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Santana, un cadeau en trois couleurs

Carlos Santana et Angélique Kidjo: une soirée hors-normes à Montreux.

(Keystone)

Le bleu du blues, le rouge du feu latino, le blanc de la paix… Au Jazz Festival de Montreux, Carlos Santana a été le pilier de trois soirées distinctes. L’occasion de constater une fois de plus la richesse et la vigueur du guitariste d’origine mexicaine.

La première fois que Carlos Santana joua à Montreux, c’était en juin 1970, soit moins d’une année après Woodstock, où son «Soul Sacrifice» en fusion explosa à la figure de la planète pop d’alors.

34 ans plus tard, après être devenu un habitué des lieux, Santana est revenu pour proposer un cadeau rare à ce festival qu’il affectionne: trois soirées, trois approches, pour dire, guitare à la main, son enracinement viscéral au Sud et son rêve d’un monde meilleur.

Jeudi: hymnes à la paix

Il y a belle lurette que le jeu enflammé du guitariste chicano se double d’un discours spiritualisant – parfois agaçant - et pacifiste. Pour son ultime soirée à Montreux, jeudi, Carlos Santana a décidé de lui donner un cadre musical en consacrant un spectacle entier aux «Hymns for Peace».

«Ce sera certainement le plus grand moment des 38 ans de festival», annonce Claude Nobs, toujours bon vendeur. A ce point? Et si c’était vrai…

Sur scène, le groupe entier de Santana, soit une dizaine de musiciens parmi lesquels figurent la fabuleux batteur Dennis Chambers et le remarquable clavier Chester Thompson.

Puis arrivent Herbie Hancock, Chick Corea, Salvador Santana, le fils du maître, pour les claviers. Le guitariste John McLauglin. Le percussionniste africain Idrissa Diop. Les saxophonistes Wayne Shorter et Ravi Coltrane.

Déjà là, la tête vous tourne. Puis quatre voix féminines suivent: la Béninoise Angélique Kidjo, ainsi que Patti Austin, Barbara Morrison et Sylver Sharp.

Chanson et free jazz

C’est parti pour trois heures de musique(s), un concert comme on en vit rarement. Hommage à Bob Marley d’abord («Redemption Song», «Exodus» notamment), à Dylan ensuite («Just like a Woman», «Blowing in the Wind»). Lennon plus tard, à travers un «Give Peace a Chance» rap et furieux. Mais aussi «Over the Rainbow». Ou «Day O (Banana Boat Song)» d'Harry Belafonte.

Alignement de classiques? Oui, bien sûr, mais porté par des voix incroyables, et surtout par le gotha du jazz, qui apporte des envolées de solistes hallucinants.

La radicalité des contrastes sera particulièrement flagrante lors du 2e set, au cours duquel, entre «Everybody wants to live together», magnifiquement chanté par Steve Winwood (un de plus!) et «Imagine», nécessairement prenant, le spectacle s'envolera avec la danse africaine d’Angélique Kidjo et une longue et époustouflante divagation aux frontières du free jazz.

Herbie Hancock… Wayne Shorter… John McLauglin… Carlos Santana… Dennis Chambers… et le bassiste Benny Rietveld: un «jeune» groupe prometteur.

Incroyable soirée, alternant les surprises, et construisant un formidable pont entre l’Amérique latine, les Etats-Unis, l’Afrique. Et l’Europe… puisque le «Chœur de la Riviera» viendra en conclusion interpréter un «Hymne à la joie» en forme de clin d’œil pour le moins appuyé. Santana a même invité Beethoven.

Mardi: latino!

Le mardi de la même semaine, c’est un hymne à la latinité que Santana avait offert, dans le cadre d’une soirée consacrée à son propre répertoire. Une soirée amorcée par le groupe de son fils, le «Salvador Santana Band», peu convaincant, car par trop plombé de références à la musique de papa.

Complexe filial encore à résoudre? Il faut dire qu’un tel papa prend de la place. Tiens, ce soir-là, Carlos Santana est aussi resté trois heures en scène. Pour un spectacle d’abord axé résolument sur ses deux derniers albums, ceux du grand retour: «Supernatural» et «Shaman».

Avec les tubes incontournables («Put your Lights on», «Maria Maria»), et une déferlante de morceaux dansants et latino en diable («Aye Aye Aye», «Corazon Espinado», «Yaleo»).

Et lorsque Santana décide de regarder en arrière, c’est vers son passé très lointain qu’il se dirige: la fameuse trilogie des débuts, avec des titres comme «Jin-go-lo-ba», «Guajira», «Evil Ways».

Ambiance résolument afro-cubaine, épicée salsa et mariachis, déferlante rythmique, guitare hurlante et prolixe. Santana ce soir-là fait donc quasiment l’impasse sur ce qu’il a produit entre 1972 et 1999, donnant une vraie cohérence à son répertoire, mais, du même coup, élaguant systématiquement toutes les branches atypiques de sa trajectoire.

A l’arrivée, le spectacle, s’il est pour le moins énergique, n’en est pas moins un peu monolithique.

«African black music from America»

Pourtant, au milieu de la soirée, Santana se remémorera sa passion pour le blues et le rock. Comme il l’a fait la veille, lundi, lors de sa première prestation montreusienne, en compagnie de Bobby Parker, de Clarence ‘Gatemouth’ Brown et de Buddy Guy.

Citations de Led Zeppelin («Whole Lotta Love», rappé par son fils) et d’Hendrix. Et l’occasion de décocher quelques flèches: «Dans le monde de Jimmy Hendrix, les notes sont plus importantes que les balles», dit Santana.

Qui n’aime pas George Bush et le clame bien haut. «Ces trois concerts, c’est l’occasion pour nous de vous dire que nous sommes l’autre face de l’Amérique», assène le guitariste qui, peu avant, dédiait la chanson «Evil Ways» (‘mauvaises manières’) au président américain.

Carlos Santana le chicano, qui lorsqu’il évoque le blues, parle d’«African black music from America»… Il est certain que si le Texas de Bush jouxte le Mexique natal de Santana, leurs façons de comprendre les mots «Amérique» ou «Sud» divergent passablement. Un fossé large comme le Rio Grande.

swissinfo, Bernard Léchot à Montreux

Faits

Cette année à Montreux, Carlos Santana a participé à trois concerts:
«Blues Summit», avec notamment Buddy Guy (12 juillet).
«Santana», son propre répertoire (13 juillet).
«Hymns for Peace», avec plusieurs invités prestigieux (15 juillet)

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En bref

- Carlos Santana naît en 1947 dans le village mexicain d’Autlan. Sa famille s'installe à Tijuana en 1955, puis en Californie en 1961.

- Carlos pratique la guitare dès l’âge de 5 ans. Woodstock, en 1969, le révèle à la planète entière. Les succès s’accumulent au cours des années 70 et 80, puis vient l’éclipse.

- Mais le CD «Supernatural», en 1999, connaît un succès phénoménal (plus de 25 millions d’albums vendus). Il sera suivi de «Shaman» en 2002. Son prochain album, en cours de préparation, sera le 38ème de sa carrière!

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