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«Un geste pour un minimum de redistribution des richesses»

Peter Niggli est directeur d'Alliance Sud depuis 1998

(swissinfo.ch)

A quoi sert l'aide au développement? Ces temps-ci, la discussion fait rage sur le sujet, en Suisse comme ailleurs. Peter Niggli, directeur d'Alliance Sud, considère les tâches de la coopération avec réalisme. Interview.

swissinfo: Quand avez-vous visité pour la dernière fois un projet d'aide au développement?

Peter Niggli: Au début de 2007, je me suis rendu au Sud Soudan. J'avais suivi ce conflit il y a vingt ans en tant que journaliste et j'y suis retourné après la signature des accords de paix.

Durant ma visite, j'ai pu mesurer le travail de l'Eglise catholique dans certains secteurs – pendant la guerre, c'était la seule institution plus ou moins autonome – qui a permis de garantir un minimum de survie à la population.

Il s'agit de services médicaux modestes, d'un peu d'éducation, de tentatives pour améliorer la sécurité alimentaire. De petits projets, mais très impressionnants. Financés entre autres par Caritas Suisse.

swissinfo: Mais l'aide au développement en Afrique a fait l'objet de critiques ces dernières années...

P.N.: Il y a eu certains malentendus à ce sujet. Beaucoup de gens pensaient que la plus grande partie de l'aide allait à l'Afrique. Historiquement, ce n'est pas le cas. De grosses sommes d'argent ont été allouées aux Etats d'Asie du Sud-Est, alliés des Etats-Unis et considérés comme des bastions contre la Chine communiste et l'Union soviétique.

Un autre malentendu concerne cette affirmation: «Vous avez investi beaucoup mais l'Afrique est toujours aussi pauvre et sa situation est peut-être pire qu'avant». Or personne ne peut prouver que, sans aide, la situation ne serait pas encore plus grave.

swissinfo: Peut-on prouver les effets positifs de l'aide au développement?

P.N.: Il est prouvé que de bons résultats ont été enregistrés dans le domaine de l'éducation. Si l'enseignement primaire a fortement progressé dans tous les pays en développement – et en Afrique en particulier – c'est aussi grâce à la coopération.

On a aussi enregistré des succès importants dans le domaine de la santé. Grâce aux campagnes de vaccination et d'amélioration de l'hygiène, certaines maladies ont été complètement éradiquées ces cinquante dernières années.

De même, les petits paysans ont été aidés à stabiliser leurs terres, à augmenter la fertilité et à vendre leurs produits sur les marchés locaux. Mais souvent, ces processus sont limités au niveau local ou régional par manque de moyens.

swissinfo: Pourquoi les critiques s'intensifient-elles actuellement? Dans quel but?

P. N.: Les critiques contre l'aide au développement sont récurrentes. Cette nouvelle vague est consécutive aux discussions autour des objectifs de développement de l'ONU pour le millénaire et, surtout, quand il s'est avéré que nombre de pays occidentaux entendaient s'engager véritablement. Le but est clair: il s'agit d'empêcher l'augmentation du financement de la coopération, voire même de le réduire.

L'aide publique au développement est un instrument de politique extérieure des pays industrialisés. Dans l'histoire de la coopération, ces pays ont toujours été tiraillés entre l'octroi de fonds pour répondre aux exigences réelles de développement des pays qu'ils aidaient et l'instrumentalisation de ceux-ci en fonction de leurs intérêts politiques et économiques.

Dans ce sens, la critique de l'aide au développement est légitime. Mais ceux qui remettent en question de manière radicale la coopération internationale ne disent pas un mot contre cette instrumentalisation.

swissinfo: Que peut-on vraiment exiger de l'aide au développement?

P.N.: L'aide au développement existe parce que nous vivons dans un monde constitué d'un îlot de pays riches perdu dans un océan de pauvreté. Ce décalage est intolérable à la longue. Pour moi, il s'agit de faire un geste évident pour un minimum de redistribution.

C'est-à-dire que l'aide au développement ne peut se faire que dans des pays pauvres dotés de gouvernements raisonnables, qui appliquent une bonne politique économique. On ne peut opérer que de manière subsidiaire. On peut soutenir les efforts de ces gouvernements ou s'engager pour une aide directe aux pauvres et améliorer au moins un peu leur condition.

L'aide au développement ne signifie pas que les coopérants des Etats industrialisés sont en mesure de libérer des pays entiers de la pauvreté. Du reste, nous n'avons pas de moyens financiers suffisants pour le faire. Gardons le sens des proportions. La récente crise financière a coûté 1000 milliards de dollars en un rien de temps. L'Afrique, elle, a reçu 600 millions de dollars en cinquante ans.

swissinfo: Dans votre livre «Die Streit um die Entwicklungshilfe» (La controverse sur l'aide au développement), vous soulignez l'importance des objectifs de développement de l'ONU. Ne sont-ils pas formulés de manière un peu trop vague?

P.N.: Seul le 8e objectif, qui définit les obligations des Etats industrialisés, est vague. Les autres sont formulés plutôt clairement. Il s'agit de diminuer d'ici à 2015 le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour, de faire en sorte qu'autant de filles que de garçons accèdent à l'école secondaire, etc.

Les objectifs demandent que l'on investisse davantage dans certains secteurs publics comme la santé, l'école et l'approvisionnement en eau. Pour nous, ces objectifs représentent un progrès, parce qu'ils sont soutenus par tous les pays et parce qu'ils constituent un instrument de pression.

swissinfo: Alliance Sud a lancé une campagne pour une augmentation de l'aide au développement à 0,7% du Produit national brut d'ici à 2015. Environ 180'000 personnes ont signé une pétition dans ce sens, Pensez-vous qu'au niveau politique, votre proposition ait une chance de succès?

P.N.: Le Parlement débattra en été et en automne sur le crédit cadre pour l'aide au développement des quatre prochaines années. Il devra donc aussi se préoccuper des perspectives financières à moyen terme.

Je pense que notre campagne a déjà atteint un objectif. Aujourd'hui, on ne parle plus de réduire le budget de la coopération. Alors qu'il était encore en fonction, le ministre Christoph Blocher pensait pouvoir faire passer une réduction de 30%. Je crois qu'il n'en est plus question. Quant à la possibilité d'obtenir une augmentation au Parlement, les jeux sont encore ouverts.

Interview swissinfo: Andrea Tognina
(Traduction de l'italien: Isabelle Eichenberger)

En bref

Né en 1950, Peter Niggli dirige depuis 1998 Alliance Sud, la communauté de travail des oeuvres suisses d'aide au développement (Swissair, Action de carême, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas, Aide des églises évangéliques suisses).

En 2005, il a publié chez Sonda «Quel développement après le 11 septembre». Et il vient de publier «Die Streit um die Entwicklungshilfe. Mehr tun – aber das Richtige» (La controverse sur l'aide au développement. Faire plus, mais juste), Editions Rotpunkt.

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