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Michele Parrinello, un scientifique heureux

Michele Parrinello déclare continuer d'avoir le feu sacré derrière son ordinateur.

Michele Parrinello déclare continuer d'avoir le feu sacré derrière son ordinateur.

(Keystone)

L’histoire de Michele Parrinello est faite de passion et de succès. Né en 1945 à Messine, en Sicile, il se lance dans une brillante carrière de physicien qui le conduit en Suisse. Il reçoit le prix Marcel Benoist, la plus importante distinction scientifique en Suisse.

D’un point de vue géographique, le parcours professionnel de Michele Parrinello part du sud de l’Europe pour monter vers le nord, avant de repartir en sens inverse. De la Sicile à Stuttgart en Allemagne où de 1994 à 2001 il dirige le prestigieux Institut Max Planck. Puis cap vers le sud, au Tessin: d’abord comme responsable du Centre suisse de calcul scientifique de Manno près de Lugano, puis comme chargé de cours en sciences informatiques à l’Université de la Suisse italienne (USI).

Durant toutes ces années, le professeur Parrinello a décroché plusieurs autres mandats universitaires et a aussi travaillé dans l’industrie privée. «Ma carrière aussi, comme beaucoup d’autres choses dans la vie, a été marquée par quelques hasards. J’ai choisi d’étudier la physique, car cette matière me plaisait, et j’étais plutôt doué. Au terme de mes études universitaires toutefois, j’ai eu la chance de rencontrer Aneesur Rahman, un illustre savant qui m’a encouragé à me mettre à l’informatique et à effectuer des simulations numériques. A partir de là, ma carrière de physicien a pris une autre direction», raconte-t-il.

Calcul sur ordinateur

La motivation pour l’attribution du Prix Marcel Benoît souligne l’importance des travaux du scientifique sicilien «sur la modélisation informatique dans le secteur de la dynamique moléculaire». En profane, nous demandons au lauréat d’expliquer de quoi il s’agit.

«Ouvrons d’abord une parenthèse: durant le siècle passé, des théories très approfondies ont été développées, lesquelles, par le biais de certaines équations, décrivent le comportement de la matière qui nous entoure. En même temps, le nombre des calculateurs dont la puissance redouble chaque 18 mois, a considérablement augmenté. Ces appareils nous permettent de résoudre les équations de manière précise. Bien sûr, le passage de l’équation à la solution n’est pas si simple que ça, il faut d’abord développer les algorithmes correspondants.»

«Il s’agit, poursuit le physicien, de méthodes de calcul efficaces et rusées. Un exemple frappant est le fameux algorithme de Google qui nous permet de trouver ce que nous cherchons parmi des millions de sites dans le monde. Sans cette application, même les ordinateurs les plus puissants ne pourraient effectuer cette recherche.»

La combinaison de ces trois facteurs – équations valables, ordinateurs performants et algorithmes efficaces – permet ainsi de simuler le comportement de la matière sur ordinateur. Les applications sont multiples, indique Michele Parrinello: «On peut passer des choses frivoles au sublime, comme analyser l’arôme du café, améliorer les prestations de batteries et cellules solaires ou encore développer des vaccins contre les nombreuses formes de grippe.»

Mais les progrès techniques ne minimisent pas l’importance des expériences en laboratoire, souligne le professeur. «Il suffit de penser à un nouveau médicament dont il ne faut pas seulement contrôler l’efficacité mais aussi s’assurer qu’il ne cause pas de dommages collatéraux.»

En fin de compte, «la physique moderne est plus stable, parce qu’elle peut être comparée à une sorte de trépied qui comprend la théorie, l’expérience et l’ordinateur», résume Michele Parrinello.

Un intérêt social pour la science

Au cours de sa carrière, le scientifique a travaillé et vécu dans plusieurs pays. Comment voit-il la recherche telle qu’elle est menée dans la Confédération? «La Suisse est un petit pays, mais sa production scientifique est formidable, répond-il. Même s’il ne représente pas le seul indicateur mesurant la valeur d’une communauté scientifique, le nombre de ses Prix Nobel est révélateur.»

D’autre part, «le financement octroyé à la science est généralement bon et l’on constate un intérêt réel de la société envers la recherche qui est vue comme un aspect important du bien-être du pays. Un petit pays qui compte en son ingéniosité pour être compétitif.»

Feu sacré

La grande passion pour son travail, la recherche scientifique, motive Michele Parrinello. «J’ai la chance de faire un métier merveilleux sous divers aspects: il peut être utile, il est varié, il assure défi et émotion. Puis la science ne tient compte ni de la race, ni de la religion, de l’âge ou de la course au gain. Nous nous retrouvons tous ensemble dans la joie de la recherche.»

A ce propos, le professeur Parrinello insiste sur l’importance de passionner les jeunes à ce domaine. «Je pense que la science véhicule malheureusement une image peu tentante. Ainsi, dans les films, le savant est souvent campé comme un asocial un peu fou, un déséquilibré aux cheveux hirsutes et au regard vitreux! Il ne faut pas non plus oublier la crainte de certaines personnes face à des secteurs scientifiques comme ceux de l’énergie nucléaire ou des OGM.»

Le lauréat du Prix Marcel Benoist conclut en ces termes: «Le bon moment pour apprendre à aimer la science n’arrive pas à l’université, mais pendant le lycée. Il est donc important de pouvoir compter sur des enseignants capables qui sachent faire aimer les matières scientifiques, sans se contenter de proposer des exercices ennuyants et pleins de graphiques.»

MICHELE PARRINELLO

Né à Messine (Sicile) en 1945, Michele Parrinello débute sa carrière de physicien à Trieste (nord-est de l’Italie). Il travaille ensuite pour le centre de recherches d’IBM à Rüschlikon (Zurich) et pour l’Institut Max Planck de Stuttgart (Allemagne) dont il est resté membre. De 2001 à 2003, il dirige le Centre suisse de calcul scientifique de Manno aux portes de Lugano (Tessin).

Chargé de cours à l’Université de la Suisse italienne (USI) et à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) où il a été nommé professeur ordinaire de sciences computérisées en 2001, il travaille principalement à Lugano.

En 1985, avec Roberto Car, il a mis au point une simulation dynamique du comportement d’un cristal de silice. Ce qui a permis d’observer, pour la première fois, l’évolution temporelle de la matière sur la base d’un modèle réaliste.

Michele Parrinello a aussi travaillé avec Aneesur Rahman dans le domaine de la dynamique moléculaire. Les deux savants ont développé une méthode de simulation moléculaire en mesure d’analyser la phase de transition des solides sous pression, afin de comprendre les phénomènes de transformation des cristaux.

Les travaux menés ensuite par Michele Parrinello et ses collaborateurs de Lugano ont débouché sur l’introduction de la méta dynamique qui permet de calculer et de prévoir l’organisation moléculaire et les propriétés de systèmes très complexes comme les protéines, ceci avec un effort limité de calcul.

Les recherches de Michele Parrinello lui ont valu plusieurs distinctions et prix dont la médaille Dirac qui lui a été remise conjointement à Roberto Car en 2009.

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MARCEL BENOIST

Né en 1864 à Paris dans une famille de la haute bourgeoisie, Marcel Benoist suit d’abord les traces paternelles et devient avocat au Tribunal civil de première instance du département de la Seine.

En 1898, pour des raisons inconnues, il abandonne la profession et part en voyage d’études en Europe. Durant ce périple, il acquiert une vaste culture générale qui fait l’admiration de son entourage. Dans sa propriété familiale des Aulnes, près de Paris, il mène ensuite une existence d’humaniste, s’intéressant aux lettres, aux arts et aux sciences.

En 1911, il entreprend de déplacer à Lausanne son patrimoine: la collection d’art rassemblée durant ses voyages et les volumes de sa bibliothèque. Il s’installe dans la capitale vaudoise en 1914. En 1918, à 54 ans seulement, il meurt à Paris de la petite vérole.

Marcel Benoist a légué la plus grande partie de son patrimoine à la Confédération posant comme condition que les revenus du capital soient octroyés sous forme d’un prix scientifique annuel qui porte son nom.

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(Traduction de l’italien, Gemma d’Urso), swissinfo.ch


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