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Le foot? Une dérive de l'imaginaire

Méconnu sous nos latitudes, le romancier thèque Eduard Bass est aussi un mordant observateur de la scène footballistique. Son roman «Les onze de Klapzuba» est adapté au théâtre et joué, à Genève, par Jean-Luc Bideau, entre autres. Frais et réjouissant.

Cent vingt deux buts qu'ils ont mis Les onze de Klapzuba. C'était lors du Championnat national tchèque. Placés d'abord en troisième division, les onze envoient, en un match, 39 «missiles» dans le camp adverse qui, lui, se retrouve avec un zéro pointé. Les voilà donc en deuxième division, puis en première, puis en demi-finale, puis en finale contre l'équipe de Slavia, héroïne du football tchèque.

Leur succès est donc énorme. La presse étrangère afflue. On s'interroge sur le phénomène Klapzuba, on se demande qui sont ces onze jusqu'ici inconnus au bataillon.

Du jamais vu

De mémoire de spectateur, on n'avait encore jamais vu ça. D'ailleurs aucune mémoire n'a retenu le nom de Klapzuba, sauf celle drôle, fantasque, généreuse, fraternelle et ô combien libératrice d'Eduard Bass, lui aussi inconnu au bataillon, même s'il a réellement existé.

Eduard Bass n'a rien à envier à ses compatriotes tchèques, Kafka et surtout Bohumil Hrabal. Il a la même folie déroutante que ce dernier, grand romancier du XXe siècle qui se jouait de la réalité sans jamais échapper à la réalité.

Comme Hrabal, Eduard Bass s'amuse. Son sport préféré c'est l'humour, ajoutez à cela le foot qu'il honore avec toute la fantasmagorie d'un écrivain surréaliste.

Le foot pour lui, c'est une flambée de rêves, une dérive de l'imaginaire, un souffle syncopé, sans le hoquet éthylique et meurtrier de certains supporters.

Les onze de Klapzuba sont donc nés en 1926, sous la plume romanesque de Bass. Sur scène, ils évoluent sous la direction de Marcela Salivarova (l'épouse de Jean-Luc Bideau), elle aussi tchèque. Elle a traduit et adapté au théâtre le roman de Bass, ici nimbé d'une atmosphère de grande kermesse, avec majorettes et buvette taillée comme un castelet de marionettes.

Délesté du poids de l'argent

C'est que le foot pour Bass et sa metteuse en scène est une fête des sens délestée du poids de l'argent et de la gloriole. Si ambition il y a, elle réside dans la volonté de régaler le public avec une histoire familiale qui prend la dimension d'une épopée planétaire.

Tout commence donc dans une chaumière de Bohême, chez le père Klapzuba (joué par Jean-Luc Bideau, qu'on a rarement vu aussi épanoui sur scène). Ce dernier fait à sa femme Marie (Juliana Samarine) onze fils. Nombre idéal pour une équipe de foot.

Paysan pauvre, le père vend sa chèvre, achète en lieu et place un ballon, transforme son petit lopin de terre en terrain de foot et y entraîne avec acharnement ses enfants.

Une danse cannibale

De match en match, ils gagnent en notoriété, sont invités dans le monde entier, toisent les Anglais à Wembley, croisent leur roi dans les tribunes, se mesurent aux Papous et leur arrachent une victoire dans un tournoi qui s'apparente à une danse cannibale.

C'est que les footballeurs peuvent aussi se montrer bouffeurs d'hommes. Bass l'insinue, son ironie est là, lui aussi d'ailleurs, présent sur scène sous les traits de l'acteur Lubor Jilek. Parfois il tempête, reproche au père Bideau de lui avoir changé son texte.

Mais Bideau n'en a que faire. Parti comme il est, il n'y a que Dieu qui peut l'arrêter. Et encore ! Car les spectateurs sont là. Ils veillent à la poursuite du récit, ils y tiennent. Ils étaient nombreux le soir où nous avons vu le spectacle.

Parmi eux il y avait des Tchèques, malheureux sans doute pour leur équipe nationale éliminée de l'Euro 2008, mais contents après tout de voir ses exploits se prolonger sur scène.

swissinfo, Ghania Adamo

Faits

«Les onze de Klapzuba», Théâtre Saint-Gervais, Genève, jusqu'au 28 juin.
Mise en scène Marcela Salivarova Bideau.
Avec notamment: Jean-Luc Bideau, Juliana Samarine, Fabien Ballif, Jean-Luc Borgeat, Jean-Pierre Gos, Lubor Jilek...

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Eduard Bass

Né à Prague en 1888, de son vrai nom Eduard Schmidt, journaliste, romancier et dramaturge, il commence par se former dans l'entreprise de brosses de son père.

Envoyé à Munich comme employé de commerce pour l'entreprise familiale, il y découvre le cabaret, forme théâtrale alors en vogue. Il se lie avec des comédiens et débute en 1910 comme acteur de cabaret.

En 1920, sa vie prend un autre virage: il quitte le monde du théâtre et écrit «Les onze de Klapzuba», roman pour la jeunesse qui connaît un grand succès.

Parallèlement, il tient une chronique dans un journal populaire tchèque où se déploie son sens acéré de l'humour.

Il est par ailleurs traducteur de l'allemand et du français.

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