Sang haine

Abbas, le porte-drapeau de l’imam Husayn. (Collection Pierre et Micheline Centlivres) swissinfo.ch

A Genève, le Musée International de la Croix-Rouge présente une exposition en phase avec l'actualité.

Ce contenu a été publié le 16 avril 2003 - 16:45

Installations vidéo, affiches, objets profanes et sacrés dénoncent les guerres ou disent, au contraire, le besoin de générosité.

«Le maquillage verbal des 'bombardements' en 'frappes' date de la guerre du Golfe. Il fallait comprendre qu'un bien sortirait du mal nécessaire, comme pour les individus poussés sur le billard, et qu'autour de la cicatrice il n'y aurait pas de bobo».

Paroles du journaliste et romancier français Bertrand Poirot-Delpech. Et lettres d'or projetées par une vidéo sur un plancher noir. Elles dénoncent le cynisme des images que diffusent trois moniteurs. Où l'on observe un graphique au laser qui indique à un supposé bombardier américain sa cible.

Ici on ne voit pas les victimes, ou du moins pas encore. Il faut faire quelques pas dans le dédale des salles sombres pour découvrir que les victimes, ce ne sont pas seulement des personnes innocentes mortes sous les bombes.

Mais également nous, téléspectateurs, consommateurs apathiques soumis à la violence d'un certain cinéma américain. Lequel n'hésite pas à recycler en films les images de guerre ici projetées sur six petits écrans.

L'Histoire convoquée

Jamais sans doute l'actualité n'a été aussi présente au cœur d'une exposition. Intitulée «Sang dessus dessous», celle-ci est organisée, à Genève, par le Musée International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Programmée bien avant le déclenchement des hostilités en Irak, l'exposition étonne par sa capacité à convoquer sur scène l'Histoire en interrogeant la mémoire religieuse et politique.

Il en résulte une contraction du temps qui renvoie dos à dos deux guerres très éloignées dans l'espace. Comme dans cette série d'icônes provenant de l'imagerie populaire islamique. Sur l'une d'elles, figure Abbas, le porte-drapeau de l'imam chiite Hussayn, qui franchit l'Euphrate lors de la bataille de Kerbala en 680, pour aller combattre les Omeyades.

Le sang dans tous ses états

Etonnante aussi est cette exposition dans sa manière de filer la métaphore du sang pour tisser un réseau de connections sociales et sémantiques. L'ensemble donne une multitude d'interprétations qui vont du sacré au profane, du vampirisme le plus délirant au don de soi le plus noble.

Sacré est le sang du Christ, évoqué ici par un calice. Posé sur un autel, cet objet vénéré semble racheter la gourmandise affichée par une femme qui, sur un grand écran, déguste savoureusement un morceau de boudin.

Vampirique est en revanche l'appétit d'un Dracula qui sourit à pleines dents sur un poster. Sa soif criminelle répond, sur le mode ludique, à la générosité du donneur de sang. Lequel exhibe sa philanthropie sur les nombreuses affiches qui signent l'identité de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge international.

swissinfo, Ghania Adamo

«Sang dessus dessous». Genève, Musée International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Jusqu'au 10 août.

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article