Pourquoi j’ai laissé ma mère en Thaïlande

Sybil Wiedmer a emmené sa mère malade à Baan Kamlangchay en 2010. Un choix difficile mais qui s’est avéré judicieux, selon sa fille. Témoignage.

Ce contenu a été publié le 02 avril 2014 - 11:00
swissinfo.ch

«Ma mère a 92 ans et souffre de pertes de mémoire à court terme. Par exemple, elle ne se rappelle plus ce qu’elle vient de manger. Nous vivions dans le même village du canton de Zurich. Elle habitait seule et venait chaque jour chez moi. Elle a toujours refusé l’aide à domicile. Elle disait ne pas en avoir besoin.

Lorsque j’étais absente pour quelques jours, je devais m’organiser avec des amis et des membres de la famille. Pour les absences plus longues, je me tournais vers des maisons de retraite. Ce furent de mauvaises expériences, tant pour elle que pour moi. Ma mère restait seule dans sa chambre, sans rien faire. Elle était très malheureuse.

On se disputait souvent à cause de la maladie. A un certain moment, j’ai senti que j’allais m’écrouler. En mai 2010, nous l’avons emmenée à Chiang Mai, bien que cette décision ne fît pas l’unanimité dans la famille. J’ai dit à ma mère que nous allions en vacances. L’idée était de la laisser à Baan Kamlangchay pour trois semaines. Tout s’est bien passé et depuis lors, elle n’en est plus repartie.

Nous communiquons souvent par Skype et je vais la trouver au moins une fois par an. Elle sait qu’elle se trouve en Thaïlande, même si parfois, elle me demande où elle est. Franchement, je ne sais pas si c’est à cause de la maladie ou si elle le fait exprès. Je pense qu’elle a de temps en temps la nostalgie de la maison. Elle demande des nouvelles de son appartement et de ses meubles. Mais ensuite, elle me dit qu’elle est bien là où elle est. Ça lui plaît de se sentir en vacances.

Elle n’a plus la notion du temps. Elle ne sait plus si nous nous sommes vues hier ou il y a un mois. L’avoir dans une institution en Suisse et la voir une fois par semaine reviendrait au même. Avec le temps, cela m’a rassurée. Au fond, la distance ne joue aucun rôle.

La Thaïlande n’est pas une solution pour tout le monde. Cela a fonctionné avec ma mère parce que les conditions préalables étaient réunies. Elle est née à Bâle, mais a grandi en Angleterre et en Allemagne. Elle a vécu de nombreuses années en Inde et en Extrême-Orient. Elle était déjà en contact avec la culture asiatique. Sauf bouleversements, nous la laisserons en Thaïlande.»

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