Navigation

Sauter la navigation

Fonctionnalités principales

Servette, ou l’échec des dirigeants «déconnectés»

Les Grenats du FC Servette mordent la poussière, mais pour des raisons financières et non sportives.

Les Grenats du FC Servette mordent la poussière, mais pour des raisons financières et non sportives.

(Keystone)

Nouveau coup dur pour le football suisse. Un mois et demi à peine après Neuchâtel Xamax, Genève Servette dépose à son tour le bilan. Pour les commentateurs de la presse, le problème reste le même: des dirigeants de club déconnectés de la réalité du terrain.

En raison d’importantes difficultés financières, le FC Servette a déposé son bilan jeudi auprès de la Chambre commerciale du tribunal de première instance de Genève. Un sauvetage reste toutefois possible. Selon l’avocat du club, deux repreneurs potentiels – un suisse et un étranger – sont sur les rangs.

Au cœur de la tourmente, Majid Pishyar, à la tête du club depuis quatre ans. L’homme d’affaires iranien éprouvait depuis plusieurs mois des difficultés à honorer ses engagements financiers, le payement du salaire des joueurs notamment. La même mésaventure lui était déjà arrivée en Autriche en 2007 où un autre club qu’il dirigeait avait été mis en liquidation.

Arrêtez ces charlatans

Dans la presse de vendredi, les commentateurs ne s’étonnent pas outre mesure de cette issue. Et ils ont beau jeu de rappeler la liste – déjà relativement longue – des échecs de dirigeant étrangers venus reprendre un club romand.

Le dernier cas en date était le Tchétchène Bulat Chagaev à Neuchâtel. Mais il y en a eu d’autres, on se souvient notamment des mésaventures de Marc Roger, au FC Servette déjà. Pour le Français, l’affaire s’était même terminée en prison.

C’est un peu toujours la même histoire qui se répète. «Débarqués dans le petit monde du football romand sans connaître sa réalité économique, les propriétaires polonais, français, camerounais, tchétchène et iranien ont cultivé les similitudes pendant des règnes qui ont tous viré au fiasco. Ils ont ensorcelé leurs nouveaux partenaires en leur promettant de transformer leurs petite organisation de campagne en une structure de référence à l’échelle internationale», note ainsi le quotidien populaire Le Matin.

Et au FC Servette, Majid Pishyar n’a pas fait exception. Plusieurs journaux rappellent que l’homme voulait faire du club des bords du Léman le «Manchester suisse».

Blick s’insurge de manière particulièrement vive contre de tels dirigeants. «Arrêtez ces charlatans. Des charlatans qui, pour des raisons diffuses, reprennent des clubs et vont dans le mur. Jamais jusqu’à présent, l’engagement d’un actionnaire majoritaire étranger n’a été durable et couronné de succès», dénonce le journal de boulevard alémanique.

Ancrage régional nécessaire

Quant à l’analyse de la situation, elle est la même qu’il y a un mois et demi pour l’affaire du Xamax. Le constat reste exactement le même pour les commentateurs: il n’est pas possible de faire de l’argent avec un club de football suisse.

Il faut donc des mécènes plutôt que des investisseurs. «Sans des gens qui s’engagent financièrement dans le football d’élite, les clubs n’ont aucune chance de survie», note par exemple le St Galler Tagblatt.

Les clubs en bonne santé, comme le FC Bâle ou le FC Sion, présentent d’ailleurs le même profil. Ils sont portés à bout de bras par un mécène qui dispose par ailleurs du soutien de toute une région.

Or, c’est justement l’absence de ce lien ainsi que la méconnaissance des réalités locales qui conduisent les dirigeants étrangers à l’échec. «Après avoir repris le Servette FC en espérant un formidable soutien financier d’une Genève calviniste qui ne veut pas investir dans le football d’élite depuis longtemps en dit plus long sur sa méconnaissance des réalités genevoises que sur le désintérêt local», note la Tribune de Genève.

«Comme ce qui s’est passé à Neuchâtel avec Bulat Chagaev, le bon sens commun aurait pu le laisser craindre. Comme pour Xamax, celui qui était aux commandes de Servette manquait de liens avec la région», écrit pour sa part Der Bund. Et le quotidien bernois de conclure: «C’était des exemples prémonitoires, mais visiblement l’avertissement n’était pas suffisant».

Un grand club

Servette Football Club 1890, a été fondé cette année-là à Genève par un Britannique, à l’origine comme un club de rugby. La section football naît le 17 janvier 1900 et remplace la section rugby cette même année.

1907: Servette remporte son premier championnat de Suisse, au terme de sa septième participation.

17 titres de champion jalonnent l’histoire du club, ce qui en fait la deuxième équipe suisse la plus titrée après les Grasshoppers de Zurich (27 titres). Depuis 1907, Servette a triomphé dix fois avant 1950, puis 1961, 1962, 1979, 1985, 1994 et 1999.

7 coupes de Suisse complètent ce palmarès national (1928, 1949, 1971, 1978, 1979, 1984 et 2001).

Unique. Genève Servette est le seul club de football suisse a n’avoir jamais quitté la 1ère division depuis sa création jusqu’à sa première faillite en 2005, soit pendant 105 ans.

Au niveau européen, Servette s’est notamment hissé trois fois en huitième de finale de la Ligue des Champions (autrefois Coupe d’Europ des clubs champions), en 1962, 1980 et 1986 et deux fois au même niveau en Coupe de l’UEFA (1983 et 2002)

Déboires. En 2005, le club fait faillite et se trouve relégué en première ligue (3e division). Il remonte l’année suivante en 2e division, mais il devra attendre jusqu’en 2011 pour rejoindre l’élite, dont il se trouve aujourd’hui à nouveau exclu.

Fin de l'infobox

swissinfo.ch


Liens

×