RETROSPECTIVE 1999: Cannes tremble dans son glamour

23 mai 1999: le Jury présidé par David Cronenberg choisit un palmarès inattendu.

Ce contenu a été publié le 31 décembre 1999 - 09:07

23 mai 1999: le Jury présidé par David Cronenberg choisit un palmarès inattendu.

Au Festival de Cannes, le jury présidé par le réalisateur canadien David Cronenberg (photo) préfère deux petits films d'auteurs belges et français du Nord: le scandale fait rage et le festival le plus glamour du monde craint de perdre la participation des américains. Le choix du jury est pourtant cohérent, mais pas assez commercial sans doute. Jusqu'où va la liberté d'appréciation dans les festivals?

Ce dimanche de mai, ce n'est plus un palmarès, c'est une bombe. Les choses se sont corsées avec le prix d'interprétation masculine remis à Emmanuel Schotté pour «L'Humanité» (désespérément inédit en Suisse), puis celui de l'interprétation féminine à Séverine Caneele pour le même film. Tous deux sont des acteurs amateurs qui ne feront sans doute plus jamais de cinéma, et le film de leur metteur en scène, Bruno Dumont, est l'un des rares à avoir profondément clivé le public cannois. Mais Cannes a soif de stars.

En chargeant sa propre barque d'un Grand Prix au film de Bruno Dumont lui-même, le Jury n'a pas fait dans la dentelle. Avec la Palme d'or remise à Rosetta (alors que son interprète, la débutante Emilie Dequenne, venait d'être récompensée, ex-æquo, du Prix d'interprétation féminine), il a enfoncé le clou. Au dîner officiel qui suit la cérémonie, les plaintes se font encore plus ouvertes: on y oppose les films «sociaux» et «pessimistes» élus par le Jury au glamour dont Cannes devrait être le reflet. L'autre angle de tir favori des détracteurs du palmarès consiste à s'insurger contre le fait que les Américains n'ont rien récolté. La colère éditorialisée s'empare d'à peu près tous les médias.

Or un jury est là pour faire un choix. Et celui réuni autour de David Cronenberg l'a fait. Et voilà pourquoi la palme du Festival de Cannes 1999 est historique. Comme pour se parer d'un tel coup en l'an 2000, Cannes a déjà choisi son président du Jury 2000 parmi les chantres du cinéma du populaire: Luc Besson. Est-ce un bon calcul? Car, méfiance, Besson, qui a soif de reconnaissance auprès de la critique et des intellectuels, pourrait se montrer plus radical encore que David Cronenberg. Cannes est déjà l'un des grands suspenses de l'an 2000.

Thierry Jobin

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article