Avalanche de poursuites pour les 'fous' du hors-piste ?

27 décembre 2009 à Anzère. Les secouristes sondent la neige à la recherhce des corps. Keystone

Le débat s’enflamme en Valais, où les avalanches déclenchées par des skieurs hors-piste ont touché des pistes balisées. Ceux qui méprisent les avertissements et mettent la vie des autres en danger seront punis.

Ce contenu a été publié le 06 janvier 2010 - 15:56

Les skieurs impliqués dans le déclenchement des avalanches survenues ces derniers jours à Anzère et à Zermatt devront faire face à leurs responsabilités. Six d'entre eux font l'objet d'une dénonciation à la justice valaisanne.

«Il s’agit d’envoyer un message: les skieurs qui ne respectent pas les autres peuvent être poursuivis», déclare Jean-Marie Bornet, porte-parole de la police cantonale valaisanne.

Rappel des faits: le 27 décembre, la tragédie a été évitée de justesse à Anzère, près de Crans-Montana. Trois skieurs hors-piste ont déclenché une avalanche large de 200 mètres, qui a traversé une piste balisée, blessant deux autres skieurs au passage. Au total, 130 personnes ont participé à l'opération de sauvetage. Une femme de 34 ans et deux hommes, de 42 et 32 ans, ont été interrogés par la police et dénoncés aux autorités judiciaires.

Dans un incident similaire à Zermatt, le 31 décembre, c’est un groupe de sept personnes s’adonnant au hors-piste qui a déclenché une avalanche, laquelle a également touché une piste balisée, blessant une jeune fille de 14 ans. Trois personnes (un Genevois de 51 ans, une Française de 44 ans et un jeune homme de 19 ans) ont également été dénoncés au juge.

Chaque année, les skieurs et snowboarders provoquent environ 130 avalanches en Suisse, causant la mort, en moyenne, de 25 personnes. Et les chutes de neige abondantes de ces derniers jours ont entraîné un risque accru d’avalanche, dûment signalé par les autorités…

Derniers drames en date: dimanche, sept personnes sont mortes et cinq autres ont été blessées dans des avalanches dans les Alpes bernoises. Les trois dernières victimes ont été retrouvées mardi, ensevelies sous la neige. On ignore encore ce qui a déclenché ces avalanches-là.

Actes irresponsables

Pour Heinz Walter Mathys, avocat et président de la SKUS (Commission suisse pour la prévention des accidents sur les descentes pour sports de neige), quiconque est coupable d'avoir causé une avalanche par un comportement irresponsable peut – et devrait – faire face à une procédure civile et/ou pénale.

«Les gens doivent savoir que, selon la Loi suisse, toute personne qui quitte les domaines balisés et déclenche une avalanche peut être poursuivie en vertu de l'article 237 du Code pénal», signale-t-il.

En Suisse, le ski hors-piste n'est pas illégal. Les pistes balisées comme les zones hors pistes appartiennent au domaine public. Mais des actes irresponsable – ainsi le fait d’ignorer délibérément les avertissements en matière d’avalanches et de déclencher des coulées sur les pistes balisées - peut mener à des inculpations, même s’il n’y a pas de victimes.

«Le fait de créer un danger suffit, et le système judiciaire est maintenant beaucoup plus sensible à cette idée que par le passé», constate l’avocat Pierre-André Veuthey.

Des freeriders responsables d’incidents similaires à ceux d’Anzère et de Zermatt ont déjà reçu des amendes de 1000 francs suisses, avec, en plus, les dommages et le coût de l'opération de sauvetage – soit souvent des dizaines de milliers de francs. Les skieurs irresponsables se font aussi confisquer leur abonnement de ski, et peuvent être inscrits sur une «liste noire» des stations.

Appliquer la loi

Heinz Walter Mathys estime que la législation suisse est suffisante pour punir les gens qui ignorent les avertissements et mettent les autres en danger. Mais le problème, selon lui, c’est d’appliquer la loi et d’arriver à attraper les fautifs.

«C’est une question politique. Est-ce que nous voulons une police dotée de pouvoirs de sanctions ou non ?, demande l’avocat. Personnellement, je suis contre l’idée d’une présence policière sur les pistes. Il est déjà possible d’agir contre les dangers publics avec l’arsenal juridique civil, pénal et administratif.»

Professeur en droit privé à l’Université de Fribourg, Franz Werro est d’un avis différent.

«C’est une question culturelle, a-t-il déclaré à World Radio Switzerland. Les Suisses seraient choqués de voir la police sur les pistes, mais peut-être que nous devrons en arriver là».

Comme la France, l’Espagne, l’Autriche et l’Allemagne, la Suisse rejette la présence policière sur les pistes à titre préventif. Mais en Europe, l’Italie et la Slovénie ont des policiers sur et hors des domaines skiables, qui peuvent interpeller ou infliger des amendes aux skieurs ou snowboarders hors-piste qui mettent les autres en danger.

Mais au final, personne n’empêchera les gens de sortir des pistes, comme l’a récemment rappelé Guido Guidetti, chef de la sécurité du domaine de Villars-Gryon au quotidien 24 heures: «vous pouvez fermer un passage en mettant des barrières, mais il y aura toujours quelqu’un pour passer par-dessus. La seule arme que nous ayons, c’est la prévention».

Yves Jacquier, directeur des remontées mécaniques d’Anzère, pense aussi que la prévention est la solution, mais rappelle qu’elle n’est pas facile à mettre en œuvre.

«Nous ne pouvons qu’informer les gens et les dissuader quand c’est dangereux, mais nos moyens sont limités en regard de ceux des fabricants de skis, qui se servent de la neige pour vendre des idées de liberté», ajoute-t-il.

Simon Bradley, swissinfo.ch
(Traduction de l’anglais: Bernard Léchot)

Moins de morts

Selon une étude publiée la semaine dernière par l’Institut pour l'étude de la neige et des avalanches (SLF), l’amélioration du matériel et une meilleure prise de conscience des risques ont conduit ces dernières années à une réduction importante du nombre de victimes d’avalanches.

Actuellement, environ 40% des personnes prises dans une coulée de neige y perdent la vie. A la fin des années 1970, ce chiffre était proche de 60%.

Les auteurs de l’étude expliquent que les skieurs, les snowboarders et les adeptes de la raquette qui pratiquent le hors-piste sont mieux équipés de nos jours et plus à même de s’informer sur les conditions de neige. Ils savent également mieux comment réagir s’il faut libérer des camarades pris dans une avalanche.

Entre 1977 et 2006, près de 3500 personnes ont été prises dans des coulées de neige dans les Alpes suisses. Plus de 700 en sont mortes. Durant les 15 premières années de cette période, les avalanches tuaient 27 personnes en moyenne par hiver, alors que le chiffre tombe à 20 dans la seconde moitié de la période.

Le SLF recommande à ceux qui sortent des pistes balisées d’être munis d’équipements de secours comme des pelles et des émetteurs-récepteurs. En en plus d’avoir ce matériel avec soi, il est également important de savoir s’en servir, ajoute l’Institut.

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Echelle européenne de danger d’avalanche

1 faible - Déclenchements en général possibles que par forte surcharge (skieurs groupés, engins de damage, explosifs) sur de très rares pentes raides extrêmes. Seules des coulées et de petites avalanches peuvent se produire spontanément.

2 limité - Déclenchements possibles surtout par forte surcharge et sur quelques pentes indiquées dans le bulletin. Des départs spontanés d'avalanches de grande ampleur ne sont pas à craindre.

3 marqué - Déclenchements possibles parfois même par faible surcharge (skieur seul, promeneur) et surtout sur de nombreuses pentes indiquées dans le bulletin. Dans certaines situations, quelques départs spontanés d'avalanches de taille moyenne, et parfois assez grosse, sont possibles.

4 fort - Déclenchements probables même par faible surcharge sur de nombreuses pentes raides. Dans certaines situations, de nombreux départs spontanés d'avalanches de taille moyenne, et parfois grosse, sont à craindre.

5 très fort - Spontanément, de nombreux départs de grosses avalanches sont à craindre y compris en terrain peu raide.

(source: Institut pour l'étude de la neige et des avalanches)

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