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Roger Federer, un champion aux multiples facettes

Rafael Nadal console Roger Federer après la finale de l'Open d'Australie 2009. Keystone

Annoncé sur le déclin avant d'être consacré meilleur joueur de tous les temps, Roger Federer est passé par tous les états d'âmes ces deux dernières saisons. Alors qu'il joue samedi la demi-finale du tournoi de Bâle, deux spécialistes reviennent sur cette période mouvementée.

Ce contenu a été publié le 07 novembre 2009 - 15:08

Petit rappel des faits. Février 2008. Federer s'incline en demi-finales de l'Open d'Australie face à Novak Djokovic. S'ensuit une période difficile qui verra le Bâlois perdre son titre à Wimbledon puis céder sa place de numéro un mondial à Rafael Nadal. L'or olympique en double à Pékin et un 5e sacre d'affilée à l'US Open permettra de sauver une saison comme Federer n'en avait plus connu depuis 2003, point de départ de sa domination sur le circuit.

Rebelote début 2009. Battu en finale de l'Open d'Australie, forfait pour le match de Coupe Davis face aux Etats-Unis puis enchaînant les défaites au printemps, Federer se trouve à nouveau sous le feu des critiques. La presse l'accuse notamment de manquer de patriotisme en raison de ses absences répétées en Coupe Davis.

Tout cela semble bien vite oublié avec ses victoires à Roland-Garros et Wimbledon. Mais certaines cicatrices resteront. Helen Scott-Smith, journaliste indépendante, 25 années à couvrir le tennis en anglais, allemand et français, suit la carrière de Roger Federer depuis qu'il a 14 ans: «C'est le garçon le plus sensible que je connaisse et il a été fortement ébranlé en lisant les commentaires dans la presse suisse. Je pense que certains de mes collègues ont parfois fait preuve d'un énorme manque de respect après tout ce qu'il avait apporté à son pays. Aux Etats-Unis, on a appris à l'aimer lorsqu'il est redevenu humain, alors qu'en Suisse, on lui a tiré dessus».

Très agacé

Cécile Soler, préposée à la rubrique «tennis» au quotidien français Le Figaro depuis 1992, a constaté «un très fort agacement» lorsque Roger Federer se présentait face aux médias après certaines défaites du début de saison. «Car en règle générale, c'est probablement le meilleur communicant du circuit, le plus aimable et le plus franc également».

Sans avoir lu la presse suisse incriminée, la journaliste française estime toutefois que les médias sont en général extrêmement bienveillants à son égard. «S'il avait enduré seulement le 10% du pensum de Richard Gasquet, alors là on pourrait commencer à s'inquiéter. Et je ne vous parle même pas de la pression que mettent les tabloïds anglais sur Andy Murray», poursuit Cécile Soler.

La journaliste estime que la presse a bien fait son travail. «Si Federer refuse de donner des informations sur son état de santé, ce qui peut être compréhensible par rapport à ses adversaires, nous nous concentrons sur les difficultés psychologiques qu'il rencontre, notamment face à Rafael Nadal. Et force est de constater qu'il a longtemps semblé résigné face à l'Espagnol sur la terre battue».

Tout sauf lisse

Extrêmement poli, très attentif à l'image qu'il véhicule, Roger Federer n'en est pas moins un personnage aux multiples facettes. Lorsqu'il brise sa raquette en plein match au tournoi de Miami en avril 2009, les psychologues sportifs du monde entier sont invités à commenter l'événement.

«Je m'évertue depuis longtemps à expliquer à mes lecteurs que Federer est quelqu'un de tout sauf lisse. Il a une dimension dramatique et une vraie personnalité. Je dirais même un côté très latin et cosmopolite. Ce n'est pas du tout l'image qu'on se fait habituellement des Suisses», affirme Cécile Soler.

Helen Scott-Smith abonde dans ce sens. «Il a un côté très décontracté et ouvert qui lui vient de sa mère sud-africaine. Mais quand il a une idée en tête, on ne peut pas la lui enlever. Cette force de caractère lui vient certainement de son père, un homme obstiné et même un peu bourru».

En larmes

Entêté, voire obnubilé par sa volonté de marquer l'histoire du tennis, Roger Federer a été très affecté quand Rafael Nadal est apparu comme le nouvel homme fort du tennis mondial. «Après chaque défaite, il pleurait comme un petit enfant. En finale de l'Open d'Australie, il a carrément gâché la fête de Rafael Nadal, qui a même dû s'excuser de l'avoir battu!», dixit Helen Scott-Smith.

Le sport est certainement l'une des seules parcelles de l'existence où l'égocentrisme est un vecteur indispensable à la réussite. Mais Helen Scott-Smith regrette cependant que Roger Federer n'ait pas davantage mis en avant le travail de son staff «100% suisse», notamment après ses victoires à Paris et Londres.

«Severin Lüthi, coach inofficiel et proche confident, ainsi que Pierre Paganini, son préparateur physique, ont joué un rôle essentiel dans ses succès. Malheureusement, ils n'ont pas été reconnus à leur juste valeur, et la faute en incombe en partie à Federer».

Intransigeant

Dans ses rapports avec les médias, il y a un sujet sur lequel Roger Federer est intransigeant: il ne tolère pas la moindre critique envers sa femme Mirka, ancienne joueuse de tennis professionnelle, qui s'occupe notamment de ses relations avec la presse.

Pourtant, au sein de la corporation, du moins en coulisses, on n'est souvent pas tendre avec elle. «Elle n'a pas un rôle facile puisque c'est elle qui endosse la casquette de méchante en refusant les interviews aux médias», affirme Cécile Soler.

Helen Scott-Smith, commente, diplomatiquement: «Même si elle ne fait pas l'unanimité, c'est quelqu'un de très important dans la carrière de Federer. Elle s'occupe de tous les à-côtés et le décharge des préoccupations qui n'ont pas trait au tennis».

Pas un tricheur

Chose certaine, affirment les deux journalistes: Federer ne triche jamais. Que ce soit face aux médias ou dans ses relations directes avec le public. «C'est naturel chez lui. Contrairement à beaucoup d'autres joueurs, il prend généralement plaisir à parler aux journalistes», assure Cécile Soler.

Et l'homme aime se rendre autant disponible qu'il le peut. Lundi soir dernier, à l'issue de son premier match à Bâle, le numéro un mondial a passé près de 20 minutes à signer des autographes à la sortie du stade. Quelques heures plus tôt, peu avant la cérémonie d'ouverture du tournoi, le Valaisan Yves Allegro, 120e joueur mondial de double a, lui, superbement ignoré un jeune homme qui voulait le prendre en photo.

Samuel Jaberg, de retour de Bâle, swissinfo.ch

FEDERER ET LA PRESSE

Interviews. Sollicité par les médias du monde entier, Roger Federer n'accorde que peu d'interviews individuelles. Celles-ci sont réservées aux chaînes de télévision ou aux journaux à grands tirages comme le New York Times ou L'Equipe.

Obligatoire. Roger Federer se soumet près d'une centaine fois par année à l'exercice obligatoire des conférences de presse. Les joueurs sont en effet contractuellement tenus par l'ATP de se présenter à ces rendez-vous, sous peine de lourdes amendes. L'an dernier, l'Argentin David Nalbandian s'est par exemple vu infliger une amende de 10'000 dollars pour avoir transgressé cette règle.

En quatre langues. Face à la presse, Roger Federer distille ses analyses en quatre langues - allemand, suisse-allemand, anglais et français -, tout en s'adaptant aux attentes de chaque média. Un exemple? «Il s'exprime de manière beaucoup plus consensuelle en anglais qu'en français», estime la journaliste Cécile Soler. Après avoir perdu contre Nadal à Wimbledon, c'est en français qu'il a sorti la fameuse sentence «c'est un désastre», rappelle-t-elle.

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SWISS INDOORS DE BÂLE

Numéro un. Les Swiss Indoors se déroulent du 31 octobre au 8 novembre 2009 à la Halle Saint-Jacques de Bâle. Fondé par Roger Brennwald en 1970, le tournoi est l'événement sportif le plus important - de par son budget - organisé chaque année en Suisse.

Label 500. Depuis cette année, les Swiss Indoors bénéficient du label 500, qui n'a été décerné qu'à dix tournois dans le nouveau calendrier de l'ATP. Bâle se situe désormais dans la hiérarchie juste derrière les neuf tournois 1000 qui remplaceront les Masters Series. C'est également le 3e plus grand tournoi en salle derrière Paris et Shanghai.

Dotation. Cette promotion a obligé le tournoi à doubler sa dotation, qui est ainsi passée à 2,6 millions de francs. Le budget de l'édition 2009 s'élèvera à 18 millions, contre 16 en 2008. L'an dernier, les Swiss Indoors ont atteint un nouveau record de fréquentation avec 70'900 spectateurs enregistrés durant la semaine.

Légendes. L'histoire des Swiss Indoors regorge de vainqueurs prestigieux. Parmi eux, Björn Borg, Yannick Noah, Stefan Edberg, Jim Courier, John McEnroe, Pete Sampras et bien sûr Roger Federer, vainqueur des trois dernières éditions.

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