Skyguide dans l'œil du cyclone

Des spécialistes allemands inspectent les débris, pour tenter de comprendre. L'enquête - comme toujours en pareil cas - sera très longue. Keystone

Le système d'alarme de Skyguide ne fonctionnait pas au moment de la collision au-dessus du lac de Constance. Il pourrait y avoir des poursuites judiciaires.

Ce contenu a été publié le 03 juillet 2002 - 19:34

Deux jours après la collision aérienne au sud de l'Allemagne, qui a tué 71 personnes dont 52 enfants, les projecteurs se braquent à nouveau sur la société de contrôle aérien Skyguide.

Et ce d'autant plus que des conséquences judiciaires sont possibles avec l'éventuelle ouverture d'une procédure pénale contre les responsables de Skyguide.

Le Procureur général de la Confédération Valentin Roschacher a pris contact avec les autorités judiciaires du canton de Zurich, a précisé mercredi Hansjuerg Mark Wiedmer, porte-parole du Ministère public de la Confédération. Cependant, aucune demande n'a encore été déposée formellement par les autorités zurichoises.

Cela dit, au moment de l'accident, le système d'alarme visant à prévenir les collisions était hors-service en raison de travaux de maintenance alors que le deuxième contrôleur avait pris sa pause.

Le porte-parole de Skyguide Patrick Herr a affirmé mardi que sa société n'entendait pas se dérober à ses éventuelles responsabilités.

Enchaînement d'événements extraordinaires

Tout porte à croire que la tragédie est due à un enchaînement d'événements extraordinaires, a-t-il expliqué en confirmant les informations diffusées la veille au soir par le magazine "10 vor 10" de la Télévision alémanique.

Ce dernier avait révélé que le système d'alarme au sol STCA (Short Time Collision Warning) était hors-service en raison de travaux d'entretien du programme informatique.

De tels travaux sont entrepris à intervalles réguliers et sont opérés au moment où le trafic est faible. La question de savoir si le système - qui déclenche une alarme lorsque deux avions s'approchent dangereusement - aurait permis d'éviter l'accident est «purement hypothétique», souligne le porte-parole de Skyguide.

La mise hors service n'a duré que quelques heures et les aiguilleurs du ciel étaient au courant, a, par ailleurs, expliqué un second porte-parole de la société suisse de contrôle aérien, Patrick Herr.

Roger Gaberelle, porte-parole de Skyguide, a déclaré que le contrôleur avait réagi 50 secondes avant que les chemins des deux avions ne se croisent, et que le système automatique, s'il avait été allumé, n'aurait probablement pas donné l'alerte avant ce moment-là.

«Cinquante secondes, ce n'est pas l'idéal, mais c'est un délai suffisant», a-t-il souligné, précisant que c'était un laps de temps conforme aux réglementations aériennes internationales.

Les aiguilleurs du ciel suisses assurent qu'ils avaient demandé au Tupolev 154 de réduire son altitude avant la collision.

Au moment du drame, les deux avions étaient en train de réduire leur altitude. Les contrôleurs aériens ont affirmé mardi que le pilote de l'avion de ligne russe n'avait obtempéré que trop tard, à la troisième injonction.

Une pause controversée

Autre zone d'ombre. Le fait que le second contrôleur était à la pause au moment de la collision. Ce dernier l'a fait en accord avec les prescriptions internes de Skyguide, a rectifié mercredi Philipp Seiler, expert à la direction du trafic aérien de l'aéroport de Zurich-Kloten.

Il a ainsi démenti les déclarations à la radio alémanique d'Anton Maag, responsable des aiguilleurs du ciel chez Skyguide.

Une directive interne stipule en effet que deux aiguilleurs doivent toujours être à leur poste de travail lors de travaux de maintenance au système d'alarme au sol contre les collisions. Mais elle ne s'appliquerait que durant la journée et non de nuit, comme Anton Maag l'avait affirmé.

Les trois questions restent ouvertes

De son côté, Patrick Herr a réaffirmé que la direction et le personnel de Skyguide étaient profondément touchés par la catastrophe.

«Il va de soi que Skyguide apporte son soutien total aux autorités chargées de l'enquête et a intérêt à ce que les causes de la tragédie soient établies le plus vite possible», a-t-il précisé.

Du point de vue de Skyguide, trois questions restent ouvertes. La première a trait au comportement de l'aiguilleur du ciel en fonction lors de l'accident.

La seconde concerne le pilote du Tupolev et le fait qu'il n'ait pas réagi immédiatement à l'ordre de descente.

Enfin, la troisième question est liée aux systèmes automatiques de sécurité TCAS (Traffic Collision Avoiding System) qui, en cas de rapprochement dangereux de deux avions, doivent communiquer entre eux.

Pour l'instant, on sait uniquement que le pilote du Boeing a reçu un ordre de descente de son système TCAS peu avant la collision.

Un rapport fédéral critique

Indépendamment de la catastrophe survenue en Allemagne, le Bureau fédéral d'enquête sur les accidents d'aviation à Berne a publié le 26 juin dernier un rapport sur les lacunes du système radar de Skyguide.

Etabli à la suite de trois quasi-collisions survenues durant les années 1998 à 2000, le rapport relevait des problèmes de précision du système radar et de non respect des exigences d'Eurocontrol concernant l'affichage du temps universel sur les données radar.

Philipp Seiler n'a pas voulu entrer en matière sur des détails techniques complexes mais il a donné l'assurance que la société avait pris toutes les mesures nécessaires.

Les Russes attaquent Skyguide

Par ailleurs, les parents des victimes russes de la catastrophe se rendent jeudi en Allemagne. Vu les circonstances exceptionnelles, ces 130 personnes sont autorisées à voyager sans visa.

Le gouvernement du Bachkortostan envisage de verser une première somme de 1000 dollars à chaque famille, soit environ 1500 francs suisses.

L'agence russe RIA-Novosti a répété ses accusations contre les aiguilleurs du ciel suisses. Selon elle, une boîte noire du Tupolev a montré que les contrôleurs suisses lui avaient ordonné de descendre seulement 50 secondes avant l'accident et qu'il a obéi dans les 25 secondes.

«L'équipage a rempli intégralement tous les ordres des aiguilleurs du ciel suisses», a déclaré le directeur de la compagnie Bashkirian Airlines. Selon lui et la direction de l'aviation civile russe, l'accident est dû à une «erreur humaine» des aiguilleurs.

Policiers et sauveteurs ont repris mercredi à l'aube les recherches. Un porte-parole de la police a indiqué qu'un quatrième appareil d'enregistrement a été retrouvé: Il pourrait s'agir de la 4e boîte noire.

Mardi soir les enquêteurs avaient indiqué avoir retrouvé l'une des deux boîtes noires du Boeing. Il s'agit de l'appareil enregistrant les données de vol de l'avion cargo, a précisé le chef de la police de Friedrichshafen, Ekkehard Falk.

La société de courrier DHL, qui avait affrété le Boeing, a pour sa part déclaré que les deux boîtes noires de l'appareil avaient été retrouvées.

Quinze experts russes sont arrivés mardi soir à Friedrichshafen, pour participer à l'enquête dirigée par la police allemande. D'autres experts américains et suisses sont également attendus. Ils n'auront qu'une fonction d'observateur et n'auront pas de pouvoir de décision.

swissinfo avec les agences

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