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«Nous allons faire pression sur le Japon et l’Islande»

Une baleine pêchée au nom de la recherche scientifique dans le port japonais de Kushiro en septembre 2013. Keystone


La Commission baleinière internationale (CBI) vient d’adopter des critères plus stricts pour encadrer la chasse scientifique menée principalement par le Japon. C’est un des thèmes qui occupera son nouveau président, le biologiste suisse Bruno Mainini.

Ce contenu a été publié le 02 octobre 2014 - 17:00
Kessava Packiry, La Liberté

La nomination du Zurichois, qui représente la Suisse à  la CBILien externe depuis 2005, a été saluée par des ONG tels le WWF ou la Société suisse d’étude et de protection des cétacés. Collaborateur de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAVLien externe), Bruno Mainini sait le travail qui l’attend à la CBI, où la moitié des 88 pays membres sont «pro-chasse».

La Liberté : Que peut apporter la Suisse à la tête de la Commission baleinière?

Bruno Mainini: La Suisse est vue comme un pays qui cherche des solutions. Ce sera toujours mon but. J’entends notamment éviter que les débats ne se déroulent dans un climat agressif, comme cela a pu se faire parfois. 

Il faut s’imaginer que dans la salle se trouvent non seulement les délégations, mais aussi les représentants des organisations de défense de la nature. Quand le résultat d’un vote tombe, les vainqueurs applaudissent, comme dans un match de foot. En 2012 au Panama, on a déjà pu éviter ce genre de débordements.

Bruno Mainini

Faut-il interdire la chasse commerciale?

B.M. : Il y a un grand malentendu dans l’esprit du public sur les buts de la commission, et de sa Convention pour la réglementation de la chasse à la baleine. C’est un instrument pour réglementer la chasse des cétacés, non leur protection. En raison de cela, les chasses commerciales sont autorisées. Nous ne pouvons pas a priori les interdire, mais nous devons veiller à ce qu’elles soient limitées.

Il existe pourtant un moratoire sur la chasse commerciale depuis 1986. Qu’en est-il?

B.M. : A l’époque, la Norvège avait déposé une réserve contre ce moratoire. C’est un instrument légal dans le cadre de la convention. Ce qui a permis aux Norvégiens de reprendre la chasse le long de ses côtes en 1993. L’Islande en a fait de même, et a repris la chasse en 2006. Le problème, c’est que l’Islande chasse trop de cétacés: près de 200 l’an dernier. C’est en hausse constante, non conforme à nos quotas. Il s’agira donc dans les prochaines années de faire pression sur l’Islande.

Quel est votre avis sur la chasse scientifique?

B.M. : Notre convention reconnaît trois types de chasse: commerciale, aborigène (dite de subsistance, pratiquée par les Inuits notamment, ndlr) et scientifique. La commission ne peut donc pas interdire au Japon la chasse scientifique, qu’il pratique depuis plus de vingt ans. Le Japon, sur intervention de l’Australie, a toutefois été condamné en mars, par une décision de la Cour internationale de justice, car il faisait de la chasse commerciale en Antarctique sous couvert de chasse scientifique.

A la suite de cette décision, certains pays demandent à la Commission baleinière internationale d’en tirer les conséquences…

Les Japonais devraient présenter prochainement un nouveau programme de pêche scientifique. Ils ne vont pas y renoncer. Alors oui, nous allons devoir tenter de faire un peu pression sur eux. Nous pouvons notamment faire en sorte de réduire autant que possible le nombre de cétacés prévu dans le programme.

Ne peut-on pas se contenter de prélèvements bioptiques?

B.M. : Il y aura toujours des scientifiques qui prétendront le contraire. Et ce n’est effectivement pas exclu qu’il y ait des demandes où la mort de la baleine s’avère nécessaire. Mais nous ne voulons plus que la chasse scientifique conduise à la mort de 1000 cétacés par année, comme par le passé. Nous allons donc évaluer tous les moyens non létaux. Et après seulement nous donnerons notre accord, mais pour un nombre restreint de baleines. C’est mon principal but.

« La Suisse peut changer beaucoup de choses »

«Pour des organisations comme la nôtre, la nomination de Bruno Mainini est une bonne chose», salue Max-Olivier Bourcoud, directeur de la SociétéLien externe suisse d’étude et de protection des cétacés. «La Suisse peut changer beaucoup de choses en faveur des baleines. Bruno Mainini porte cet espoir.»

La Suisse serait par exemple plutôt favorable à la création de nouveaux sanctuaires baleiniers en haute mer. Cependant, elle n’est pas contre un retour de la chasse commerciale. «La Suisse croit en une chasse durable et scientifiquement planifiée. Je peux comprendre», déclare Max-Olivier Bourcoud. «Mais elle se base sur des projections scientifiques qui restent des spéculations. Or les océans connaissent en ce moment d’immenses changements (acidification, réchauffement, plastification, etc.) Et l’on ignore le taux de mortalité réel des baleines lié au braconnage, à la pollution chimique et sonore, aux collisions…»

En 2013, d’après la Commission baleinière internationale (CBI), 1645 baleines ont été chassées, dont 417 sous prétexte scientifique. Max-Olivier Bourcoud veut croire que la décisionLien externe de la Cour internationale de justice, condamnant le Japon, pourra faire changer les choses. «Cette Cour a plus obtenu en 2014 pour la protection des baleines que la CBI – certes, à la base, un club de baleiniers – en plusieurs années. Avec sa décision, la Cour a dicté des critères stricts d’évaluation d’un programme de chasse scientifique. On peut désormais espérer qu’à l’avenir la CBI s’appuiera sur ces conditions.»

Max-Olivier Bourcoud poursuit: «La chasse scientifique n’est qu’une soupape offerte par la CBI aux Japonais pour leur permettre de s’approvisionner en viande de baleine. C’est très ambigu, hypocrite. L’objectif des recherches avancé par les Japonais est de savoir dans quelle mesure les cétacés représentent une concurrence pour leurs pêches, mais aussi de mieux connaître leur alimentation et leur reproduction. Cela fait pourtant longtemps que les biologistes occidentaux ont fait le tour de la question, et sans avoir eu besoin de tuer un seul cétacé. Cela n’a aucun sens. Reste qu’en capturant l’animal soi-disant pour ses poches stomacales et ses ovaires, ce sont quelques kilos qui partent dans les labos, pour des tonnes de viande dans les supermarchés.»

La Liberté

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