou à un accord au rabais»

Fin de la citation

Quels seront les autres thèmes importants abordés lors de cette visite officielle?

L’achat du nouvel avion de combat de l’armée suisse sera le véritable plat de résistance de cette rencontre entre Emmanuel Macron et Alain Berset. Pour la France, qui est en lice avec le Rafale du constructeur Dassault, il s’agit d’un dossier de toute première importance. Preuve en est l’ouverture récente par Dassault d’un bureau de liaison à Berne.

L’enjeu est colossal sur le plan commercial, évidemment, puisque le contrat se monterait à plusieurs milliards d’euros. Mais aussi au niveau politique et symbolique. Si la Suisse privilégiait un avion anglo-saxon ou américain, ce serait un signal très mal perçu en France et au sein de l’UE.  

La nouvelle réglementation concernant l’indemnisation des travailleurs frontaliers au chômage pourrait-elle constituer une pomme de discorde entre Emmanuel Macron et Alain Berset?

C’est possible. Mais plus généralement, c’est la remise en question de la libre circulation des personnes qui inquiète les deux chefs d’Etat. Car il faut rappeler que la libre circulation n’est pas seulement à l’avantage de la France: les entreprises suisses profitent largement des plus de 170'000 frontaliers français qui viennent chaque jour travailler en Suisse. A titre d’exemple, l’industrie horlogère suisse aurait bien de la peine à exister sans la cohorte de techniciens formés dans le Jura français.

«L’achat du nouvel avion de combat de l’armée suisse sera le véritable plat de résistance de cette rencontre entre Emmanuel Macron et Alain Berset» 

Fin de la citation

+ Pour en savoir plus sur les nouvelles règles concernant le chômage des frontaliers

Cette rencontre a lieu quelques semaines avant l’ouverture du procès pour fraude fiscale contre UBS à Paris. Ne risque-t-on pas de rouvrir les plaies d’un différend fiscal que la France se réjouissait pourtant d’avoir réglé?

Le risque existe en effet que le procès contre UBS fasse rejaillir certains sentiments anti-helvétiques. L’abandon du secret bancaire par la Suisse est bien souvent passé inaperçu dans l’Hexagone. Côté français, un gros travail d’explication est nécessaire pour montrer qu’on ne se situe plus dans le contexte de l’évasion fiscale massive qui prévalait avant le début des années 2010.

Quant à la Suisse, si elle veut enfin se départir de l’image de paradis fiscal qui lui colle à la peau, elle devrait reconnaître ses erreurs et cesser de toujours se poser en victime de ses ‘grands méchants voisins’. Cette position irrite énormément en France, mais aussi en Allemagne et en Italie.

Pour conclure sur un plan plus personnel, Alain Berset et Emmanuel Macron sont deux politiciens jeunes, ambitieux et brillants, qui partagent une même vision pro-européenne et défendent avec ardeur le multilatéralisme. Sont-ils fait pour s’entendre?

Oui, et les parallèles ne s’arrêtent pas là. Alain Berset est totalement Macron-compatible sur le plan des idées politiques et appartient lui aussi à cette nouvelle génération de personnalités politiques dotées d’un très grand esprit d’ouverture. 

Ils sont par ailleurs tous les deux très soucieux de l’image de marque de leur pays à l’étranger. Enfin, comme Emmanuel Macron, Alain Berset manifeste un grand intérêt pour la francophonie et la défense de la langue française, ce qui n’est pas toujours le cas des présidents helvétiques.

Relations bilatérales et politique européenne

Emmanuel Macron et Alain Berset se rencontrent le 12 septembre à Paris dans le cadre d’une visite officielle. Au menu des discussions figureront notamment les relations bilatérales entre la Suisse et la France et la politique européenne. «Les présidents (français et suisse) s’entretiendront également de la francophonie et de la situation au Proche-Orient», selon un communiquéLien externe du Département fédéral de l’Intérieur (DFI), dirigé par Alain Berset.

Le président de la Confédération visitera par ailleurs diverses institutions culturelles, notamment l’Institut Giacometti, qui a ouvert ses portes au mois de juin, ainsi que des startups.

Plusieurs dossiers qui avaient assombri les relations entre les deux pays ont pu être réglés dernièrement, soulignent les services d'Alain Berset. «Cela concerne notamment l'échange de données fiscales et la fiscalité applicable à l'aéroport de Bâle-Mulhouse (EuroAirport); sur ce dernier point, l'accord est entré en vigueur au début 2018», écrit le DFI.   

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Vous pouvez contacter l’auteur de cet article sur Twitter: @samueljabergLien externe

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