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Rendre leur voix aux images de l'horreur

Image prise par le reporter français Eric Schwab: civil effondré devant le corps d'un détenu carbonisé, Thekla, avril 1945. (AFP)

Après Paris c'est en Suisse, au Fotomuseum de Winterthur, que s'arrête une exposition-événement. C'est en effet la première fois qu'est retracée l'histoire précise des images des camps de concentration et d'extermination nazis. Derrière le choc de l'horreur, il y a le document.

Difficile à voir, l'exposition que montre, dès ce week-end, le Fotomuseum de Winterthur. Elle documente les camps nazis, avec des photos de la période de leur fonctionnement, dès 1933, des photos de leur libération, en 1945, et des photos d'aujourd'hui, celles des lieux, des objets, des rescapés.

Chacun, un jour au moins, a vécu le choc de ces images: les tas de cadavres décharnés, le regard de souffrance des survivants, les corps torturés. Des images gravées dans notre mémoire et qui font partie, depuis la fin de la guerre d'une «pédagogie par l'horreur», visant à révéler et condamner la barbarie nazie.

Aujourd'hui il faut aller au-delà: c'est le message de cette exposition, mise sur pied par Patrimoine photographique, l'organisme qui gère les collections appartenant à l'Etat français. Aller plus loin en expliquant non pas l'histoire des camps, mais l'histoire des photographies des camps.

Une histoire qui a brouillé beaucoup de pistes. Souvent l'information fait défaut, quant à l'auteur, la date et le lieu de la prise de vue, sa description. Le document perd ainsi de sa substance. Les images deviennent muettes. D'où, aussi, un certain nombre de méprises, de contresens et d'utilisations erronées.

Si on en est arrivé là, comme l'explique Clément Chéroux, l'un des commissaires de l'exposition, c'est «parce que l'on a beaucoup plus utilisé ces photographies pour leur portée symbolique que pour leur valeur documentaire. Pour faire des icônes de l'horreur, pour choquer, la photographie suffit, la légende n'est pas importante».

Il a donc fallu remonter à la source de l'image et retrouver son contexte précis, son revers, afin de reconstituer la réalité historique. D'ailleurs, comme le relève Clément Chéroux, «l'imprécision, le mésusage de ces images, c'est du pain béni pour les négationnistes».

Il invoque également un devoir de mémoire: «Faire en sorte que cette mémoire se constitue non pas sur des icônes de l'horreur, mais sur des documents historiques précis, avec les clés pour réaliser une analyse, voire une critique de l'image».

Enfin, cette exposition présente également le regard de photographes contemporains sur les camps. Certains ont photographié des survivants, d'autres les lieux ou les objets conservés dans les mémoriaux. Des images qui ne parlent pas des événements eux-mêmes, mais du rapport que nous entretenons aujourd'hui avec eux.

Pierre Gobet, Zurich

«Les camps, mémoire visuelle des camps de concentration et d'extermination nazis (1933-1999)», du 7 avril au 3 juin 2001, Fotomuseum, Winterthur.


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