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Activité à risques La qualité suisse, même à très haute altitude

, (collaboration: Dale Bechtel)
(Keystone)

Guide de montagne est un métier à hauts risques. Les hommes et les femmes qui le pratiquent doivent conduire leurs clients entre danger d’avalanches et de chutes de pierres. Mais le dernier défi en date, c’est celui de la concurrence internationale.

Hiver comme été, pas un mois ne passe sans que les gros titres de la presse ne viennent nous rappeler les dangers de la montagne. Le 12 juillet, l’avalanche la plus meurtrière de ces dernières années dans les Alpes faisait neuf morts (dont un Suisse) et neuf blessés sur les flancs du Mont Maudit, une des voies d’accès classiques au Mont Blanc.

Cette tragédie a aussi mis en évidence la mobilité des guides, dont certains traversent tout le continent pour emmener leurs clients sur le toit de l’Europe, qui culmine à 4810 mètres d’altitude, sur la frontière entre la France et l’Italie.

La Suisse, avec ses sommets dont beaucoup dépassent les 4000 mètres, est une destination très prisée des grimpeurs du monde entier. Et avec la force du franc suisse et le niveau général des prix, il est souvent plus avantageux d’engager des guides étrangers.

L’Association des guides de montagne suisses recommande qu’un guide touche 645 francs par jour, mais cela peut être moins ou plus selon la saison, le nombre de participants et la durée et la difficulté de l’excursion.

Les excursions organisées par des agences basées dans les pays de l’Union européenne peuvent être nettement moins chères. Par exemple, l’Association des guides de montagne et de ski allemands recommande une base journalière de 300 euros, ce qui équivaut à 360 francs suisses. Si le tout doit durer plusieurs jours, la différence est de taille.

Gian Luck, chef de l’école d’alpinisme de Pontresina, dans les Grisons, explique à swissinfo.ch que depuis quelques années, il voit de plus en plus de guides étrangers qui viennent promener leurs clients sur ses plates-bandes.

A quel prix?

«Certaines agences suisses sont connues pour ne travailler qu’avec des guides allemands. Et certains clients suisses engagent des guides étrangers pour faire des économies. C’est une petite communauté ici, nous voyons bien tout cela», explique-t-il.

Gian Luck et les autres guides de Pontresina ont un job varié. Un jour, ils vont initier un novice à l’alpinisme, et le lendemain, accompagner un montagnard expérimenté dans l’ascension du sommet de ses rêves.

«N’ayez pas peur de bien les enfoncer. Mieux vaut avoir plus de clous dans la glace que pas assez», explique le guide à un débutant qui apprend l’usage des crampons. Il lui explique l’importance de bien s’en servir afin d’éviter les accidents lorsque l’on marche ou que l’on grimpe sur la glace.

Selon Gian Luck, une partie des efforts que font certaines compagnies pour réduire les coûts peut se traduire par une augmentation des risques. Ainsi, il a entendu que des guides emmenaient plus de clients que ce qui est recommandé au Piz Palü, un des sommets les plus connus de la région.

«Si nous disons qu’il faut prendre trois personnes et pas quatre, il y a une raison. C’est plus sûr pour tout le monde. A la fin, vous êtes tous encordés ensemble et si une personne tombe, tout le monde tombe», rappelle-t-il.

Encordés

Hermann Biner, président de l’Union internationale des associations de guides de montagne (UIAGM), se fait l’écho des commentaires de Gian Luck. Il confirme que certaines agences vont au-delà du nombre recommandé de participants aux tours en haute montagne afin de gagner plus d’argent.

«Les grandes écoles alpines entament souvent le tour du massif du Mont Rose avec six ou sept clients par guide, en espérant qu’ils seront trop fatigués pour arriver jusqu’à la Pointe Dufour», explique-t-il.

Pratique potentiellement dangereuse, quand on sait que le nombre de clients recommandé pour la pointe Dufour, en Valais, plus haut sommet de Suisse (4618 mètres) est au maximum de deux.

«Il est vrai qu’à cause de la force du franc suisse, on sent la pression des guides des autres pays. Mais de nombreuses autres branches connaissent ça aussi. Je crois que le vrai problème, c’est que certains guides ne respectent pas les règles de sécurité locales essentielles, comme le nombre de clients que l’on peut emmener sur telle ou telle route», ajoute Hermann Biner.

Libre circulation

Quoi qu’il en soit, une des missions de l’UIAGM, fondée en 1965, est de faciliter la libre circulation des guides pour qu’ils puissent travailler sur les montagnes du monde entier. L’Union regroupe des associations de guides de 20 pays, avec quelque 6000 membres.

Du haut de ses 40 ans d’expérience, Hermann Biner, guide de Zermatt, a beaucoup de compréhension pour les problèmes de ses confrères suisses, mis sous pression par la concurrence étrangère.

Gian Luck, lui, a choisi de répondre à ces pressions en mettant en avant les compétences locales de son agence, les circuits de haute qualité qu’elle propose et l’attention qu’elle porte à la sécurité. Jusqu’au début de ce mois d’août, l’Ecole d’alpinisme de Pontresina a déjà totalisé 5000 clients cet été, un record pour les cinq dernières années.

Le directeur actuel a également participé à la mutation de son école (considérée comme la plus ancienne des Grisons), qui offre aujourd’hui toute la palette des aventures en montagne, des balades sur les glaciers et en haute montagne au canyoning, en passant par les ascensions en ‘via ferrata’, ces voies entièrement aménagées sur les parois abruptes avec cordes fixes, échelles et mains courantes.

«Je serais certainement capable de faire ce tour tout seul, mais avec ma famille, je me sens bien plus en sécurité avec un guide professionnel de la région», explique un homme venu de Lucerne pour une randonnée sur un glacier.

Le guide, c'est Werner Steininger. Avec son chapeau à plume, il semble tout droit sorti d’un livre sur les guides de montagne suisses d’autrefois. Il est depuis 20 ans à l’école de Pontresina et respire le type d’authenticité que cherchent nombre de personnes quand elles paient pour un tour dans les Alpes suisses.

«Je suis probablement le dernier guide sur ces montagnes qui fume encore la pipe», dit-il en la bourrant de tabac sous l’œil amusé du petit groupe de randonneurs qu’il est prêt à emmener pour un tour de cinq heures sur le glacier Diavolezza-Morteratsch.

Sur les 80 guides qu’emploie l’école de Pontresina durant la haute saison d’été, presque tous viennent des Grisons ou y vivent en permanence. Il n’y a que deux non-Suisses, et encore, l’un d’entre eux vient de juste derrière la frontière italienne toute proche. Pour Gian Luck, faire la différence face à la concurrence, c’est miser sur l’expérience locale.

La montagne qui tue

En moyenne, 124 personnes trouvent la mort chaque année dans les Alpes suisses.

Généralement, ce sont les randonneurs qui paient le plus lourd tribut (64 morts en 2011), suivis des personnes qui s’aventurent en altitude (dans des endroits qui requièrent souvent des compétences en alpinisme) ou des skieurs de la haute route.

Les activités de loisirs ont également fait 22 morts l’année dernière, parmi lesquelles la chasse (8), les raquettes à neige (7) et la cueillette des champignons (3).

Chaque année, près de la moitié des accidents mortels surviennent sur la neige ou la glace.

Les victimes des Alpes sont quatre à cinq fois plus nombreuses chez les hommes que chez les femmes.

(Source: Club alpin Suisse)

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Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez, swissinfo.ch


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