La Suisse apprend à vivre sans argent liquide

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Les apps comme Twint (produit suisse) permettent de payer sans cash et sans contact. zVg

La Suisse a toujours été un pays de l’argent liquide. Mais dans le sillage de l’épidémie de coronavirus, toujours plus de gens dédaignent les espèces sonnantes et trébuchantes. Cette tendance se confirmera-t-elle quand la crise sera passée?

Ce contenu a été publié le 30 avril 2020 - 12:00
swissinfo.ch

Payer cash, dit-on dans le langage courant. Mais à l’heure actuelle, la devise serait plutôt: «l’argent est sale». Et lorsqu’on veut éviter tout contact avec les mains, l’attention se concentre évidemment aussi sur l’argent liquide. Il était déjà considéré comme un vecteur de maladies avant la crise du coronavirus. Selon une étude des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), les virus de la grippe peuvent survivre jusqu’à deux bonnes semaines sur les billets de banque. Le journal «Finanz und Wirtschaft» relève pour sa part que les requêtes sur les risques de l’argent liquide pour la santé ont «véritablement explosé» sur les moteurs de recherche en ligne.

Croissance relative des moyens de paiement électroniques

En chiffres absolus, l’utilisation de tous les types de paiement a fortement diminué depuis la crise. Les occasions de payer se sont considérablement réduites en raison de la fermeture provisoire des commerces spécialisés, des restaurants et des hôtels, ce dont témoignent les chiffres actuels du service de la statistique du canton de Zurich. Mais celui qui paie aujourd’hui préfère souvent le faire sans avoir à toucher des pièces et des billets.

«Pour le moment, on incite les gens à ne pas utiliser d’argent liquide»

Andreas Dietrich, Haute école de Lucerne

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Directeur de l’Institut des services financiers de Zoug rattaché à la Haute école de Lucerne, Andreas Dietrich le confirme. «Actuellement, l’effet est clair. Les gens paient nettement moins souvent avec de l’argent liquide que d’habitude, dit-il. On les incite pour le moment à ne pas en utiliser.»

Tobias Trütsch, économiste spécialisé dans les paiements à l’Université de Saint-Gall, indique que les premiers chiffres font apparaître un changement de comportement. «Les chiffres actuels sur l’utilisation des cartes de crédit montrent que la proportion des paiements sans contact et plus particulièrement des paiements en ligne a augmenté après le confinement. On n’a pas arrêté de promouvoir le paiement sans contact.» Pour ce spécialiste des moyens de paiement, il est bien probable «que l’on constatera un léger recul des paiements comptants» depuis le début de la crise.

Il est déjà établi que la quantité de retraits d’espèces aux distributeurs automatiques a diminué. Selon une évaluation réalisée par Postfinance et publiée par la «NZZ am Sonntag», la baisse enregistrée entre le 16 mars et les 14 avril par rapport à la même période de l’année précédente atteint 48,4%.

Hausse du plafond des paiements sans PIN

Pour payer sans espèces avec une carte de débit ou de crédit, il faut en général introduire un code PIN. Mais de nombreuses personnes craignent de contracter un virus en tapant sur le clavier de l’appareil et préfèrent donc payer sans contact.

Ils peuvent le faire aussi bien avec une carte sans contact, à partir d’un compte dans une des nouvelles banques Fintech ou à l’aide d’une application pour smartphone. Ces dernières sont notamment offertes par Apple Pay, Samsung Pay ou Google Pay. Mais il y a aussi un prestataire suisse: Twint, une entreprise détenue par les banques suisses, Postfinance et SIX Group qui gère la bourse nationale. Aujourd’hui déjà, il est possible de payer sans contact avec Twint chez différents détaillants de Suisse.

«Les exigences d’hygiène plus élevées dopent la demande pour les moyens de paiement mobile grâce auxquels on peut se passer d’argent liquide ou d’une carte nécessitant l’introduction d’un code», a indiqué Twint. Depuis la crise du Covid-19, le prestataire enregistre jusqu’à 7000 nouvelles inscriptions par jour, soit plus du double qu’avant.

«Dans le secteur de l’e-commerce, nous constatons au moins un doublement des transactions et même une multiplication par six pour certains domaines particuliers», écrit encore Twint. Selon l’entreprise, cette tendance devrait se poursuivre parce que «la question de l’hygiène restera très importante à l’avenir.»

Proportion plus basse

Toutefois, les paiements sans cash n’atteignaient qu’un niveau modeste avant la crise: selon une enquête de la Banque nationale suisse (BNS) réalisée en 2017, 70% du total des achats étaient alors effectués en espèces, 22% par carte de débit, 5% par carte de crédit et 3% avec les autres moyens de paiement sans numéraire tels que PayPal.

L’enquête Swiss Payment Monitor 2019 intitulée «Comment la Suisse effectue-t-elle ses paiements?» est plus récente de deux ans. Réalisée par l’Université de Saint-Gall et la Haute école des sciences appliquées de Zurich, elle s’appuie sur d’autres données, ne prenant pas en considération les personnes âgées de plus de 65 ans. Dans ce cadre, l’argent liquide représente 48% des transactions. Les paiements sans argent s’élèvent à 44%, dont un bon tiers sont effectués sans contact.

«Je pense que le comportement de paiement des gens va changer de manière durable»

Tobias Trütsch, Université de Saint-Gall

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Tendance durable?

L’organisation des principaux émetteurs suisses de cartes de crédit, la Swiss Payment Association, remarque pour sa part que ce marché est saturé. En outre, de nombreux réseaux de distribution pour les cartes de crédit ne sont actuellement pas disponibles ou seulement de manière limitée.

«Nous sommes probablement dans une situation où le nombre de cartes de crédit va stagner plutôt que progresser», dit son directeur Thomas Hodel. Avant la crise du coronavirus cependant, le nombre de cartes de crédit et de débit augmentait de manière régulière, montrent les chiffres de la BNS jusqu’en février 2020. Il en allait de même pour les autres formes de monnaies électroniques.

Au cours des 20 dernières, la proportion de l’argent liquide dans les paiements a reculé de 1 à 2% par année, dit Andreas Dietrich. Il estime que la crise devrait entraîner «un fléchissement clair» qui devrait également se répercuter sur les statistiques ultérieures.

«Je crois qu’il s’agit d’un changement durable», dit aussi Tobias Trütsch, le spécialiste des paiements de l’Université de Saint-Gall. «Je vois surtout du potentiel dans les paiements mobiles, plus précisément les paiements sans contact, dit-il. Les gens y ont pratiquement été contraints, mais ils ont appris à apprécier cette possibilité.»

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